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Maurice Agulhon au défi des classements
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Maurice Agulhon est mort le 28 mai dernier dans le Var où sa carrière scientifique avait commencé. Affaibli par les séquelles de l’attaque cérébrale dont il avait été victime en 2005, il restait prisonnier d’un corps dont il s’efforçait de reprendre le contrôle avec une obstination admirable. Grand lecteur et amateur d’expositions, il suivait l’évolution du monde et de l’université dont il aimait s’entretenir avec les visiteurs qu’il recevait à Bar-sur-Aube où Catherine, sa compagne, veillait à son bien-être. Le ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche s’est honoré en rendant hommage sans tarder à « une figure majeure de la pensée historique française ». Inhabituel, le communiqué de presse signé par deux ministres aura permis de donner à la triste nouvelle l’écho qui convenait au parcours et aux apports d’un intellectuel dont l’importance est sans commune mesure avec l’attention que les médias lui accordèrent de son vivant.

Une histoire vagabonde ?

Plusieurs de ses élèves ont rappelé, en temps et lieux nécessaires, l’itinéraire scientifique, professionnel et politique de Maurice Agulhon. Fils d’instituteurs laïques, son cursus offre un parfait exemple du meilleur de ce qu’autorisait la méritocratie républicaine, de l’école publique de village à la chaire d’histoire de la France contemporaine au Collège de France, via la rue d’Ulm, l’agrégation (au premier rang), les universités d’Aix et de Paris I. Lui-même a relaté les contingences qui présidèrent au choix d’une période et d’un sujet de thèse éloignés de ses préoccupations initiales. Il en est résulté deux thèses publiées en plusieurs volumes au tournant des années 1960 et 1970 : Pénitents et francs-maçons de l’ancienne Provence. Essai sur la sociabilité méridionale (Fayard, 1968) ; Une ville ouvrière au temps du socialisme utopique : Toulon de 1815 à 1851 (Paris ; La Haye, Mouton / EHESS, 1970) ; La vie sociale en Provence intérieure au lendemain de la Révolution (Société des études robespierristes, 1970) ; La République au village. Les populations du Var de la Révolution à la IIeRépublique (Plon, 1970). Par-delà l’érudition rigoureuse inhérente au genre, les quatre ouvrages, remarqués par la communauté historienne, ont bouleversé la compréhension et l’approche des voies et des moyens de la politique en milieux populaires du premier XIXe siècle. Parti à la recherche des fondements d’une tradition républicaine et rouge, Maurice Agulhon a mis ainsi à jour les prédispositions démocratiques des formes d’une sociabilité régionale. Sur la lancée, il en a prolongé et élargi l’analyse dans Le Cercle dans la France bourgeoise. Étude d’une mutation de sociabilité (Armand Colin, 1977). Spécialiste tout aussi incontestable de la Deuxième République, il accède à travers elle à la production de synthèses personnelles et collectives pour tout le XIXe siècle. La dimension ethnoanthropologique des comportements politiques du petit peuple des campagnes varoises l’amène à ériger l’imagerie républicaine en question historienne de première importance avec la trilogie des Marianne. Praticien d’une histoire qu’il admettait « vagabonde », eu égard aux bifurcations opérées et à la variété des sujets abordés au fil de quelque trois cent trente-trois textes, dont quarante ouvrages, sans convaincre que cela ait été un défaut, voire une réalité. « La politique est partout dans nos recherches », convenait-il. Elle l’était sous les premières recherches varoises et, de façon plus flagrante encore, à l’heure des incursions sur le terrain du communisme français dont, instruit par sa propre expérience militante et les acquis de ses thèses, il fut parmi les premiers à percevoir la complexité sociétale, ou des ultimes ouvrages consacrés à De Gaulle.

Aux côtés, mais en dehors du Mouvement Social

Si j’ai pu m’étonner que la proposition me soit faite de rendre cet hommage quand bien...



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