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La civilisation socialiste by Charles Andler (review)
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La Bibliothèque républicaine dirigée par Vincent Peillon édite des classiques parfois oubliés de la pensée républicaine (Quinet, Pécaut, Bourgeois…) et socialiste (Leroux, Blanc, Malon, Fournière…) du XIXe et du début du XXe siècle. Ce volume est un peu particulier, par la brièveté du texte présenté (37 pages), qui correspond à une conférence devant l’École socialiste donnée au soir du 3 juin 1910, publiée alors en brochure, mais jamais rééditée depuis, comme par son écriture et par l’originalité de sa pensée. Son auteur, Charles Andler (1866–1933), n’est certes pas un inconnu de l’histoire politique et intellectuelle, mais pas non plus un personnage du tout premier plan. Même auprès du public informé, il reste souvent dans l’ombre de son ami Lucien Herr (1864–1926), dont il servit la mémoire par une biographie élogieuse et réputée.

Normalien, agrégé d’allemand et non de philosophie, en raison des aléas des concours et des fractures internes de la discipline en cause, Charles Andler consacra sa thèse aux Origines du socialisme d’État en Allemagne (Alcan, 1897). Il milita comme Lucien Herr dans les rangs du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire d’Allemane et collabora avec une juvénile ardeur révolutionnaire à de nombreuses revues. Une somme constitue sa grande œuvre : six volumes sur Nietzsche, sa vie et sa pensée (Bossard, 1920–1931). Il fut incontestablement un grand professeur, éloquent, persuasif, à l’origine des études de germanistique à la rue d’Ulm, aux compétences reconnues par son élection en Sorbonne, puis au Collège de France. Andler ne chercha pas à occuper des responsabilités politiques, mais, avec un tempérament altier, il prit position fréquemment et publiquement. Révolutionnaire dans sa jeunesse – son Conte pour le 1ermai, sous la plume de Théodore Randal, publié par les Entretiens politiques et littéraires de mai 1891, devrait être réédité –, il s’affirma toujours républicain, militant dans la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) puis au Parti socialiste français, patriote et laïque, attaché au retour de l’Alsace-Lorraine.

Christophe Prochasson nous présente la vie et l’œuvre d’Andler dans une substantielle préface (54 pages). Il manifeste à l’égard de son héros « l’empathie maîtrisée, gouvernée par la raison » que recommande celui-ci comme « indispensable instrument de l’intelligence historique ». C’est aussi l’occasion de faire revivre un pan un peu oublié du socialisme de l’époque, son versant idéaliste, servi par de nombreux intellectuels à la recherche d’un épanouissement moral de l’humanité. Les protagonistes de cette histoire sont divers, mais chez tous se retrouve cette même ambition. Le parallèle esquissé par Christophe Prochasson avec Georges Sorel ou Frédéric Rauh pourrait se prolonger avec d’autres auteurs, dans la mouvance « amie » des Documents du socialisme d’Albert Thomas, qui publient la conférence, mais aussi dans les cercles moins appréciés de revues concurrentes comme Le Mouvement socialiste, voire avec des intellectuels laissés un peu dans l’ombre ou davantage occupés à leurs recherches comme le jeune Lucien Febvre, à Besançon ou à Dijon.

Toutefois, ces rapprochements ne doivent pas dissimuler la fière originalité d’Andler. Sa civilisation socialiste est ambitieuse, elle lance au plus haut les flèches de ses cathédrales imaginaires. Le politique ne convoque pas seulement l’éthique, mais tout autant l’esthétique. Le socialisme doit se distinguer de la simple démocratie étendue, y compris dans ses aspects les plus généreux, qu’il s’agisse du solidarisme de Léon Bourgeois ou du socialisme pratique de nombreux cadres et élus de la SFIO, explique à peu près ouvertement Andler. La distinction peut aller jusqu’à l’opposition : la démocratie est « dissolution » alors que le socialisme est « reconstruction » (p. 91). L’État est au cœur de la pensée d’Andler qui expédie en revanche en quelques lignes la théorie marxiste de la valeur. On voit bien tout...



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