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Le laboratoire des pollutions industrielles. Paris, 1770-1830 by Thomas Le Roux (review)
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Thomas Le Roux est un spécialiste de l'histoire de l'industrie urbaine et de ses effets sur l'environnement et la société, un champ de recherche dynamisé par une génération talentueuse de jeunes chercheurs qui, en résonance avec la crise écologique contemporaine, mettent en relation industrie, risque, État, ville et société. Dans ce livre, texte remanié de sa thèse de doctorat, Thomas Le Roux fait de Paris une scène majeure de la redéfinition des rapports entre culture et nature au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, en restant attentif au comparatisme (Grande-Bretagne, Europe continentale). L'un des intérêts de l'ouvrage est la chronologie, à cheval sur la période moderne et la période contemporaine : si les événements politiques impriment leur marque, les dynamiques économiques et techniques imposent aussi leurs rythmes. D'un siècle à l'autre se fait le passage d'une attention portée à la santé publique vers une protection de la propriété et de l'industrie. La situation à la fin de l'Ancien Régime permet de mieux comprendre comment l'administration est devenue le mode normatif de la régulation des nuisances qui s'est opérée à et depuis Paris, capitale politique métamorphosée en métropole industrielle. À travers l'étude de la relation renouvelée de l'homme à son environnement, du système complexe État-science-industrie, l'objectif est d'expliquer pourquoi et comment l'acculturation de l'industrie et de ses nuisances a pu advenir et devenir, pour l'Occident post-révolutionnaire, un modèle qui l'a inscrit dans une trajectoire technologique aujourd'hui remise en question. Cette mutation s'épanouit à travers l'intervention d'acteurs aux pratiques et aux intérêts disparates (pouvoirs publics, citoyens, industriels, médecins...), suivant des temporalités variables et des rythmes inégaux. Au cœur du nouveau système paradigmatique se développe une notion juridique qui traduit à la fois les effets néfastes de l'industrie et les rapports de force entre les acteurs, celle de la nuisance. Catégorie subjective et idéologique au spectre étendu, du bruit à l'odeur, du risque à la gêne permanente, elle fut la source de l'élaboration du consensus et du droit à travers l'arbitrage de l'autorité en charge de la régulation.

Pour embrasser un sujet qui mêle plusieurs histoires - politique, institutionnelle, juridique, sociale, économique, scientifique, technique et urbaine -, l'auteur a choisi un plan rigoureux en trois parties : « Malaise dans la régulation, 1770-1789 », « À la recherche de la régulation perdue, 1789-1817 », « Ville et nuisances : l'acculturation industrielle, 1817-années 1830 », chacune divisée en trois chapitres. Les trois premiers explorent les dynamiques réglementaires, politique et économique ; les trois suivants, les temps de l'improvisation, de l'offensive industrielle et des arbitrages ; les trois derniers, les dynamiques hygiéniste, géographique et industrialiste. L'ensemble repose sur des sources manuscrites variées (administrations, commerce et industrie, police, santé publique, Académie des sciences) et imprimées (journaux, mémoires et essais, traités et rapports, discours), ainsi que sur une bibliographie et des références infrapaginales très riches et ouvertes aux historiographies étrangères. Thomas Le Roux montre d'abord comment la dynamique réglementaire du dernier tiers du XVIIIe siècle - édits, ordonnances, statuts des corps et métiers, etc. - avait fini par créer dans la capitale une géographie de l'insalubrité artisanale et industrielle (Bièvre, île des Cygnes, Montfaucon). En matière de nuisances, la police, garante de l'ordre social et de la santé publique, exerce l'autorité : l'auteur rappelle le rôle essentiel de la lieutenance générale de police, le pouvoir des autres juridictions compétentes (Bureau de la Ville, Parlement, Généralité) et de la coutume de Paris. Au cours du siècle, les enquêtes de commodo et incommodo (« de l'avantage et de l'inconvénient »), phase consultative, sont étendues à un grand nombre d'activités. Il en résulte une régulation pragmatique des nuisances, au fil des plaintes...



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