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Absences sans frontiers by Évelyne Trouillot (review)

From: Journal of Haitian Studies
Volume 19, Number 2, Fall 2013
pp. 224-226 | 10.1353/jhs.2013.0037

In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Absences sans frontières s’ouvre sur le récit de Géraldine/Didine/Dee qui sur quelques pages nous pose les nœuds de l’intrigue : un père qu’elle n’a jamais vu « j’ai grandi avec cette voix » et un certain mystère latent : « Au fil des ans, j’appris à déceler le désespoir derrière les mensonges » (19).

Géraldine, jeune fille de 18 ans, a grandi en Haïti entre sa grand-mère très directive mais aimante et sa tante Cynthia/Tanza plus libérée et tout aussi affectueuse. Son père parti vivre à New York juste après son mariage n’a pu assister à sa naissance et c’est dans cette ville qu’il apprit la nouvelle de la mort de Moline, sa femme, alors que Géraldine n’avait que 3 ans.

C’est un roman triangulaire qui réunit trois Gs : Géraldine, Gigi sa grand-mère et Gérard son père. L’intitulé des chapitres alterne ces trois prénoms comme seuls désignateurs. Cette scansion distille ainsi et de manière progressive les éléments nous permettant de pénétrer et de comprendre chacun des univers entre Delmas et Brooklyn. Les cadres haïtien et new-yorkais, accueillants ou hostiles, fondent un ancrage réaliste qui détermine l’orientation thématique voire psychologique des personnages. La façon dont ils habitent ces espaces nous renseigne sur leur personnalité, leur humeur et la singularité de leur vie.

La présence de Gérard à New York, son studio, les lieux qu’ils privilégient comme la bibliothèque de Brooklyn à Grand Army Plaza « quand il se sentait au bord du gouffre » (98), son comportement de clandestin dans les rues, dans le métro, pour éviter les contrôles de police, nous dressent son portrait en creux. Port-au-Prince, les coins de Delmas, la boutique « Mon bel ange, » la terrasse au-dessus de la maison, l’école des Sœurs, les transports en commun sont aussi porteurs d’informations sur la psychologie des personnages. Le retour de Gigi à Salagnac, un lieu qu’elle rejetait car « elle avait repoussé les souvenirs de son enfance misérable dans un recoin où elle s’était juré de ne plus remettre les pieds » (103), la visite à sa tante Viviane pour se réconcilier avec les dieux de la famille devant contribuer à la guérison de Géraldine petite, attestent son caractère volontaire et l’affection suprême qu’elle voue à sa petite-fille. Pour elle, Gigi est capable de franchir les obstacles et de faire taire sa fierté.

Dans les interstices de la vie des trois Gs et de Cynthia, émaillée de petits faits du quotidien et de souvenirs plus ou moins heureux, serpente un sentiment confus de non-dit, d’énigme. Derrière les sourires, les rires, les petits bonheurs perce une mélancolie qui court tout au long du récit. En effet, l’auteure adosse son histoire à une réalité agitée par les soubresauts politiques, « les coups d’état, les conseils provisoires, les élections avortées » (151) et par les cataclysmes naturels, une « chaîne de catastrophes » (161) qui n’ont de cesse de perturber la vie des populations.

L’histoire est tricotée de façon formelle par le titrage des chapitres et par les différentes narrations qui s’éclairent réciproquement. Si les trois Gs composent l’ossature du texte, les personnages secondaires absents, morts ou ponctuellement présents accentuent sa densité. Nous naviguons entre les mailles de la trame dans une ambiance de roman chorale et de blues polyphonique. On sort de la linéarité pour suivre les trois lignes fortes qui se dégagent avec Géraldine comme point nodal. Chacun joue sa partition, propose sa vérité au travers de lignes mélodiques différentes : autoritaire pour Gigi, joyeuse pour Cynthia, mi-enjouée, mi-mélancolique pour Géraldine, et angoissée pour Gérard.

La mélodie d’Absences sans frontières épouse une double perspective, celle d’un narrateur omniscient pour évoquer Gigi, Gérard et les autres personnages et celle de...


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