L’espace urbain patrimonialisé par l’institution muséale: Le musée d’architecture, un nouveau type d’institution culturelle
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4 L’espace urbain patrimonialisé par l’institution muséale : Le musée d’architecture, un nouveau type d’institution culturelle Charlotte Leblanc 25010_Bernier.indb 103 12-09-10 3:58 PM Résumé C’est dans le contexte de la patrimonialisation de l’urbain développée dès les années 1970 à l’aide de structures juridiques et institutionnelles que va apparaître progressivement l’idée que la transformation de l’espace urbain en patrimoine peut également passer par le musée. La création d’un musée d’architecture au sein du Musée des monuments français au palais de Chaillot (xvie arrondissement de Paris) se met ainsi en place dès les années 1990. Le processus commence avec la commande faite en 1993 par le ministre de la Culture, Jacques Toubon, à l’historien de l’architecture, Jean-Marie Pérouse de Montclos, et au conservateur, Jean-Marie Vincent, d’un rapport pour la création d’un Centre national du patrimoine qui prendra ensuite le nom de Centre de Chaillot pour le patrimoine monumental et urbain. En suspens depuis l’incendie qui frappa le palais de Chaillot le 22 juillet 1997, le projet est finalement abandonné au profit d’un second : la Cité de l’architecture et du patrimoine (CAPa). Ce projet, mené par l’historien de l’architecture Jean-Louis Cohen, reprend alors le principe d’une réorientation des collections du Musée des monuments français (MMF) vers un discours plus architectural, tout en y ajoutant une galerie consacrée à l’archi­ tecture du xxe siècle. Deux thèmes principaux sont présentés : la construction et l’influence des mutations sociales sur l’architecture. La question de la patrimonialisation de l’urbain par le musée comporte des enjeux muséographiques mais aussi politiques, identitaires et professionnels. 25010_Bernier.indb 104 12-09-10 3:58 PM L’espace urbain patrimonialisé par l’institution muséale 105 A lors que de nombreux édifices urbains ont souffert du grand mouvement de rénovation urbaine des années 1950 puis de la période de croissance et de ses démolitions, les années 1970 témoignent paradoxalement en France d’une prise de conscience du patrimoine architectural des villes. La politique de protection du patrimoine urbain se trouve notamment renforcée dans les années 1960 par la création de secteurs sauvegardés et la mise en place du Service de l’inventaire puis, dans les années 1980, par la formation des zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) et des commissions régionales du patrimoine historique, archéologie et ethnologique (COREPHAE). C’est dans ce contexte de patrimonialisation de l’urbain que vont s’imposer les principes de conservation des archives d’architecture contemporaine puis de musée d’architecture. Si la conservation des archives permet d’enrichir notre connaissance sur l’édification et l’histoire d’un ensemble urbain, le musée d’architecture expose le bâti en l’isolant de son contexte urbain et en réduisant son échelle. Alors que les citadins ne prêtent pas toujours attention aux édifices qui font partie de leur quotidien , le musée se donne pour dessein de former leur regard à l’urbanité. Parce qu’il est porteur de prestige, le musée légitime l’objet qu’il expose et conserve. L’exposition d’un édifice dans le musée semble indiquer qu’il a une certaine valeur, soit par son unicité, soit par sa représentativité d’un courant ou d’un phénomène. Nous pourrions alors supposer que la patrimonialisation de l’urbain par le musée permettrait de protéger le bâti de la destruction en contribuant à l’amélioration de la connaissance sur la ville. Une étude de cas, celle du Musée des monuments français au palais de Chaillot (xvie arrondissement de Paris) qui a vu naître dans les années 1990 un projet de musée d’architecture, illustre bien les problématiques liées à la patrimonialisation de l’urbain par le musée (figure 1). Elle­ permettra de montrer combien cette muséalisation du patrimoine urbain ne s’opère pas sans difficultés. Ce processus ne fait ainsi pas l’unanimité parmi les architectes ou les administrations. Cette étude devra donc envisager les contraintes et les limites de la patrimonialisation de l’urbain par le musée. 25010_Bernier.indb 105...