Introduction
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Introduction L e patrimoine a pris une place incontournable dans nos sociétés. À la fois marqueur identitaire, ressource touristique, attraction culturelle , il devient aussi un argument politique quand vient le temps de mesurer la place qu’occupent encore les États-Nations dans un contexte général de mondialisation. L’affirmation du pouvoir des gouvernements locaux et nationaux sur «  leur » patrimoine a en effet été l’objet de plusieurs démonstrations récentes, depuis la destruction des bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan jusqu’au retrait de la Liste du patrimoine mondial du site de la vallée de l’Elbe à Dresde en Allemagne, entre autres. Cependant , ce patrimoine n’est pas celui des monuments historiques et des chefs-d’œuvre du xixe siècle, mais plutôt ce que les chercheurs ont défini comme une représentation construite, une signification particulière donnée à un élément. Le xxe siècle a vu l’émergence de « villes globales1 » qui sont devenues, selon Saskia Sassen, le lieu de convergence de nouveaux enjeux de pouvoir , mais aussi le lieu de vie des trois quarts de la population mondiale et, aujourd’hui, «  l’urbain apparaît à la fois comme un lieu de contradiction  et comme un cas d’espèce2 ». On peut alors comprendre pourquoi le patrimoine urbain n’a pas cessé de prendre de l’importance en ce qu’il cristallise de nombreuses questions qui se posent à nos sociétés. Certaines d’entre elles, qui renvoient à la place des traditions et des croyances populaires face à la modernité, à la sécularisation des sociétés occidentales ou au déclin des zones rurales, composent la toile de fond de quelquesuns des textes présentés dans cet ouvrage.   1. Sassen, Saskia, 1999, «  La métropole  : site stratégique et nouvelle frontière », Cultures et Conflits, nos 33-34, printemps-été, p. 123-133.   2. Morisset, Lucie K. et Luc Noppen, «  Des identités urbaines », dans Morisset, Lucie K. et Luc Noppen (dir.), Identités urbaines. Échos de Montréal, Québec, Éditions Nota Bene, 2003, p. 7. 25010_Bernier.indb 1 12-09-10 3:57 PM 2 La patrimonialisation de l’urbain Mais comment définir le patrimoine urbain ? La notion apparaît certes bien large  ; à l’environnement des monuments défendu par Gustavo­Giovannoni3 et aux quartiers historiques, se sont ajoutés des ensembles architecturaux plus récents, des formes urbaines et même des pratiques qui ont lieu dans les villes. Pourtant, quel que soit l’objet patrimonialisé, sa signification demeure le résultat de jeux d’acteurs et d’enjeux de pouvoir dont l’objectif semble être celui d’affirmer, par l’intermédiaire de ce patrimoine, la distinction d’un lieu ou d’un groupe. Le patrimoine urbain pourrait-il alors dépasser les limites de la ville et devenir une modalité de relation entre des individus et leur cadre de vie ? Une extension similaire a conduit récemment à l’apparition de la notion de «  paysage urbain historique4  », qui correspond moins à une catégorie et plus à une approche« globale et intégrée » de la gestion de « l’environnement humain ». La fronti ère entre ce qui relève ou non de l’urbanité semble difficile à tracer clairement et l’on peut se demander où commence et, surtout, où se termine le patrimoine urbain. Au-delà d’une différenciation simplement basée sur ce qui est en ville et ce qui n’y est pas, c’est le sens même de l’urbanité que questionne ce patrimoine à travers les différentes problématiques abordées dans cet ouvrage. Les textes rassemblés ici cherchent à interroger la notion de patrimoine urbain plutôt qu’à la définir, notamment par l’analyse des processus par lesquels les acteurs privés et publics donnent du sens à cet environnement particulier et, ce faisant, comment ils le transforment. Bien qu’elles­ convoquent des villes latino-américaines, nord-africaines, européennes et nord-américaines, les réflexions que proposent ces dix contributions se recoupent dans l’examen des différentes stratégies mises en place par les acteurs, depuis les pratiques populaires jusqu’aux politiques publiques. C’est une de ces pratiques, invisibles dans les discours officiels et pourtant très répandues, que nous présente le texte de Lautaro Ojeda Ledesma, doctorant à l’Institut de géoarchitecture de l’Université de Bretagne occidentale . Il expose les résultats d’un travail de recensement et d...