L'art biotech : Réconciliation entre le on life et le représenté

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L’art biotech Réconciliation entre le on life et le représenté CANADA Christine PALMIÉRI Christine Palmiéri, Ph. D. en art, dirige la revue cyberculturelle Archee. Ses recherches portent sur les phénomènes de mutation des entités vivantes dans une approche prospective. Elle a dirigé un ouvrage collectif sur la monstruosité en art et divers dossiers, notamment sur les arts biotechnologiques et le posthumain dans la revue INTER. Elle est artiste, critique d’art et professeure associée à l’UQAM, membre du CIAM et du projet du LETA-CRE, L’art et le défi technoscientifique, de la Sorbonne à Paris. Elle a été invitée à exposer ses installations vidéo et photographiques ainsi qu’à réaliser des performances dans des festivals, galeries et musées tant au Canada qu’en France, au Mexique, aux ÉtatsUnis , en Italie, au Maroc, au Brésil et au Japon. Tout passe, même ce qui se réclame de l’immatériel. L’art a le pouvoir de se glisser à travers les strates du désir qui le cannibalise, le transforme, le diabolise parfois jusqu’à l’horreur ou le volatilise dans des expériences virtuelles éphémères. Mais des bastions de résistance demeurent, qui expriment ce besoin tactile de pétrir la matière même de la création, avec un grand C, puisqu’il s’agit de celle de la chair. Ainsi, devant l’état de renoncement, de résignation et d’inertie des peuples occidentaux désorientés et impuissants devant les grandes puissances et l’état chaotique de crise spirituelle du tiers-monde empêtré dans la misère, devant les sociétés en deuil de sens au nord et insensées au sud qui s’enlisent peu à peu dans l’anéantissement du soi, devant le vertige qui est au cœur de toutes les transactions humaines cognitives, affectives, interrelationnelles, devant l’avenir brouillé où tout le monde se bat, lutte, se cache, aveuglé de trop de transparence, l’art invite à se poser des questions , à se remettre en cause, à faire resurgir le monde pour soi, tout comme Max Loreau semble le proposer dans La genèse du phénomène1 en évoquant l’idée d’un autre commencement, et, ainsi, à reprendre contact avec le soi. 1. Max Loreau, La genèse du phénomène  : le phénomène, le logos, l’origine, Paris, Minuit, 1989. 212 Bioart Michel Onfray, lui aussi, voit dans les productions actuelles l’émergence d’un nouvel ordre ontologique. Il écrit  : «  Dans la tourmente du présent, au creux même de la tempête contemporaine de l’œil du cyclone, on ne peut prétendre à autre chose qu’à de nécessaires impératifs catégoriques : une haine de la mort, une passion pour la vie une aspiration à magnifier la vitalité partout où elle se trouve », à une époque qu’il qualifie « du temps des aurores2 ». L’art biotech sous toutes ses formes (in vivo, in vitro, semi-living, de vie artificielle, robotique, en ligne ou représentationnel, etc.) serait en ce sens un art de la re-naissance. Que les questionnements d’ordre éthique et politique concernant les manipulations génétiques relèvent d’une approche positiviste ou négativiste, il n’en demeure pas moins que les productions liées de près ou de loin aux biotechnologies se voient insuffler un élan de créativité générant des propositions esthétiques nouvelles. Et ce n’est plus la mort, exposée dans des bocaux géants de chloroforme à la Damien Hirst ou des fragments de corps cadavériques à la Andres Serrano, que nous proposent les artistes de ces tendances, mais bel et bien la vie, avec toutes ses possibilités d’extensions, d’augmentations et d’améliorations, avec sa cohorte d’images fantastiques où le monstrueux côtoie le merveilleux. Jubilation et inquiétudes sont le ferment de ces productions où l’imagination offre à l’avenir un devenir humain incertain, flou, mais contrôlable. Le temps des aurores d’Onfray, que l’on comprend comme le temps des aurores des artistes, est peut-être aussi celui d’une normalisation ou standardisation extrême des êtres humains dans leur corporéité mais aussi dans leur fonction intellectuelle, images effrayantes d’un totalitarisme où les clones ne seront qu’un numéro parmi d’autres comme dans la science-fiction ou bien images chaotiques à la Bosch où le monde s’entre-d...


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