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7 c h a p i t r e Parler tango Quelques considérations méthodologiques autour d’un phénomène métaphorique France JOYAL, Université du Québec à Trois-Rivières Pourquoi parler de méthodologie de recherche dans un livre sur le tango? Parce que la recherche sur cet objet est encore en friche et qu’il m’apparaît important de me pencher sur tout ce qui la constitue, y compris sur des aspects moins séduisants tels que les questions méthodologiques. Les phénomènes sociaux comme le tango sont complexes car ils touchent l’être, son histoire et son environnement. Même si chaque science sociale dispose de fondements théoriques spécifiques pour étudier ce genre de phénomène, il est de plus en plus fréquent que, pour donner à leurs recherches le meilleur cadrage possible, les chercheurs croisent des théories et des méthodes empruntées à ­diverses disciplines (Paillé et Mucchielli, 2003). Malgré cette ­ ouverture 130 Tango sans frontières­ interdisciplinaire, certaines zones de l’activité humaine souffrent encore de la rigidité des méthodes usuelles. C’est le cas des arts. Selon Bruneau etVilleneuve (2007), la situation des arts dans l’univers scientifique se trouve souvent au centre de polémiques qui portent, entre autres choses, sur la définition de la pratique artistique et sur celle des approches méthodologiques. Pour plusieurs chercheurs en arts, «l’univers des sciences humaines, des sciences sociales notamment , offre tout un éventail d’outils de réflexion et de travail susceptible de soutenir le travail de recherche» (p. 2), ce qui leur permet, pour étudier leurs problématiques, de bâtir des instrumentations de recherche mieux adaptées. Mais cette latitude ne résout pas tout et certaines pratiques restent difficiles à analyser. J’attribue cette difficult é au fait que la plupart des méthodes de recherche sont statiques alors que les objets de recherche sont dynamiques. En tant que chercheure en art, je me suis fixé comme objectif de réfléchir à des moyens dynamiques d’étudier de tels objets. À l’instar de Paillé et Mucchielli (2003), je crois que toute activité de recherche doit s’ajuster à la «culture d’appartenance» (p. 26) du chercheur et à la nature du problème étudié. L’habitus du chercheur, son histoire professionnelle et personnelle ainsi que les propriétés de l’objet en cause peuvent aisément servir d’inspiration et s’inscrire en filigrane de chaque étape de la recherche, à partir de la cueillette d’information jusqu’à la­ diffusion des résultats, en passant par ­l’analyse de l’information. [Les] opérations méthodologiques que va mettre en branle un chercheur ont leur racine, sinon leur équivalent dans l’activité mondaine quotidienne de construction et de validation du monde dans lequel [il évolue], qu’il soit psychologique, social ou culturel (p. 8). C’est dire qu’il est possible, voire souhaitable de proposer une instrumentation de recherche qui s’apparente aux problématiques en cause, quitte à inventer nos outils, comme le suggèrent Pourtois et Desmet (1988). Les chercheurs, disent-ils, ont intérêt à «créer leurs propres outils, sans plus s’en référer à des [outils] standardisés et étalonnés qui n’ont finalement que peu de proximité et ­d’adéquation avec les populations observées» (p. 105). C’est pourquoi il ­m’importe de m’attarder aux façons de dessiner la recherche sur le tango. Parler tango 131 Comme le dit Fabrice Hatem dans la préface de cet ouvrage, la recherche sur le tango peut permettre aux danseurs de «comprendre les raisons et les mécanismes de leur engouement, et enfin de progresser dans leur pratique de la danse». Je crois qu’elle peut, globalement, permettre à toute personne intriguée par cette danse d’en comprendre les linéaments, les effets sur la conscience de soi, sur la présence à l’autre, sur les relations interpersonnelles et groupales , bref sur tout ce qui fait la vie. J’ai à cœur d’examiner cet objet qui m’apparaît comme une formidable métaphore des rapports humains. Je crois utile de spécifier que je parle ici du tango non professionnel, c’est-à-dire du tango qu’on danse sur le vif, qu’on pratique dans les milongas ou dans les parcs et autres espaces publics. C’est un tango qu’on construit instant par instant, pas à pas, corps à corps. Loin de vouloir proposer...

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Additional Information

ISBN
9782760525429
Related ISBN
9782760525412
MARC Record
OCLC
682540396
Pages
192
Launched on MUSE
2013-01-01
Language
French
Open Access
No
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