restricted access Chapitre 3 – Conversation et littératie
In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

C h a p i t r e 3 Conversation et littératie Ioanna Berthoud-Papandropoulou et Helga Kilcher-Hagedorn Université de Genève Résumé Inscrit dans une perspective développementale, ce chapitre propose d’analyser les extensions conversationnelles nécessaires à l’acquisition du discours permettant à l’enfant de passer des discours extrêmement contextualisés issus de ses routines immédiates à des discours de plus en plus distancés et décontextualisés rejoignant ainsi la forme du discours littéraire. Ces extensions conversationnelles sont explor ées par l’intermédiaire de situations expérimentales proches de dialogues rencontr és dans la vie quotidienne, tout en ayant la particularité de présenter à l’enfant interrogé un problème de communication, dans la mesure où la conversation habituelle se trouve entravée, l’obligeant à une distanciation. Ce chapitre réinterprète les résultats de cinq recherches effectuées antérieurement, et ce, sous l’angle du développement de la littératie. Les auteures établissent des relations entre la littératie et les compétences communicatives et inférentielles complexes observées chez les enfants dans ces situations problématiques survenant dans la conversation. La manière dont les sujets de différents âges vont résoudre les problèmes de communication rencontrés donne des indications sur leur niveau de construction de compétences conversationnelles étendues pouvant servir les fondements de l’apprentissage ultérieur de la lecture/écriture. 76 La littératie au préscolaire, une fenêtre ouverte vers la scolarisation Existe-t-il des liens développementaux entre compétences conversationnelles et littératie ? On est tenté de répondre par la négative à cette question , si par « compétences conversationnelles » on entend la capacité – somme toute très précoce – du sujet à s’insérer dans des situations dialogiques avec un adulte familier. Il est évident qu’il existe un décalage temporel assez important entre les débuts de la conversation et la littératie. Or, les conversations vont évoluer durant plusieurs années. Elles passeront d’un fonctionnement conversationnel de base qui réunit les conditions optimales à l’insertion du sujet dans l’interaction, à des ­échanges qui s’écartent, par des décontextualisations diverses, de ce « format ». Ainsi, dès l’âge de 3 ans environ, le sujet devient capable, par exemple, de parler avec des interlocuteurs non familiers, de participer à des conversations plurilocuteurs, de s’entretenir avec un interlocuteur absent physiquement, de rapporter le discours d’autrui, de raconter des événements vécus (Pan et Snow, 1999). Les aspects de la conversation – et du langage en général – qu’il commence alors à maîtriser présentent, selon nous, des liens­ indéniables avec la littératie qu’il commence également à acquérir. Notre but dans ce travail est d’exposer comment se développent de telles « extensions conversationnelles ». Elles sont relatives à deux facettes de l’activité dialogique : d’une part, aux paramètres de l’énonciation (locuteur /interlocuteur) ; d’autre part, aux énoncés (forme/signification). Le premier type d’extension se réalise dans des conversations entre locuteur et interlocuteur médiatisées par un tiers, c’est-à-dire assurées par un interm édiaire. Le deuxième type d’extension a lieu dans des interactions verbales comportant une pluralité d’interprétations des énoncés, due au phénomène d’ambiguïté linguistique. Les complexifications du dialogue qui résultent de ces extensions font intervenir ce que Kerbrat-Orecchioni entend par « tropes communicationnels » (1986). Par ailleurs, ces extensions impliquent de la part du sujet une distanciation par rapport à son fonctionnement langagier automatisé, qui va dans la direction d’une prise de conscience métalinguistique. Nous avons exploré ces extensions conversationnelles dans des­ situations expérimentales, dans lesquelles le sujet était mis face à des tâches diverses : fonctionner comme messager des paroles d’autrui ; concevoir la traduction comme solution à un problème de communication entre monolingues de langues différentes ; détecter et réparer un malentendu survenant dans une conversation. Nos situations sont proches de dialogues rencontrés dans la vie quotidienne, tout en ayant la particularité de présenter à l’enfant interrogé un problème de communication, dans la mesure où la conversation habituelle se trouve entravée. La manière dont les sujets de différents âges vont résoudre le problème de communi­ cation rencontré nous donne des indications sur leur niveau de ­construction de compétences conversationnelles étendues. Un autre...


pdf

Subject Headings

  • Language arts (Preschool).
  • Education, Preschool.
  • Narration (Rhetoric) -- Study and teaching (Preschool).
  • Child development.
  • Child psychology.
  • You have access to this content
  • Free sample
  • Open Access
  • Restricted Access