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c h a p i t r e 6 LA PHILOSOPHIE L’étude des ressources alternatives de traitement en santé mentale illustre avec éloquence l’importance de ce que l’on pourrait appeler la philosophie de pratique qui sous-tend de manière générale un champ d’intervention, qu’elle demeure implicite, comme c’est le plus souvent le cas, ou qu’elle soit formulée de manière explicite. Cette philosophie joue un rôle fondamental en déterminant ce qui est mis en place ou au contraire écarté dans un milieu de pratique particulier en santé mentale. Elle se reflète ici dans le ton général ou le style de la ressource, et dans la texture de l’ensemble des pratiques et des dispositifs mis en place. Une congruence importante se manifeste ainsi entre le registre de la philosophie et celui des pratiques. Ce sont les récits des responsables de ressources et des intervenants qui expriment le plus explicitement la philosophie des ressources alternatives de traitement. La philosophie s’y exprime à la fois comme un discours et comme un retour réflexif et critique sur l’expérience, lequel prend beaucoup de place dans les récits. Du côté des usagers, c’est à partir de leur expérience que l’on peut inférer leur perception de la philosophie qui anime la ressource. En corollaire, ce sont donc aussi presque exclusivement les intervenants et les responsables qui déterminent des écarts entre les ressources ou dans une même ressource, et cela, beaucoup plus nettement que ce n’était le cas pour ce qui concerne l’atmosphère. On a l’impression que quand ils l’explicitent, ce qui compte pour les usagers se situe ailleurs et relève du fond commun que partagent les différentes ressources. Les mentions faites de la philosophie dans les récits prennent la forme de questions qui ont trait à une conception et à une approche de l’humain et de la souffrance, et qui concernent les réponses à lui apporter ; à la 88 le mouvement de l’être nature du travail thérapeutique proposé et poursuivi dans la ressource alternative de traitement; aux valeurs et au cadre théorique auquel l’on se réfère dans la ressource; et à la vocation et au positionnement de la ressource par rapport à l’enjeu du traitement. En filigrane, c’est la question de l’identité particulière des ressources alternatives de traitement qui est aussi posée. Comme c’était le cas pour l’atmosphère, nous retrouvons ici d’importants points de convergence et certaines différences entre les­ ressources alternatives de traitement à l’étude. Les convergences s’articulent autour de deux axes principaux qui forment comme un arrière-plan commun aux différentes ressources alternatives de traitement. Le premier axe concerne une préoccupation pour ce qu’il y a d’humain dans l’humain. Le deuxième axe est celui d’une vision de la ressource comme d’un lieu qui permet une mise au travail de la personne. Nous verrons par ailleurs qu’à partir de ces points de convergence se dessinent des nuances parfois significatives. 1. Une préoccupation pour ce qu’il y a d’humain dans l’humain Les ressources alternatives de traitement travaillent fondamentalement et directement avec l’humain et avec la souffrance. La confrontation à la souffrance y apparaît ainsi incontournable et essentielle1. Les ressources alternatives de traitement se voient souvent décrites comme un «lieu où les personnes peuvent faire entendre quelque chose de leur souffrance» (int. 1, ress. B). En même temps, ces ressources refusent de cantonner à la souffrance la part de l’humain qui les préoccupe. De même, nous le verrons plus particulièrement au prochain chapitre, le travail thérapeutique qui s’y déploie vise à la fois le rapport à la souffrance et ce que nous pourrions qualifier de retour à la vie, avec des accentuations parfois différentes selon les ressources. Le pari sur l’humain que font les ressources alternatives de traitement est souligné par l’ensemble des acteurs interrogés. Ainsi, chaque usager est considéré comme «un être humain avant d’être un malade» (us. 1, ress. D),«un être humain avec ses forces et ses faiblesses» (us. 1, ress. F), «qu’est-ce que c’est qu’un être humain simplement» (us. 1, ress. D). L’espace de la ressource se voit désigné comme «un temps et un...

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Additional Information

ISBN
9782760530737
Related ISBN
9782760530720
MARC Record
OCLC
835772347
Pages
222
Launched on MUSE
2013-01-01
Language
French
Open Access
No
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