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CHAPITRE II ARGUMENTAIRE ET RAISONNEMENT La science a partie liée avec ce qu’on lui demande de justifier. Pierre Bourdieu On ne peut détacher l’argumentaire du raisonnement. Pourtant, entre les deux, les liens et la différence ne paraissent pas d’emblée évidents. Ils semblent synonymes, alors qu’ils ne le sont pas. Pour clarifier ce lien, partons de l’idée d’un ensemble logique hiérarchisé. Une fois la Thèse à défendre énoncée, il faut développer un argumentaire ; un ensemble de raisonnements pour la soutenir. L’argumentaire est plus général que le raisonnement: il renvoie aux différents «syllogismes » organisés d’une telle manière qu’il rend la Thèse vraisemblable , crédible ou plausible. On dira alors qu’elle est rationnellement justifiée par l’ensemble des raisonnements. Le raisonnement est une suite cohérente et nécessaire d’arguments employés pour défendre un énoncé qui demande ou exige une justification (Thèse ou Conclusion). On construit un ou des raisonnements à l’aide d’arguments. Nous reprenons la définition que donne Gilles Gauthier de l’argument :«[Il] consiste en l’ensemble articulé d’une proposition et de sa ou ses justifications1 . » Pour être plus clair, on échafaude un argumentaire 1. Gilles Gauthier, «La prise de position éditoriale: l’exemple de la presse québécoise», Communication. Information, médias, théories, pratiques, vol. 25, no 1, automne 2006, p. 113 34 Argumenter son mémoire ou sa thèse pour soutenir une Thèse à l’aide de raisonnements. Ces derniers sont construits à partir d’arguments. Prenons un exemple pour nous aider à mieux comprendre ces différentes distinctions. Imaginons une thèse sur la valeur des sciences sociales: (T) Les sciences sociales ne sont pas véritablement des sciences. (1) Elles ne peuvent prétendre à la vérité car les phénomènes qu’elles étudient ne sont pas des réalités objectives. (2) Les phénomènes sociaux relèvent ­ d’interprétations, de la signification que les chercheurs leur prêtent. (3) La signification des phénomènes étudiés varie selon les chercheurs. (4) Il n’y a pas de consensus sur les interprétations données. (5) De plus, il est difficile dans les sciences sociales, contrairement en sciences, de faire des expériences empiriques pour valider les théories. (6) L’expérimentation est pratiquement impossible. (7) Les sciences sociales sont des idéologies. (8) Certaines sciences comme les idéologies cherchent à intervenir dans le monde pour le transformer. (9) Or la science vise avant tout à expliquer ou à comprendre le monde à l’aide d’une théorie à partir de données empiriques. (10) Enfin, les sciences sociales sont incapables de faire des prédictions valables. (11) Une bonne théorie scientifique doit être en mesure de prédire des phénomènes, ce que ne peuvent accomplir les sciences sociales. Cet argumentaire à propos de la scientificité des sciences sociales est divisé en plusieurs raisonnements. Nous en avons identifié quatre. Le premier se résume aux prémisses 1, 2, 3 et 42 . Le second raisonnement recoupe les propositions 5 et 6. Le troisième est composé des propositions 7, 8 et 9. Enfin, le dernier n’est constitué que des deux prémisses 10 et 11. Il importe d’avoir bien identifié la Conclusion, proposition qu’on cherche à justifier. Ici la proposition (T) qui affirme que les sciences sociales ne sont pas véritablement des sciences est la Thèse défendue. Ce n’est pas une hypothèse au sens où nous l’avons définie au chapitre 1. Elle s’apparente ici davantage à la proposition de recherche. On peut schématiser cet argumentaire de la manière­ suivante: (Thèse): Les sciences sociales ne sont pas véritablement des sciences. 1er raisonnement (1) Elles ne peuvent prétendre à la vérité car les phénomènes qu’elles étudient ne sont pas des réalités objectives. 2. Le terme prémisse utilisé ici est celui des logiciens; nous allons le conserver pour parler des raisonnements. Cependant, le raisonnement est composé d’arguments (prémisses). Le chapitre 3 traite des arguments. Argumentaire et raisonnement 35 (2) Les phénomènes sociaux relèvent d’interprétations, de la signification que les chercheurs leur prêtent. (3) La signification des phénomènes étudiés varie selon les chercheurs . (4) Il n’y a pas de consensus...

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Additional Information

ISBN
9782760526303
Print ISBN
9782760526297
MARC Record
OCLC
759158091
Pages
132
Launched on MUSE
2013-01-01
Language
French
Open Access
N
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