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115 Les étudiants africains et la littérature négro-africaine d’expression française 24 La signification révolutionnaire de la poésie de David Diop Extrait de L’Etudiant sénégalais, Journal de l’AESF – avril 1964 Théophile Obenga Le poète négro-africain contemporain le plus connu est Léopold Sédar Senghor, chantre couronné de l’Afrique dont le cœur « s’effeuille en pures pétales de chant », comme il l’écrit lui-même. Que chante Senghor ? Des Ethiopiques aux Nocturnes en passant par les Chants d’Ombre suivis de Hosties Noires, l’œuvre poétique de Senghor se veut essentiellement comme invitation – une invitation intime et fervente au cœur même des valeurs nègres originelles. Nous admettons avec les principaux commentateurs du poète sénégalais : Lamine Diakhaté, Lilyan Lagneau, Thomas Melone, Armand Guilbert… que pour nous convier à ce « Pèleri-nage aux sources », Senghor possède des avantages multiples. Exceptionnelles aussi ses vertus poétiques. Les mythes de la poésie populaire au Sénégal sont repris avec faveur : le mythe de la Nuit aux soirs ambigus, qui sombrent dans l’équivoque du silence et pourtant si propices au dialogue avec les Ancêtres morts-vivants, le mythe du Sang – le sang comme phénomène de solidarité qui atteste le clan en tant que partage entre moi et les autres. Et c’est avec discrétion, sûreté, maîtrise que Senghor joue avec des mots d’origine africaine à l’intérieur même de la langue d’importation : « le français, Soleil qui brille hors de l’Hexagone » (Senghor, in Esprit, n° 311, novembre 1962, p. 844). Un tel répertoire lui permet un langage incantatoire étonnant d’où jaillissent des images tactiles, visuelles et sen-suelles :« Tu es la porte de beauté, la porte radieuse de grâce« A l’entrée du temps primordial. Et je jouais avec les cailloux et colombes.« Signare, je chanterai ta grâce ta beauté« Des maîtres de Dyong j’ai appris l’art de tisser des paroles plaisantes« Paroles de pourpre à te parer, Princesse noire d’Elissa ». (Nocturnes, p. 27) Images puissantes de toutes les gammes, de toutes les couleurs, de toutes les nuances, de tous les tons qui donnent le sentiment d’ouverture sur un monde inédit :« Nuit d’enfance, Nuit bleue Nuit blonde ô Lune !« ……………….. 116 Les étudiants africains et la littérature négro-africaine d’expression française« Mourons et dansons coude à coude en une guirlande tressée« ………………..« Nuits chères Nuits amies, et Nuits d’enfance, parmi les tanns parmi les bois« Nuits palpitantes de présences, et de paupières, si peuplées d’ailes et de souffles« De silence vivant, dites combien de fois vous ai-je lamentées au mitan de mon âge ?» (Nocturnes, pp. 63-65) Cette reprise du passé dans une langue qui contraint à l’admiration est ellem ême éclairée et conditionnée par l’histoire du Peuple d’Afrique. En effet, on peut relever çà et là, tout au long de l’œuvre poétique de Senghor, des vers extrêmement suggestifs qui font allusion à la condition serve du Peuple d’Afrique, mais un Peuple qui, déjà, cherche sa propre définition, son propre équilibre : dans Ethiopiques, p. 39 :« Peuples du Sud dans les chantiers, les ports les mines les manufactures« Et le soir ségrégés dans les Kraals de la misère.« Et les peuples entassent des montagnes d’or noir rouge et ils crèvent de faim.« ……………« Pouvais-je rester sourd à tant de souffrances bafouées ? » ; dans Chants d’Ombre suivis de Hosties Noires« En avant ! Et que ne soit pas le péan poussé ô Pindare ! mais le cri de guerre hirsute et le coupe-coupe dégainé » ; dans Nocturnes, p. 82« Admirez la locomotive, haute sur pattes, si souple et fine comme un cheval du Fleuve.« Elle unit Saint-Louis à Bamako, Abidjan à Ouagadougou,« Niamey à Cotonou, Fort-Lamy à Douala, Dakar à Brazzaville ». Mais, concrètement, quelle est l’attitude du Président Senghor, socialiste, sinon le refus du combat quotidien.« Le chant, écrit Senghor dans Nocturnes (p.65), n’est pas que charme, il nourrit les têtes laineuses de mon troupeau ». Ce qui signifie que la Poésie n’est pas seulement une Parole esthétique, mais primitivement une Parole privilégiée qui consacre la liberté du poète. En d’autres termes, la Poésie n...


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