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91 Les étudiants africains et la littérature négro-africaine d’expression française 15 Le vieux nègre et la médaille de F. Oyono Joseph Van Den Reysen Le Vieux Nègre et la Médaille, roman du camerounais Oyono, se laisse lire sans ennui : bien qu’une fois terminé, je l’ai, à la réflexion, trouvé quelque peu superficiel. En fait, l’auteureutmieuxétéinspirédes’enteniraucadredelanouvelle,cariln’amanifestement pas encore la « densité romanesque ». Un vieux paysan, Méka, fervent adepte des Missions Catholiques (il leur a fait« don » de ses terres), apprend que le « Grand Chef des Blancs », le HautCommissaire en l’occurrence, va le décorer. Toute sa famille vient partager cet honneur, auquel il se prépare fébrilement. Malheureusement, au soir du grand jour, il se retrouve en prison pour vagabondage nocturne dans le quartier européen du chef-lieu. Ce séjour, assez bref d’ailleurs, dans la prison du Commandant, suscite la prise de conscience de Méka. Il comprend que la médaille où il a cru voir le signe d’une amitié réelle, d’une fraternité même entre les Blancs et lui, n’est en fait qu’un prix de servilité … Les Blancs le récompensent d’être un bon nègre qui sait rester à sa place. Malheureusement pour lui, et il en a con-science, Méka perçoit trop tard la vérité.« Je ne suis plus qu’un vieil homme » dit-il. Comme on le voit, le roman d’Oyono traite d’une attitude que nous connaissons bien. Celle de « l’ami » de la France, de l’Africain « loyal », du bon chrétien travailleur, respectueux, à la peau noire mais à l’âme blanche… Oyono critique cette attitude et met au jour les illusions et les déceptions qu’elle comporte. Il y a aussi dans Le Vieux Nègre et la Médaille une description vivante de la vie dans la brousse africaine, à l’époque toute récente des Commandants et des Gardes de cercle. Chaleur des relations familiales, situation subalterne de la femme, travaux des champs, et ombre toute puissante du Commandant par là-dessus. Tout y est. En particulier, il montre bien le mélange de peur, de brutalité, de mensonges qui préside aux relations avec l’administration. Convoqué, Méka tremble de se voir jeté en prison car, d’expérience, il sait où conduisent les convocations officielles. Le HautCommissaire affirme que Noirs et Blancs sont désormais frères, mais élude l’invitation à dîner de Méka, etc. Malheureusement, Oyono ne pousse pas son analyse en profondeur. Ses personnages sont plutôt esquissés que peints. Ils nous intéressent parce qu’ils peuvent évoquer en nous des expériences africaines, mais peu par leur vie propre. De plus, Oyono fait parler à ses personnages un langage inutilement ordurier. Nous ignorons comment s’expriment les paysans du Sud-Cameroun. Mais il est douteux que leurs expressions mêmes crues aient ce tour scatologique que leur donne Oyono. 92 Les étudiants africains et la littérature négro-africaine d’expression française Aujourd’hui, ce roman en appelle d’autres. Malgré des réserves, le talent de l’auteur est indéniable. Le récit est bien construit, abondant en notations justes et concrètes. Certaines scènes comme celle de l’attente de Méka sur la place de Ndoum sont excellentes. Et Oyono a vu juste en nous faisant participer à la vision de Méka en ce qui concerne les personnages administratifs. Aussi, espérons-nous un autre roman plus dense, plus riche. Aux illusions perdues d’une Afrique déjà morte, nous voudrions voir succéder un récit ouvert sur l’avenir. ...

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Additional Information

ISBN
9789956715824
Related ISBN
9789956558308
MARC Record
OCLC
776203195
Pages
180
Launched on MUSE
2013-01-01
Language
French
Open Access
No
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