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Patrice Desbiens par lui-même : 1974-1995 François Ouellet Université du Québec à Chicoutimi Je veux parler du Franco-Ontarien qui se demande quand va venir son tour de se laisser parler d’amour. Patrice Desbiens Poèmes anglais L ’œuvre poétique de Patrice Desbiens, née au milieu des années 1970, compte plus d’une vingtaine de recueils. Cette abondante production, qui couvre près de quarante ans d’écriture, offre une remarquable unité stylistique et thématique. D’un livre à l’autre, le poète approfondit ses discours de prédilection, en varie l’angle d’approche, si bien que, avec les années, l’œuvre a atteint à une richesse supérieure. Les premiers spécialistes de l’œuvre de Desbiens, François Paré (dès 1982) et Elizabeth Lasserre (dans les années 19901 ), en ont proposé une lecture fortement identitaire, communale, marquée du sceau de la misère socioculturelle de la minorité franco-ontarienne. Vus sous cet angle, les moyens d’expression s’accordent à une réalité culturelle honteuse et déshéritée. Des ressources stylistiques volontairement diminuées traduisent la dépossession identitaire du sujet, l’errance et le dénuement d’une vie de déclassé. Dans ce contexte, Desbiens recourt massivement à une structure syntaxique qui mime la langue orale, plus apte à rendre compte de la réalité symboliquement appauvrie, donc lourde de tout son poids de quotidien; il s’agit d’une langue foncièrement axée sur le référent. « [L]e pouvoir évocateur de la langue se trouve constamment brimé au profit de son pouvoir de désignation2», comme le note Elizabeth Lasserre. Par ailleurs, 1 Outre de nombreux articles, elle a consacré au poète une thèse de doctorat en 1995 (Université de Toronto). 2 Elizabeth Lasserre, « Un poète au seuil de l’écriture : l’exiguïté selon Patrice Desbiens », dans Lucie Hotte et François Ouellet (dir.), La littérature franco-ontarienne : enjeux esthétiques, Ottawa, Le Nordir, 1996, p. 34. Nouveaux territoires de la poésie francophone au Canada 236 cette poésie manifeste une approximation linguistique par rapport aux formes poétiques conventionnellement reçues, qui rend la langue française vulnérable face à la langue anglaise, laquelle n’est jamais perçue comme un apport enrichissant, mais comme un signe d’aliénation3 . Il s’agit enfin d’une poésie populaire et fortement narrative, ce qui produit une certaine oscillation entre « poésie », « récit » et « textes » dans la désignation générique de la pratique d’écriture de Desbiens4 . En regard de cette exemplaire minorisation littéraire du sujet, François Paré a, le premier, consacré à Desbiens une place déterminante dans Les littératures de l’exiguïté, considérant l’œuvre « comme l’une des plus importantes de l’Ontario français5» et fai­ sant du poète un porte-parole lucide de la « malédiction collective6». À son tour, se réclamant en partie des travaux de Paré, Elizabeth Lasserre désignera Desbiens comme« le porte-parole de sa génération7». Le mot est cependant trop fort, et Louis Bélanger n’a pas tort d’affirmer que [c]ette complicité instituée entre l’œuvre poétique de Patrice Desbiens et la communauté franco-ontarienne est le fruit d’une consécration littéraire, mais aussi de rapports fictifs entre une collectivité et sa littérature, dans la mesure où rien ne permet de conclure à une telle réciprocité sans les interventions d’un discours d’appui qui en impose arbitrai­ rement les paramètres8 . Certes, l’écriture de Desbiens est profondément déterminée par la marginalité identitaire du poète, elle est éminemment habitée par une conscience sociale. Il est également vrai que cette écriture témoigne d’une volonté contre-culturelle et d’un refus manifeste de toute forme de reconnaissance institutionnelle9 . Cela fait que, à la rigueur, elle peut être 3 Sur cette question, voir l’excellent article de Marie-Chantal Killeen, « La problématique du bilinguisme, Franco-Ontarian Style : L’homme invisible/The Invisible Man de Patrice Desbiens », Tangence, « Postures scripturaires dans la littérature franco-ontarienne », sous la direction de Lucie Hotte et François Ouellet, no 56 (décembre 1997), p. 80-90. 4 Sur l’ambiguïté générique des ouvrages de Desbiens, on consultera Elizabeth Lasserre, « Un poète au seuil de l’écriture »; François Ouellet, « La po...

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Additional Information

ISBN
9782760319905
Print ISBN
9782760307803
MARC Record
OCLC
859673725
Pages
426
Launched on MUSE
2012-08-07
Language
French
Open Access
N
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