restricted access Conclusion
In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

C et ouvrage, je l’espère, aura montré que les enjeux de la traduction dépassent de loin la simple opération de transfert d’une langue à une autre à laquelle on associe généralement l’activité traductionnelle. Souvent lieu de manipulations lourdes de conséquences pour l’« Autre » (ici la femme), la traduction est avant tout une représentation mentale que le traducteur élabore à partir du texte à traduire en y appliquant sa grille de lecture, c’est-à-dire l’ensemble des présupposés (culturels , idéologiques, axiologiques, intellectuels, etc.) qu’il a intériorisés ou acquis au cours de son existence. Ce faisant, il y imprime la marque de sa propre subjectivité et construit une relation d’équivalence qui, ainsi que l’a révélé l’analyse, ne laisse pas indemnes les virtualités interprétatives de l’original. D’où la nécessité de se départir du double mythe qui voudrait que l’original renferme un « sens absolu » et que la traduction en soit une pure et simple duplication. C’est à partir de cette perspective traductologique, qui montre que le travail de la traduction se situe bel et bien au carrefour des sciences humaines, que je m’interroge sur la légitimité de la conception qui continue de régner dans le monde musulman et qui consiste, d’une part, à faire revêtir au Texte (le Coran) un sens « absolu », donc intemporel et, d’autre part, à se prévaloir d’une lecture millénaire. La remise en question de cette lecture est d’autant plus indispensable que celle-ci a servi de substrat à l’ensemble des élaborations juridiques et des lois formant la charia, millénaires elles aussi, mais qui continuent CONCLUSION 181 04_dib_qx 19/05/09 16:53 Page 181 jusqu’à ce jour de régir la sphère familiale, dans presque tous les pays musulmans : In the area of legal reform, secularism in its ‘‘pure’’ form replaces the Shari’a in all areas of public law with codes of other, in practice Western, origin and makes citizens of all religions in principle equal before law. The best known example of this is, of course, the Turkish legal reforms of the 1920s. Most other Muslim countries have in fact done the same thing in many areas, usually excepting the more ‘‘sensitive ’’ areas relating to family life, such as marriage, divorce, inheritance, etc.1 . (C’est moi qui souligne.) À titre d’exemple, je citerai les lois élaborées à partir de l’interpr étation du verset 34 de la sourate 4, notamment de la notion de qawwama, fournie par les exégètes classiques (dont Tâbarî) et à l’aide desquelles on a institutionnalisé l’infériorité de la femme par rapport à l’homme tant dans le domaine privé que dans le domaine public. Dans le domaine privé, par exemple, le code de la famille de la plupart des pays musulmans, exception faite de la Turquie et dans une certaine mesure de la Tunisie, comporte à quelques différences près des articles tels que ceux ordonnant l’obéissance de la femme à son époux, l’obligation pour toute femme d’avoir un tuteur matrimonial (wali) lors du mariage, l’impossibilité pour une musulmane d’épouser un non musulman ou encore ceux la dépouillant du droit d’exercer son autorité parentale et du droit de transmettre sa nationalité à ses enfants, la transmission ne se faisant que par filiation paternelle. Outre ces dispositions qui maintiennent la femme sous la tutelle de l’homme et lui renient ses droits fondamentaux d’être humain, il en est d’autres qui entravent son accès à la gestion des affaires publiques. Dans certains pays, des lois fondées sur le concept de qawwama excluent la femme des fonctions impliquant l’exercice d’une autorité, cette dernière étant exclusivement réservée à l’homme. Même dans les pays dont la constitution prévoit l’égalité des droits et des chances entre xD’un islam textuel vers un islam contextuelx 182 1. William E. Shepard, op. cit., p. 309-310. 04_dib_qx 19/05/09 16:53 Page 182 l’homme et la femme, les femmes font la plupart du temps l’objet de discriminations qui diminuent leur chance d’accéder à un certain type de fonctions. On voit bien que ce tissu législatif, où s’entremêlent le privé et le public, est, dans tous les cas de figure , hostile à la femme. La question ici n’est pas...


pdf