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// n'existe aucun problèmede l'esprit auquel on puisse apporter une solution définitive. Hegel À vrai dire, voyager, c'est s'arrêter. [...] Il reste encore beaucoup d'inconnu à explorer. Pourvu qu'on se pose des questions. ]esalue la question quifait le voyage. Pierre Perreault /\ surgir. Si notre cerveau fonctionne de façon aussi déterministe que cet ouvrage semble l'indiquer, alors qu'advient-il de notre liberté ? En effet, dans son effort pour tout expliquer, quelle place cet ouvrage laisse-t-il à la liberté ? S'il peut susciter une impression d'enfermement dans un destin électrochimique,cetouvrage risque, à l'inverse, en tentant de tout expliquer, de paraître tout résoudre. Cifali (2001) nous metjudicieusement en garde contre cetautre piège d'être embarqué dans un tel projet. Le savoir théorique ne semue pas forcément en pouvoir théorique ;[...] le savoir appris de l'extérieur ne se transforme pas en une compréhension immédiate de ce qui se passe dans la singularité d'une rencontre ; [...] la vérité de la théorie n'est pas toujours celle du sujet, et[...] l'autre-vivant excède toujours la théorie qui a pu être construite préalablement[...] le savoir lui est nécessaire parce qu'ill'aide à sortir des lieux communs, maisiln'espère plus enune maîtrisepréalable, en une rentabilité immédiate, en un usage de la Théorie transférée sans autre forme de procès sur celui qu'ilrencontre. (Cifali, ibid., p. 15) À l'instar de Cifali, je considère que le passage à la construction d'une compréhension véritable relève de la rencontre à l'autre et que toute rencontre passe par la confrontation entre savoirs et intuitions. Seul ce travail, à la frontière entre trois espaces, l'interactif, l'intuitif et le réflexif, nous garde contre le risque d'abdiquer notre liberté de penser, nous protège contre l'aliénation. Toutes théories, et à plus forte raison toutes théories sur l'humain, émergent d'intuitions modélisées par un humain qui se posent en interaction avec les intuitions d'autres humains182 . La présente conclusion vous convie donc à un examen des intuitions que j'ai modélisées dans le Cerveau nomade. CONCLUSION la lecture du Cerveau nomade, une question peut CONCLUSION Ii n'existe aucun probleme de I'esprit auquel on puisse apporter une solution definitive. Hegel A vrai dire, voyager, c'est s'arreter. [...JIi reste encore beaucoup d'inconnu aexplorer. Pourvu qu'on se pose des questions. Je salue la question qui fait Ie voyage. Pierre Perreault "Ala lecture du Cerveau nomade, une question peut surgir. Si notre cerveau fonctionne de fa<;on aussi deterministe que cet ouvrage semble l'indiquer, alors qU'advient-il de notre liberte ? En effet, dans son effort pour tout expliquer, queUe place cet ouvrage laisse-t-il ala liberte ? S'il peut susciter une impression d'enfermement dans un destin electrochimique, cet ouvrage risque, al'inverse, en tentant de tout expliquer, de paraitre tout resoudre. Cifali (2001) nous met judicieusement en garde contre cet autre piege d'etre embarque dans un tel projet. Le savoir theorique ne se mue pas forcement en pouvoir theorique ; [...] Ie savoir appris de l'exterieur ne se transforme pas en une comprehension immediate de ce qui se passe dans la singularite d'une rencontre ; [...] la verite de la theorie n'est pas toujours celle du sujet, et[ ... ] l'autre-vivant excede toujours la theorie qui a pu etre construite prealablement[...] Ie savoir lui est necessaire parce qu'ill'aide asortir des lieux communs, mais iln'espere plus enune maltrise prealable, en une rentabilite immediate, en un usage de la Theorie transferee sans autre forme de proces sur celui qu'il rencontre. (Cifali, ibid., p.15) Al'instar de Cifali, je considere que Ie passage ala construction d'une comprehension veritable releve de la rencontre al'autre et que toute rencontre passe par la confrontation entre savoirs et intuitions. Seul ce travail, ala frontiere entre trois espaces, l'interactif, l'intuitif et Ie reflexif, nous garde contre Ie risque d'abdiquer notre liberte de penser, nous protege contre l'alienation. Toutes theories, et aplus forte raison toutes theories sur l'humain, emergent d'intuitions modelisees par un humain qui se posent en interaction avec les intuitions d'autres humains182 • La presente conclusion vous convie donc aun examen des intuitions que j'ai modelisees dans Ie Cerveau nomade. 252 LE CERVEAU NOMADE PORTE OUVERTE SUR MES CROYANCES A la relecture de cet ouvrage, il me semble qu'une des principales intuitions du Cerveau vient de ce qu'il se fait nomade pour savoir reconstruire ce qui le concerne au plus près et que cette reconstruction incessante inscrit, à même ses gènes, la liberté. Quelles sont mes autres intuitions ?Au nombre de six, chacune à sa façon souligne l'importance de l'apprentissage et les dérives possibles d'un Cerveau nomade devenu méfiant. APPRENDRE, EST-CE UNE QUESTION DE STYLE ? On a une conception monolithique de l'humain, qui voudrait que sa personnalité, unefois définie, ne varie plus. Cifali, 1994, p. 47 Dans un centre pour adolescents en difficulté grave d'apprentissage, 90 % des adolescents à qui l'équipe d'éducateurs fait passer un test visant à identifier leur dominance hémisphérique montrant une surdominancehémisphériquedroite.J'aid'emblée pensé que ces élèves appartenaient effectivement à ce style et conclu que leurs difficultés scolaires s'expliquaient, en partie du moins, par la dissonance présuméeentrecestyleetlesstratégies d'enseignement typiquement plus à gauche. Pareille conclusion me paraît désormais aussi expéditive qu'abusive. Expéditive en ce sens qu'en comprenantmieux la manière dont le cerveau nomade réagit aux situations perçuescommedangereuses, ilmesemble plus vraisemblable de poser que ces élèves, tous styles confondus, se ressemblent du fait que leurs échecs scolairesàrépétition lesincitent à générer des stratégies non pour résoudre, mais pour en finir au plus vite.Or,cesstratégiesexpéditivessontaisément confondues avec des stratégies typiquement associées à une dominance hémisphérique droite. Une perception trop rapide se distingue mal d'une perception globale, une solution précipitée se confond parfois avec une solution intuitive. Abusive puisque, dès que nous leur communiquons leurs résultats, nous leur laissons croire qu'ils sont et ne sont que ce style. Pourtant, nombre de leurscomportementsexpéditifs n'ont rien à voir avec une dominance hémisphérique, encore moins avec une surdominance hémisphérique. Leurs comportements ont au contraire tout à voir avec une réponse de peur, qui, pour enfinir,choisit trop vite. En affirmant leur identité commune, nous nions leur identité tant plurielle (« je suis de plusieurs styles à la fois ») que nomade (« j'apprends donc je change »). En considérant la réponse d'attaque/fuite comme le facteur déterminant leurs réactions expéditives, je souhaite dénoncer toute approche qui cristallise une subjectivité en lui aliénant sa propre part d'indétermination et de mouvance.Je propose d'installer, en contrepoids, le concept de surdominance en tant que manière qu'a le cerveau de réagirlorsque la peur, l'ennui ou ladémotivation l'emporte sur toute autre considération. QUAND LAPEURPREND TOUTE LA PLACE Que le cerveau nomade réagisse à la peur, à l'ennui, à la démotivation, il ne se donne jamais pour mission d'imiter, de reproduire intégralement la réalité, mais de se l'expliquer. Sur le plan neurologique, Damasio (2003, p. 198-199) ajoute que les circuitsneuronaux et les imagesmentales qui en résultent constituent dès lors des créations visant à répondre aux changementsinduits dans l'organisme par ses objets de pensée. Ce travail de construction incessant est invariablement tributaire de l'expérience et de l'intuition du moment. Ainsi, un cerveau qui apprend à craindreune situation donnée semontre, par la suite, craintif à propos de toute situation jugée analogue. En pareil cas, ce cerveau, en 252 LE CERVEAU NOMADE PORTE OUVERTE SURMES CROYANCES Ala relecture de cet ouvrage, il me semble qu'une des principales intuitions du Cerveau vient de ce qu'il se fait nomade pour savoir reconstruire ce qui Ie concerne au plus pres et que cette reconstruction incessante inscrit, ameme ses genes, la liberte. Quelles sont mes autres intuitions? Au nombre de six, chacune asa fa<;on souligne l'importance de l'apprentissage et les derives possibles d'un Cerveau nomade devenu mefiant. APPRENDRE, EST-CE UNE Q1JESTION DE STYLE? On a une conception monolithique de l'humain, qui voudrait que sa personnalite, unefois definie, ne varie plus. Cifali, 1994, p. 47 Dans un centre pour adolescents en difficulte grave d'apprentissage, 90 % des adolescents aqui l'equipe d'educateurs fait passer un test visant a identifier leur dominance hemispherique montrant une surdorninancehemispherique droite. I'aid'emblee pense que ces eleves appartenaient effectivement ace style et conclu que leurs difficultes scolaires s'expliquaient, en partie du moins, par la dissonance presurneeentre cestyleetles strategies d'enseignement typiquement plus agauche. Pareille conclusion me paral:t desormais aussi expeditive qU'abusive. Expeditive en ce sens qu'en comprenant mieux la maniere dont Ie cerveau nomade reagit aux situations per<;ues comme dangereuses, il me semble plus vraisemblable de poser que ces eleves, tous styles confondus, se ressemblent du fait que leurs echecs scolaires arepetition les incitent agenerer des strategies non pour resoudre, mais pour en finir au plus vite. Or, ces strategies expeditives sont aisement confondues avec des strategies typiquement associees aune dominance hemispherique droite. Une perception trop rapide se distingue mal d'une perception globale, une solution precipitee se confond parfois avec une solution intuitive. Abusive puisque, des que nous leur communiquons leurs resultats, nous leur laissons croire qu'ils sont et ne sont que ce style. Pourtant, nombre de leurs comportements expeditifs n'ont rien avoir avec une dominance hemispherique, encore moins avec une surdominance hemispherique. Leurs comportements ont au contraire tout avoir avec une reponse de peur, qui, pour en finir, choisit trop vite. En affirmant leur identite commune, nous nions leur identite tant plurielle (<< je suis de plusieurs styles ala fois ») que nomade (<< j'apprends donc je change»). En considerant la reponse d'attaque/fuite comme Ie facteur determinant leurs reactions expeditives, je souhaite denoncer toute approche qui cristallise une subjectivite en lui alienant sa propre part d'indetermination et de mouvance. Je propose d'installer, en contrepoids, Ie concept de surdominance en tant que maniere qu'a Ie cerveau de reagir lorsque la peur, l'ennui ou la demotivation l'emporte sur toute autre consideration. Q!JAND LA PEUR PREND TOUTE LA PLACE Que Ie cerveau nomade reagisse ala peur, a l'ennui, ala dl~motivation, il ne se donne jamais pour mission d'imiter, de reproduire integralement la realite, mais de se l'expliquer. Sur Ie plan neurologique, Damasio (2003, p. 198-199) ajoute que les circuits neuronaux et les images mentales qui en resultent constituent des lors des creations visant a repondre aux changements induits dans l'organisme par ses objets de pensee. Ce travail de construction incessant est invariablement tributaire de l'experience et de l'intuition du moment. Ainsi, un cerveau qui apprend acraindre une situation donnee se montre, par la suite, craintif apropos de toute situation jugee analogue. En pareil cas, ce cerveau, en CONCLUSION 253 n'amplifiant de son objet de pensée que les aspects jugés viscéralement compétents, risque de ne percevoir que ce qu'il craint. Ce travail de censure autobiographique installe parfois lecerveau nomade dans une préreprésentation de la réalité qui devient à la fois monochrome et myope. Monochrome du fait que plus le cerveauacquiert un faux statut expert en ne comptant plus que sur certains circuits neurologiques pour magnifier ses objets de crainte, il place un axe ou l'autre en surdominance (avant ou arrière, gauche ou droite, haut ou bas) parce qu'il établit trop vite quelles fonctions183 doivent être mises à contribution. Myope parce qu'il gère toute réponse dans le mode survie de l'attention viscérale.Ilprocède alors à une analyse qui ne prend pas le temps de bien ressentir l'effet exact que produit son objet de crainte sur son corps. Dans cemode en surdominance, le cerveau perd l'essence même de son humanité parce que, d'une part, il perd l'habileté, que souligne Changeux (2002, p. 322-323),du cerveau humain de construire des représentations, des enchaînements et des combinatoires sans limites et, surtout, de procéderà l'examen critique de leur pertinence à représenter le monde avec vérité. Sans examen critique, la surdominance ne donne lieu qu'à des préreprésentations. Le cerveau perd d'autre part son humanité parce qu'en se coupant des liens qu'entretient son attention viscérale avec l'effet immédiat produit par cet objet sur son corps, il n'acquiert plus cet ensemble de correspondances dont parle Damasio (2003, p.200) et qui s'est développé au cours de notre longue histoire entre les caractéristiques de nos objets de pensée et le menu des réponses possibles de l'organisme, de sorte que, malgré les différences, leshumains construisent des circuitsneurologiques semblables pour un même objet. Dans ce mode en surdominance anxiogène, le cerveau court le risque non seulement de prendre ses préreprésentations pour la réalité, sans test du réel, mais aussi de les sédentariser. Dans ce mode en surdominance, le cerveau met jusqu'à sa nature même en veilleuse. QUAND HALLUCINATION ET OBSESSION DEVIENNENT DES REACTIONS SENSÉES En surdominance mobilisée en mode anxiogène, non seulement l'attention n'est jamaisréflexive, mais encore la perception sensorielle se trouve magnifiée. Lespersonnes psychotiques seplaignent précisément de ressentir, outre leur humeur anxiogène et une labilité attentionnelle, une perception sensorielle magnifiée. Tous leurs sens projetés à l'avant-plan servent à voir venir leurs objets de crainte. En pareille situation, se peut-il que les hallucinations agissent commeun habile subterfuge de leurcerveau pour conférer du sens, à la manière du cheminot mort gelé, à leurs sens magnifiés et déconnectés de l'immédiat d'un ressenti corporel ? Se peut-il que dans un espace restreint à une attention viscérale, privé du talent pour l'examen critique de la pensée réflexive, le cerveau psychotique halluciné pour conférer du sens à son angoisse chronique ? C'est une question que je soulève ici. Quand chaque nouvel objet de pensée n'est plus qu'objet de crainte, quand l'attention viscéralene prend plus appui sur la réflexive, quand la surdominance occupe tout l'espace, la nature même du cerveau nomade qui est de se construire, de manière incessante, au fil de ses avancées, pensées, gestes et mémoires, se trouve aliénée. Est-ce pour éviter pareille aliénation qu'apparaît, parmi les diverses réponses d'un cerveau psychotique, l'obsession ? Dans la programmation simpliste de survie propre à l'attention viscérale, une seule réponse motricerisque d'émerger, la plus primitive qui soit, celle de l'attaque ou de la fuite. Dans un cerveau psychotique, comme le danger est rarement ni réelni immédiat, cetteréponse primitive sans exutoire reste souvent bloquée dans une tension musculaire. Se peut-il que, dans cet espace restreint à une attention viscérale, prisonnier d'une tension musculaire installée à demeure, le cerveau psychotique s'invente un exutoire ? Pour conjurer son impression déconnectée et constante de danger, pour évacuer cette tension musculaire chronique, n'amplifiant de son objet de pensee que les aspects juges visceralement competents, risque de ne percevoir que ce qu'il craint. Ce travail de censure autobiographique installe parfois Ie cerveau nomade dans une prerepresentation de la realite qui devient ala fois monochrome et myope. Monochrome du fait que plus Ie cerveau acquiert un faux statut expert en ne comptant plus que sur certains circuits neurologiques pour magnifier ses objets de crainte, il place un axe ou l'autre en surdominance (avant ou arriere, gauche ou droite, haut ou bas) parce qu'il etablit trop vite quelles fonctions183 doivent etre mises a contribution. Myope parce qu'il gere toute reponse dans Ie mode survie de l'attention viscerale. II procede alors a une analyse qui ne prend pas Ie temps de bien ressentir l'effet exact que produit son objet de crainte sur son corps. Dans ce mode en surdominance, Ie cerveau perd l'essence meme de son humanite parce que, d'une part, il perd l'habilete, que souligne Changeux (2002, p. 322-323), du cerveau humain de construire des representations, des enchalnements et des combinatoires sans limites et, surtout, de proceder a I'examen critique de leur pertinence arepresenter Ie monde avec verite. Sans examen critique, la surdominance ne donne lieu qu'a des prerepresentations. Le cerveau perd d'autre part son humanite parce qu'en se coupant des liens qu'entretient son attention viscerale avec l'effet immediat produit par cet objet sur son corps, il n'acquiert plus cet ensemble de correspondances dont parle Damasio (2003, p. 200) et qui s'est developpe au cours de notre longue histoire entre les caracteristiques de nos objets de pensee et Ie menu des reponses possibles de l'organisme, de sorte que, malgre les differences, les humains construisent des circuits neurologiques semblables pour un meme objet. Dans ce mode en surdominance anxiogene, Ie cerveau court Ie risque non seulement de prendre ses prerepresentations pour la realite, sans test du reel, mais aussi de les sedentariser. Dans ce mode en surdominance, Ie cerveau met jusqu'a sa nature meme en veilleuse. CONCLUSION 253 Q1JAND HALLUCINATION ET OBSESSION DEVIENNENT DES REACTIONS SENSEES En surdominance mobiIisee en mode anxiogene, non seulement l'attention n'est jamais reflexive, mais encore la perception sensorielle se trouve magnifiee. Les personnes psychotiques se plaignent precisement de ressentir, outre leur humeur anxiogene et une labilite attentionnelle, une perception sensorielle magnifiee. Tous leurs sens projetes a l'avant-plan servent a voir venir leurs objets de crainte. En pareille situation, se peut-il que les hallucinations agissent comme un habile subterfuge de leur cerveau pour conferer du sens, ala maniere du cheminot mort gele, a leurs sensmagnifies et deconnectes de l'immediat d'un ressenti corporel ? Se peut-il que dans un espace restreint a une attention viscerale, prive du talent pour l'examen critique de la pensee reflexive, Ie cerveau psychotique hallucine pour conferer du sens a son angoisse chronique? C'est une question que je souleve ici. Quand chaque nouvel objet de pensee n'est plus qu'objet de crainte, quand l'attention viscerale ne prend plus appui sur la reflexive, quand la surdominance occupe tout l'espace, la nature meme du cerveau nomade qui est de se construire, de maniere incessante, au fil de ses avancees, pensees, gestes et memoires, se trouve alienee. Est-ce pour eviter pareille alienation qu'apparait, parmi les diverses reponses d'un cerveau psychotique, l'obsession ? Dans la programmation simpliste de survie propre a l'attention visceraIe, une seule reponse motrice risque d'emerger, la plus primitive qui soit, celle de l'attaque ou de la fuite. Dans un cerveau psychotique, comme Ie danger est rarement ni reel ni immediat, cette reponse primitive sans exutoire reste souvent bloquee dans une tension musculaire. Se peut-il que, dans cet espace restreint a une attention viscerale, prisonnier d'une tension musculaire installee a demeure, Ie cerveau psychotique s'invente un exutoire ? Pour conjurer son impression deconnectee et constante de danger, pour evacuer cette tension musculaire chronique, 254 LE CERVEAU NOMADE le cerveau psychotique se constitue peut-être un répertoire de gestes obsessifs dont le but véritable devient celui d'informer les aires motrices qu'il y a eu passage à l'acte, donc résolution. Seulement après pareil passage à l'acte cathartique, le cerveau psychotique ose-t-il laisser aller ?Dit autrement, en réponse àun mode anxiogène chronique, l'obsession pousse peut-être à l'action cathartique qui sauve ainsi le cerveau psychotique des hallucinations en créant une solution palliative où canaliser à la fois ses tensions musculaires et son angoisse de vivre ? Quelles solutions apporter pour mettre fin à ces dérives ? QUAND, POURACCELERER, IL FAUT POUVOIR RALENTIR ! Pour réduire l'angoisse, je pense qu'il faut savoir ralentir. Ralentir en réduisant l'explosion combinatoire par hyperpolarisation de toutes les aires susceptibles de créer du bruit au moment de notre examen critique de la pertinence de nos préreprésentations. Je soulignais au chapitre 15 qu'il nous faut laisser de côté tout ce qui est non directement pertinent si l'on veut maintenir notre attention sur un stimulus émotionnellement compétent, que l'attention doit, pour « porter attention », faire un effort d'attention. Cet effort est réalisé en deux temps. Un premier, en mode viscéral,porte attention à la valeur conférée par les vibrations sensorielles ressenties dans son corps dans un travail concerté entre l'amygdale et l'hippocampe. Lorsque la valeur conférée est positive, un deuxième temps d'analyse émerge. Au cours de ce dernier, le cortex préfrontal184 fait un effort pour maintenir à l'avant-plan ces stimuli émotionnellement compétents grâce à un double mécanisme. Le premier censure, par hyperpolarisation (noradrénaline),les interférences d'origine externe ou interne (une pensée divergente, une fatigue ou un stress excessifs), le second inhibe, par dépolarisation prolongée (NMDA), les gestes impulsifs comme les réponses expéditives. Ce double mécanisme permet d'examiner l'ensemble des éléments pertinents et d'offrir le reculnécessaire pour évoquer quels effets potentiels telles actions auront sur notre ressenti et, en cela, mettre à contribution notre sens critique. Ainsi, pour porter attention à une situation complexe de même que pour planifier et anticiper,le cerveau doit procéder àun monitorageextrêmement précis entre les aires préfrontales et les informations multimodalesémanant des airesmotriceset desaires sensorielles. Il y parvient en ralentissant la vitesse de l'influx nerveuxtout en empêchant d'autres aires stimulées de s'agrandir démesurément, de sorte que prend place un travail en coactivation d'assemblées neuronales juste assez large pour opérer un examen critique de leur pertinence à représenter le monde avec vérité. Par ceralentissement, le cerveau apprend tant et si bien qu'il saura, une prochaine fois, en contexte semblable, procéder avecplus de diligence(utiliser ses acquis)et quand mêmeréussir.Ceralentissement ne vient pas seul. QUAND LE CERVEAU NOMADE TROUVE UN ABRI En effet, en ralentissant, le cerveau nomade prend le temps de s'ouvrir à ce qui vient et, pour ce faire, prend appui sur ce qui fut. Le cerveau en mode d'attention réflexive, pour opérer un examen critique, se connecteà cequ'il sait déjà, à son histoire antérieure, pour mieux circonscrire ce qui est et anticiper ce qui peut advenir. Sapropre histoire lui sert, à cet égard, d'abri dans le sens où, pour mieux participer au présent, il le recouvre de familier. Ces repères le protègent contre l'inconnu puisque ce travail crée l'impression que ce qui vient découle de ce qui fut, contre l'indicible puisqu'il lui fournit des images, des métaphores ou des mots, et contre la peur, en repérant du connu dans l'inconnu. Ces repères lui servent donc d'abri dans le sens d'une protection offerte par le passé pour mieux composer avec l'avenir. Parce qu'il compose avec un cerveau à l'esprit nomade, en mouvance perpétuelle, cet abri se fait, 254 LE CERVEAU NOMADE Ie cerveau psychotique se constitue peut-etre un repertoire de gestes obsessifs dont Ie but veritable devient celui d'informer les aires motrices qu'il y a eu passage a l'acte, donc resolution. Seulement apres pareil passage a l'acte cathartique, Ie cerveau psychotique ose+illaisser aller ? Dit autrement, en reponse a un mode anxiogene chronique, l'obsession pousse peut-etre a l'action cathartique qui sauve ainsi Ie cerveau psychotique des hallucinations en creant une solution palliative ou canaliser a la fois ses tensions musculaires et son angoisse de vivre? Quelles solutions apporter pour mettre fin aces derives? Q!]AND, POURACCELERER IL FAUT POUVOIR RALENTIR! Pour reduire l'angoisse, je pense qu'il faut savoir ralentir. Ralentir en reduisant l'explosion combinatoire par hyperpolarisation de toutes les aires susceptibles de creer du bruit au moment de notre examen critique de la pertinence de nos prerepresentations. Je soulignais au chapitre 15 qu'il nous faut laisser de cote tout ce qui est non directement pertinent si l'on veut maintenir notre attention sur un stimulus emotionnellement competent, que l'attention doit, pour « porter attention », faire un effort d'attention. Cet effort est realise en deux temps. Un premier, en mode visceral, porte attention a la valeur conferee par les vibrations sensorielles ressenties dans son corps dans un travail concerte entre l'amygdale et l'hippocampe. Lorsque la valeur conferee est positive, un deuxieme temps d'analyse emerge. Au cours de ce dernier, Ie cortex prefrontapS4 fait un effort pour maintenir a l'avant-plan ces stimuli emotionnellement competents grace a un double mecanisme. Le premier censure, par hyperpolarisation (noradrenaline), les interferences d'origine externe ou interne (une pensee divergente, une fatigue ou un stress excessifs), Ie second inhibe, par depolarisation prolongee (NMDA), les gestes impulsifs comme les reponses expeditives. Ce double mecanisme permet d'examiner l'ensemble des elements pertinents et d'offrir Ie recul necessaire pour evoquer quels effets potentiels telles actions auront sur notre ressenti et, en cela, mettre a contribution notre sens critique. Ainsi, pour porter attention a une situation complexe de m,~meque pour planifier et anticiper, Ie cerveau doit proceder a un monitorage extremement precis entre les aires prefrontales et les informations multimodales emanant des aires motrices et des aires sensorielles. II y parvient en ralentissant la vitesse de !'influx nerveux tout en empechant d'autres aires stimulees de s'agrandir demesurement, de sorte que prend place un travail en coactivation d'assemblees neu,ronales juste assez large pour operer un examen critique de leur pertinence arepnisenter Ie monde avec verite. Par ce ralentissement, Ie cerveau apprend tant et si bien qu'il sallra, une prochaine fois, en contexte semblable, proceder avec plus de diligence (utiliser ses acquis) et quand meme reussir. Ce ralentissement ne vient pas seu!. Q!]AND JLE CERVEAU NOMADE TROUVE UN ABRI En effet, en ralentissant, Ie cerveau nomade prend Ie temps de s'ouvrir a ce qui vient et, pour ce faire, prend appui sur ce qui fut. Le cerveau en mode d'attention reflexive, pour operer un examen critique, se connecte a ce qu'il sait deja, a son histoire anterieure, pour mieux circonscrire ce qui est et anticiper ce qui peut advenir. Sa propre histoire lui sert, a cet egard, d'abri dans Ie sens ou, pour mieux participer au present, ille recouvre de familier. Ces reperes Ie protegent contre l'inconnu puisque ce travail cree l'impression que ce qui vient decoule de ce qui fut, contre l'indicible puisqu'illui fournit des images, des metaphores ou des mots, et contre la peur, en rep(~rant du connu dans l'inconnu. Ces reperes lui servent donc d'abri dans Ie sens d'une protection offerte par Ie passe pour mieux composer avec l'avenir. Parce qu'il compose avec un cerveau a l'esprit nomade, en mouvance perpetuelle, cet abri se fait, CONCLUSION 255 lui aussi, nomade. Dès le moment où son histoire se mémorise, ellese transforme.Rosé (1995)(traduction par Eustache, 1996, p. 112) souligne que « l'un des problèmes rencontrés dans l'étude de la mémoireest précisément qu'il s'agit d'un phénomène dialectique. Parce que chaque fois que l'on se rappelle, on retravaille et retransforme nos souvenirs, on ne peut pas dire qu'on va les chercher dans un lieu de stockage, puis, une fois consultés, qu'on lesy remet, non modifiés. Nos souvenirs sont recréés à chaque fois que nous nous les rappelons. » Un abri donc, mais un abri nomade qui s'ajuste, telle une carapace, aux modulations imposées par son travailjournalierpour apprivoiser le nouveau. Pour qu'une nouvelle mémoire se construise, il lui faut entrer en dialogue avecd'autres mémoires déjà constituées. De cedialogue émergent non seulement une mémoire nouvelle mais aussi, par une sorte de mécanisme réverbérant, des mémoires anciennes revampées. Par cette propriété d'expliquer du nouveau, le passé se reconstruit. Encesens, chaque mémoire non seulement facilite la constitution de la suivante, mais augmente aussi sa propre complexité. Dans cette optique, une amnésie antérograde est comme un présent qui, incapable de se consolider en mémoire nouvelle, stagne parce qu'il ne sait plus construire du nouveau en s'appuyant sur le familier de son histoire. Àquoi sert de s'intéresser au présent sicette connaissancen'est plus éclairéepar cequi fut ?Àquoi sert de s'intéresser à ce qui fut si cette connaissance ne distingue plus lepossible du probable ?Un temps présent réduit à l'immédiat semble à ce point vide de sens, donc de désir, que les patients souffrant d'amnésie antérograde se plaignent fréquemment ne plus se sentir vivants. Laperte de leurs mémoires ancienne et anticipée confère à leur cerveauun statut de nomade sans abri. QUAND LE CERVEAU NOMADE LAISSE DES TRACES Pour retrouver l'abri que confère à chacun son histoire, il faut retracer nos pas. Retracer nos pas, c'est, à la manière du Petit Poucet, marquer notre territoire intérieur de repères de sorte qu'il soit possible d'y revenir. Les objets de pensée que l'on choisit de marquer ne sont pas le fruit du hasard, mais de nos désirs de les faire revivre en leur absence. Cedésir naît de l'attention viscérale,celle-là même qui inscrit dans le corps quelles impressions les objets extérieursont laissées. L'attentionviscérale organise le monde à l'intérieur de soi de manière impressionniste. Enobligeant notre regard à se poser de manière sensible, donc pleine de sens, sur l'effet que le monde a sur nous et, par extrapolation, sur l'effet que nos actions ont sur autrui, cette inscription émotive agit telun signet qui nous permet derecréer ces impressions au moment opportun. Ce qui est ainsi intériorisé, ce n'est pas l'objet lui-même mais sa préreprésentation, c'est-à-dire l'expérience que l'on en a.Quelles conditions doivent prévaloir pour que ce processus d'intériorisation laisse des traces ? Toute impression marquée d'un signet émotif resurgit spontanément quand le cerveau passe sans effort et spontanément en ondes lentes. Cependant, pour que cette attention flottante en potentiels spontanés se transforme en attention réflexive, il faut que l'hippocampe, le siège de la mémoire, assisté par la NMDA, maintienne actifs les circuits associatifs suffisamment longtemps pour que la traduction de ces impressions ou préreprésentations en objets de pensée se produise. Ce mécanisme réverbérant crée un état d'attention optimale qui relègue à l'arrière-plan tout autre objet d'attention, un état qui relève dès lors d'un choixet d'un effort du cerveau, et non d'un hasard. En remplaçant les traces impressionnistes diffuses déposées initialement par des traces réverbérées au sein de réseaux associatifs, la NMDA ancre l'information dans un langage tantôt figuratif (l'imitation, le dessin et le jeu différé), tantôt linguistique (laparole, l'écriture, l'expression mathématique). On pourrait dire, de manière métaphorique, que la NMDAsubstitue des pierres aux miettes de pain du PetitPoucet.Pourcomprendre lui aussi, nomade. Des Ie moment ou son histoire se memorise, elle se transforme. Rose (1995) (traduction par Eustache, 1996, p. 112) souligne que «l'un des problemes rencontres dans l'etude de la memoire est precisement qu'il s'agit d'un phenomene dialectique. Parce que chaque fois que l'on se rappelle, on retravaille et retransforme nos souvenirs, on ne peut pas dire qu'on va les chercher dans un lieu de stockage, puis, une fois consultes, qu'on les y remet, non modifies. Nos souvenirs sont recrees a chaque fois que nous nous les rappelons. » Un abri donc, mais un abri nomade qui s'ajuste, telle une carapace, aux modulations imposees par son travail journalier pour apprivoiser Ie nouveau. Pour qu'une nouvelle memoire se construise, illui faut entrer en dialogue avec d'autres memoires deja constituees. De ce dialogue emergent non seulement une memoire nouvelle mais aussi, par une sorte de mecanisme reverberant, des memoires anciennes revampees. Par cette propriete d'expliquer du nouveau, Ie passe se reconstruit. En ce sens, chaque memoire non seulement facilite la constitution de la suivante, mais augmente aussi sa propre complexite. Dans cette optique, une amnesie anterograde est comme un present qui, incapable de se consolider en memoire nouvelle, stagne parce qu'il ne sait plus construire du nouveau en s'appuyant sur Ie familier de son histoire. Aquoi sert de s'interesser au present si cette connaissance n'est plus eclairee par ce qui fut ?Aquoi sert de s'interesser a ce qui fut si cette connaissance ne distingue plus Ie possible du probable? Un temps present reduit a l'immediat semble a ce point vide de sens, donc de desir, que les patients souffrant d'amnesie anterograde se plaignent frequemment ne plus se sentir vivants. La perte de leurs memoires ancienne et anticipee confere a leur cerveau un statut de nomade sans abri. QlJAND LE CERVEAU NOMADE LAISSE DES TRACES Pour retrouver l'abri que confere a chacun son histoire, il faut retracer nos pas. Retracer nos pas, CONCLUSION 255 c'est, ala maniere du Petit Poucet, marquer notre territoire interieur de reperes de sorte qu'il soit possible d'y revenir. Les objets de pensee que l'on choisit de marquer ne sont pas Ie fruit du hasard, mais de nos desirs de les faire revivre en leur absence. Ce desir nait de l'attention viscerale, celle-la meme qui inscrit dans Ie corps quelles impressions les objets exterieurs ont laissees. L'attention visceraIe organise Ie monde a l'interieur de soi de maniere impressionniste. En obligeant notre regard a se poser de maniere sensible, donc pleine de sens, sur l'effet que Ie monde a sur nous et, par extrapolation, sur l'effet que nos actions ont sur autrui, cette inscription emotive agit tel un signet qui nous permet de recreer ces impressions au moment opportun. Ce qui est ainsi interiorise, ce n'est pas l'objet lui-meme mais sa prerepresentation, c'est-a-dire l'experience que l'on en a. Quelles conditions doivent prevaloir pour que ce processus d'interiorisation laisse des traces? Toute impression marquee d'un signet emotif resurgit spontanement quand Ie cerveau passe sans effort et spontanement en ondes lentes. Cependant, pour que cette attention flottante en potentiels spontanes se transforme en attention reflexive, il faut que l'hippocampe, Ie siege de la memoire, assiste par la NMDA, maintienne actifs les circuits associatifs suffisamment longtemps pour que la traduction de ces impressions ou prerepresentations en objets de pensee se produise. Ce mecanisme reverberant cree un etat d'attention optimale qui relegue a l'arriere-plan tout autre objet d'attention, un etat qui releve des lors d'un choix et d'un effort du cerveau, et non d'un hasard. En rempla<;ant les traces impressionnistes diffuses deposees initialement par des traces reverberees au sein de reseaux associatifs, la NMDA ancre l'information dans un langage tantOt figuratif (l'imitation, Ie dessin et Ie jeu differe), tant6t linguistique (la parole, l'ecriture, l'expression mathematique). On pourrait dire, de maniere metaphorique, que la NMDA substitue des pierres aux miettes de pain du PetitPoucet. Pour comprendre 256 LE CERVEAU NOMADE la différence entre une préreprésentation à signet émotif et un objet de pensée, on peut se remémorer une dispute àtrèsforte teneur émotive.Bien souvent, on ne conserve de celle-ci que les traces émotives — les miettes de pain d'une préreprésentation —sans se souvenir de la manière dont elle fut déclenchée, ni de l'enjeu exact, ni de la discussion. On s'en souvient sans se la rappeler !En pareille situation, l'attention viscérale court-circuite les mécanismes de ralentissement, donc d'attention réflexive. Une attention viscéralesans effort réflexif ne laisse pas les traces nécessaires —les pierres d'une représentation — pour apprendre. SE MAINTENIR EN APPRENTISSAGE Ne pas donner de réponses mais des outils pour les forger Malherbe, 2000, p. 203 Par cet ouvrage, je m'attache à apprivoiser nos singularités, de même qu'à conférer du sens à nos comportements insensés. Je tente, de cette manière, d'effectuer un travail de liaison entre l'intuitif et le réflexif. Mais, parce qu'« on ne peut pas survivre ensemble sans construire quelque chose ensemble » (Malherbe, 2000, p. 54), il me reste à espérer que cet ouvrage apporte, à certains d'entre vous, un espace au sein duquel vous saurez rester nomades. À cette fin, voici ce qu'en dit Malherbe (2000, p. 208): Pour être nomade, il ne faut pas avoir trop de bagages, juste un peu. Que nous soyons pris dans les lacets ou les filets de notre héritage, quoi de plus normal ! C'est la condition humaine ordinaire. Le tout est de se laisser surprendre. C'est le seul moyen de se laisser déprendre.[...] Mais attention à «tel est pris qui croyaitprendre ». Nous ne pouvons travailler à notre déprise personnelle qu'en travaillant avec autrui àla sienne propre. Pour nous déprendre, il nous faut renoncer à prendre l'autre, c'est-à-dire à le figer dans son «jeu de langage » différent, étrange. NOTES 182 Si, tel que proposé en introduction, vous avez pris note de vos intuitions en cours de lecture, cet exercice pourrait devenir interactif. 183 Dans cette alternance, il faut rappeler la distinction entre fonction et tâche apportée au chapitre 2. On y précisait qu'une fonction est un geste, une action ou une perception qui, au moyen de sa simplicité, peut être réalisé par un groupe précis de structures neuronales. Elle se distingue d'une tâche du fait que cette dernière est un ensemble de fonctions effectuées à la fois simultanément (synchronie) et dans une séquence précise (diachronie) en vue de résoudre un problème donné. 184 Tel que mentionné au chapitre 7. 256 LE CERVEAU NOMADE la difference entre une prerepresentation a signet emotif et un objet de pensee, on peut se rememorer une dispute a tres forte teneur emotive. Bien souvent, on ne conserve de celle-ci que les traces emotives les miettes de pain d'une prerepresentation - sans se souvenir de la maniere dont elle fut dec1enchee, ni de l'enjeu exact, ni de la discussion. On s'en souvient sans se la rappeler ! En pareille situation, l'attention viscerale court-circuite les mecanismes de ralentissement, donc d'attention reflexive. Une attention viscerale sans effort reflexif ne laisse pas les traces necessaires - les pierres d'une representation - pour apprendre. SE MAINTENIR EN APPRENTISSAGE Ne pas donner de rtiponses mais des outils pour les forger Malherbe, 2000, p. 203 Par cet ouvrage, je m'attache a apprivoiser nos singularites, de meme qu'a canferer du sens a nos NOTES 182 Si, tel que propose en introduction, vous avez pris note de vos intuitions en cours de lecture, cet exercice pourrait devenir interactif. 183 Dans cette alternance, il faut rappeler la distinction entre fonction et tache apportee au chapitre 2. On y precisait qu'une fonction est un geste, une action ou une perception qui, au moyen de sa simplicite, peut etre comportements insenses. Je tente, de cette maniere, d'effectuer un travail de liaison entre l'intuitif et Ie reflexif. Mais, parce qu' «on ne peut pas survivre ensemble sans construire quelque chose ensemble» (Malherbe, 2000, p. 54), i1 me reste a esperer que cet ouvrage apporte, a certains d'entre vous, un espace au sein duquel vous saurez rester nomades. Acette fin, voici ce qu'en dit Malherbe (2000, p. 208) : Pour etre nomade, il ne faut pas avoir trop de bagages, juste un peu. Que nous soyons pris dans les lacets ou les filets de notre heritage, quoi de plus normal! C'est la condition humaine ordinaire. Le tout est de se laisser surprendre. C'est Ie seul moyen de se laisser deprendre.[... ] Mais attention a« tel est pris qui croyait prendre ». Nous ne pouvons travailler a. notre deprise personnelle qu'en travaillant avec autrui a. la sienne propre. Pour nous deprendre, il nous faut renoncer a. prendre l'autre, c'est-a.-dire a. Ie figer dans son « jeu de langage » different, etrange. realise par un groupe precis de structures neuronales. Elle se distingue d'une tache du fait que cette derniere est un ensemble de fonctions effectuees ala fois simultanement (synchronie) et dans une sequence precise (diachronie) en vue de resoudre un probleme donne. 184 Tel que mentionne au chapitre 7. ...

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