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âce àlatomographiepar émission de positrons53, qui, en injectant un radio-isotope dans le sang, identifie quels neurones s'activent davantage, c'est- à-dire consomment le plus de sucre et d'oxygène sanguins, on a pu démontrer que certaines tâches mobilisent préférentiellement un hémisphère, et qu'en pareil cas, l'hémisphère opposé adopte une activation moindre, qu'on pourrait qualifier d'activation de soutien. À titre d'exemple, si la tâche exige une attention globale et syncrétique, le lobe frontal droit se colore en mode de haute activation, tandis que si la tâche requiert une attention précise et détaillée, le lobe frontal gauche se pare de cette même coloration (laccino, 1993, p. 133). Yeo, Tuckheimer, Raz et Bigler (1987, p. 208-210) obtiennent ces mêmes différences dans les fonctions hémisphériques sur le plan des corrélations (r=0,57,p <0,001) lorsqu'ils comparent le volume d'activation des positrons obtenu pour des tâches verbales (hémisphère gauche) et non verbales (hémisphère droit) à un test d'intelligence pour adultes, le Weschler Intelligence Scalefor Adults (WAIS). De quelle manière le traitement hémisphérique différentiel de l'information se réalise-t-il ? Pour comprendre les mécanismes inhérents, nous allons d'abord examiner ce qu'il advient lorsque les deux hémisphères ne peuvent communiquer, puis, dans un deuxième temps, lorsqu'ils ne communiquent que par voie sous-corticale, et enfin, dans un troisième temps, lorsqu'ils communiquent aussi par voie corticale, grâce au corps calleux. Nous examinerons ensuite pareille communication,mais en surdominance, et nous conclurons ce chapitre en examinant le difficile mais essentiel rôle de la communication interhémisphérique. L'ABSENCE DE COMMUNICATION II existe une situation où la communication interhémisphérique est impossible, soit lorsque aucun pont ne se forme entre les deux hémisphères au moment de la conception. Ce syndrome, appelé agénésie calleuse,rend possiblel'étude des fonctions hémisphériques en l'absence du corps calleux. On pourrait croire que le corps calleux est nécessaire au développement normal de la latéralisation du langage dans l'hémisphère gauche.Or, cene semble pas le cas.Lesenfants et adultes agénésiques ont une latéralisation normale du langage. Il est probable que les échanges augmentent la pertinence de la complémentarité interhémisphérique, mais il demeure que cette complémentaritéexiste chez les personnes agénésiques, indépendamment de toute communication interhémisphérique. La présence du corps calleux et donc celle des échanges interhémisphériques sont-elles essentielles au développement de certainesfonctions cognitives ? LA COMMUNICATION ÏNTERHÊMTSPHÉRTOUE 3 G 3 LA COMMUNICATION ~ ~ INTERHEMISPHERIQ\JE Grace a la tomographie par emission de positrons53 , qui, en injectant un radio-isotope dans Ie sang, identifie quels neurones s'activent davantage, c'esta -dire consomment Ie plus de sucre et d'oxygene sanguins, on a pu demontrer que certaines taches mobilisent preferentiellement un hemisphere, et qu'en pareil cas, l'hemisphere oppose adopte une activation moindre, qu'on pourrait qualifier d'activation de soutien. A titre d'exemple, si la tache exige une attention globale et syncretique, Ie lobe frontal droit se colore en mode de haute activation, tandis que si la tache requiert une attention precise et detaillee, Ie lobe frontal gauche se pare de cette meme coloration (laceino, 1993, p. 133). Yeo, Tuckheimer, Raz et Bigler (1987, p. 208-210) obtiennent ces memes differences dans les fonctions hemispheriques sur Ie plan des correlations (r = 0,57, P < 0,001) lorsqu'ils comparent Ie volume d'activation des positrons obtenu pour des taches verbales (hemisphere gauche) et non verbales (hemisphere droit) a un test d'intelligence pour adultes, Ie Weschler Intelligence Scalefor Adults (WArS). De quelle maniere Ie traitement hemispherique differentiel de l'information se realise-t-il ? Pour comprendre les mecanismes inherents, nous allons d'abord examiner ce qu'il advient lorsque les deux hemispheres ne peuvent communiquer, puis, dans un deuxieme temps, lorsqu'ils ne communiquent que par voie sous-corticale, et enfin, dans un troisieme temps, lorsqu'ils communiquent aussi par voie corticale, grace au corps calleux. Nous examinerons ensuite pareille communication, mais en surdominance, et nous conclurons ce chapitre en examinant Ie diffieile mais essentiel role de la communication interhemispherique. L'ABSENCE DE COMMUNICATION II existe une situation ou la communication interhemispherique est impossible, soit lorsque aucun pont ne se forme entre les deux hemispheres au moment de la conception. Ce syndrome, appele agenesie calleuse, rend possible l'etude des fonctions hemispheriques en l'absence du corps calleux. On pourrait croire que Ie corps calleux est necessaire au developpement normal de la lateralisation du langage dans l'hemisphere gauche. Or, ce ne semble pas Ie cas. Les enfants et adultes agenesiques ont une lateralisation normale du langage. II est probable que les echanges augmentent la pertinence de la complementarite interhemispherique, mais il demeure que cette complementarite existe chez les personnes agenesiques, independamment de toute communication interhemispherique. La presence du corps calleux et donc celIe des echanges interhemispheriques sont-elles essentielles au developpemeht de certaines fonctions cognitives ? 40 LE CERVEAUNOMADE II n'existe qu'une quantité limitée d'études sur le sujet, et la plupart ont porté sur le développement du langage. Les résultats de ces travaux tels que rapportés entre autres par Temple (1993, p. 58) montrent une difficulté manifeste des personnes agénésiques avec les composantes du langage reliées à la reconnaissance des rimes, de même qu'avecla sonorisation des mots non familiers. Cette difficulté peut surprendre, souligne Temple (ibid., p. 62),comptetenu qu'elle est généralementassociée à l'hémisphère gauche. Outre leur difficulté langagière pour les rimes et la prononciation de mots inhabituels, Temple (ibid., p. 63)souligne que les personnes agénésiques connaissent des difficultés à reconstruire une information sensorielle complexe, telle une lettre dessinée dans la paume, de même qu'à reconstruire des rapports visuospatiaux requis pour réussir un casse-tête ou effectuer un travail de copie. Cette auteure (ibid., p. 64) précise enfin que les personnes agénésiques connaissent des difficultés majeures avec la coordination bimanuelle exigée pour dactylographier, jouer du piano et exceller dans certainssports (basket-bail,golf, hockey, etc.). Qu'ont en commun ces difficultés ? T En prenant en considération les talents complémentaires des deuxhémisphères, je suppose qu'en l'absence du corps calleux, l'hémisphère gauche ne parvient pas à informer le droit quant à la diachronie présente dans l'organisation séquentielle du tracé sur la peau, des sons des mots comme des mouvements des mains pendant que l'hémisphère droit ne peut informer le gauche quant à la synchronie retrouvée dans l'expression de la forme globale tracée, l'effet de la rime sur le texte, ou l'effet d'ensemble du mouvement. Ces mêmes enjeux d'une absence de mise en rapport des détails visuels de l'hémisphère gauche aux appréhensions gestaltistes de l'hémisphère droit expliquent aussi les difficultés rencontrées dans le travail visuospatialnécessairepour réussir un casset ête ou des dessins. L'interprétation et lagestion de toute information complexe, fût-elle sonore, visuelle, tactile ou autre, se réalisent de manière efficace si et seulement si chaque hémisphère senourrit à mêmel'information traitée de manière préférentielle par l'autre. Cette affirmation me rappelle un exemple54 offert par une rnère le jour où son fils de cinq ans, qui connaît l'alphabet et aime décoder depuis un certain temps les premières lettres des mots, s'aventure pour la première fois à décoder un mot entier. Il lit la première lettre et prononce« vv » puis la seconde « aa », continue d'un trait« 11 ii ss ee »...se tortille quelques secondes sur sa chaise, puis s'exclame : «Jesais, c'est bagage !»Cet exemple souligne de quelle manièrel'information alterne de l'hémisphère gauche pour prononcer en séquence chaque détail du mot à l'hémisphère droit pour trouver, à la manière d'un lapsus, quels liens cemot entretient avecd'autres mots de même parenté émotive. On peut supposer que, dans son empressement pour nommer son premier mot lu seul, cet enfant n'attend pas le résultat de la communication interhémisphérique qui permet de conjuguer le rapport entre une série de lettres (gauche) et l'impression d'ensemble (droit). Pour appuyer davantage cette supposition, on sait, grâceaux tomographies, qu'une augmentation de l'activité dans un hémisphère est typiquement associée àune inhibition de l'éveil dans l'hémisphère opposé, de sorte que les informations y sont à peine traitées, mais sans pour autant être ignorées (Liederman, 1995, p. 461).S'il est possible d'activer de manière préférentielle un hémisphère pour une tâche donnée, est-ce à dire que la communication interhémisphérique est peu utile ? Au contraire! D'abord, commenous le verrons dans laprochaine section, la communication interhémisphérique continue toujours d'opérer sur leplan sous-cortical; ensuite, comme nous le verrons dans la troisième section, la communication interhémisphérique est essentielle pour assurer lanécessaire synchronisation entre l'activation d'un hémisphère et l'inhibition relative de l'autre. Cette synchronisation constitue, en fait, la principale fonction interhémisphérique que le corps calleux rend possible. Mais avant 40 LE CERVEAU NOMADE II n'existe qu'une quantite limitee d'etudes sur Ie sujet, et la plupart ont porte sur Ie developpement du langage. Les resultats de ces travaux tels que rapportes entre autres par Temple (1993, p. 58) montrent une difficulte manifeste des personnes agenesiques avec les composantes du langage reliees ala reconnaissance des rimes, de meme qu'avec la sonorisation des mots non familiers. Cette difficulte peut surprendre, souligne Temple (ibid., p. 62), compte tenu qu'elle est generalement associee a l'hemisphere gauche. Outre leur difficulte langagiere pour les rimes et la prononciation de mots inhabituels, Temple (ibid., p. 63) souligne que les personnes agenesiques connaissent des difficultes a reconstruire une information sensorielle complexe, telle une lettre dessinee dans la paume, de meme qu'a reconstruire des rapports visuospatiaux requis pour reussir un casse-tete ou effectuer un travail de copie. Cette auteure (ibid., p. 64) precise enfin que les personnes agenesiques connaissent des difficultes majeures avec la coordination bimanuelle exigee pour dactylographier, jouer du piano et exceller dans certains sports (basket-ball, golf, hockey, etc.). Qu'ont en commun ces difficultes ? '[ En prenant en consideration les talents complementaires des deux hemispheres, je suppose qu'en l'absence du corps calleux, l'hemisphere gauche ne parvient pas ainformer Ie droit quant a la diachronie presente dans l'organisation sequentielle du trace sur la peau, des sons des mots comme des mouvements des mains pendant que l'hemisphere droit ne peut informer Ie gauche quant ala synchronie retrouvee dans l'expression de la forme globale tracee, l'effet de la rime sur Ie texte, ou l'effet d'ensemble du mouvement. Ces memes enjeux d'une absence de mise en rapport des details visuels de l'hemisphere gauche aux apprehensions gestaltistes de l'hemisphere droit expliquent aussi les difficultes rencontrees dans Ie travail visuospatial necessaire pour reussir un cassetete ou des dessins. L'interpretation et la gestion de toute information complexe, fUt-elle sonore, visuelIe, tactile ou autre, se realisent de maniere efficace si et seulement si chaque hemisphere se nourrit ameme l'information traitee de maniere preferentielle par l'autre. Cette affirmation me rappelle un exemple54 offert par une mere Ie jour ou son fils de cinq ans, qui connait l'alphabet et aime decoder depuis un certain temps les premieres lettres des mots, s'aventure pour la premiere fois a decoder un mot entier. II lit la premiere lettre et prononce« VV » puis la seconde « aa », continue d'un trait« 11 ii ss ee »... se tortille quelques secondes sur sa chaise, puis s'exclame : «Je sais, c'est bagage ! »Cet exemple souligne de quelle maniere l'information alterne de l'hemisphere gauche pour prononcer en sequence chaque detail du mot al'hemisphere droit pour trouver, ala maniere d'un lapsus, quels liens ce mot entretient avec d'autres mots de meme parente emotive. On peut supposer que, dans son empressement pour nommer son premier mot lu seul, cet enfant n'attend pas Ie resultat de la communication interhemispherique qui permet de conjuguer Ie rapport entre une serie de lettres (gauche) et l'impression d'ensemble (droit). Pour appuyer davantage cette supposition, on sait, grace aux tomographies, qu'une augmentation de l'activite dans un hemisphere est typiquement associee aune inhibition de l'eveil dans l'hemisphere oppose, de sorte que les informations y sont a peine traitees, mais sans pour autant etre ignorees (Liederman, 1995, p. 461). S'il est possible d'activer de maniere preferentielle un hemisphere pour une tache donnee, est-ce adire que la communication interhemispherique est peu utile? Au contraire ! D'abord, comme nous Ie verrons dans la prochaine section, la communication interhemispherique continue toujours d'operer sur Ie plan sous-cortical; ensuite, comme nous Ie verrons dans la troisieme section, la communication interhemispherique est essentielle pour assurer la necessaire synchronisation entre l'activation d'un hemisphere et l'inhibition relative de l'autre. Cette synchronisation constitue, en fait, la principale fonction interhemispherique que Ie corps calleux rend possible. Mais avant LA COMMUNICATION INTERHEMISPHERIQUE 41 d'entrer plus avant dans celle-ci, examinons cequ'il en est de la communication sous-corticale. LA COMMUNICATION SOUS-CORTICALE II existe en fait deux catégories d'information qui ne transitent pas par le corps calleux. Il s'agit de certaines informations émotives et de certains aspects de l'attention spatiale, soit les attributs etles caractéristiques des objets, qui passent directement par les commissures sous-corticales (Banich, 1995, p.429). On connaît le rôle de ces commissures grâce à l'étude des personnes épileptiques. Tel que déjà mentionné, quand la médication s'avère inefficace pour enrayer la propagation de crises vers l'autre hémisphère et ainsi contrôler son ampleur, on sectionne le corps calleux de ces personnes. Ces personnes, communément surnommées personnes à cerveau divisé, ont fait l'objet de nombreuses études. Les travaux de Sperry (1986) montrent que, lorsqu'une information visuelle n'est projetée qu'à l'hémisphère droit, l'impression émotive transmise par voie sous-corticaleaffecte visiblement la qualité de la réponse verbale produite par l'hémisphère gauche. De plus, les travaux de Luck et al. (1989), rapportés par Banich (1995), comme ceux de Gazzaniga, Ivry et Mangun (2001, p. 237) indiquent que ces patients peuvent effectuer une tâche visuelle simple deux fois plus vite que les personnes normales lorsque les éléments sont distribués de manière équivalente entre les deux hémichamps. Les chercheurs proposent que les connexions sous-corticales semblent médiatiser, pour certaines fonctions, une certaine forme d'intégration interhémisphérique. Ce quiestproposéest que, sanslesconnexions réciproques du corpscalleux, qui permet aux régions opposées des deux hémisphères de s'auto-synchroniser, l'information provenant d'une grande variété de sites corticaux dans un hémisphère peut être acheminée à travers une variété de sites sous-corticauxà l'autre hémisphère. (Liederman, 1995, p.462, traduction libre) II est vrai que l'information accessible par voie sous-corticale à l'autre hémisphère selimite, en fait, à des données qui répondent à troiscaractéristiques. Elles doivent être :1) des données catégoriques(par exemple, l'objet à représenter fait ou ne fait pas quelque chose, aou n'a pas telle caractéristique);2) à faible résolution (par exemple, l'objet à représenter n'a pas à être reconnu) ; et 3) non codées (par exemple, il s'agit de la représentation d'un objet et non d'une métaphore). Cette limite explique que les données traitées par voie sous-corticale sont essentiellement de nature affective (quelle impression l'objetproduit) ou conative (la fonction, l'apparence, les caractéristiques sémantiques des Figure 8 —Corps calleux et communication sous-corticale d'entrer plus avant dans celle-ci, examinons ce qu'il en est de la communication sous-corticale. LA COMMUNICATION SOUS-CORTICALE II existe en fait deux categories d'information qui ne transitent pas par Ie corps calleux. II s'agit de certaines informations emotives et de certains aspects de l'attention spatiale, soit les attributs et les caracteristiques des objets, qui passent directement par les commissures sous-corticales (Banich, 1995, p.429). Corps caUeux Figure 8 - Corps calleux et communication sous-corticale On connalt Ie role de ces commissures grace a l'etude des personnes epileptiques. Tel que deja mentionne, quand la medication s'avere inefficace pour enrayer la propagation de crises vers l'autre hemisphere et ainsi controler son ampleur, on sectionne Ie corps calleux de ces personnes. Ces LA COMMUNICATION INTERHEMISPHERIQUE 41 personnes, communement surnommees personnes a cerveau divise, ont fait l'objet de nombreuses etudes. Les travaux de Sperry (1986) montrent que, lorsqu'une information visuelle n'est projetee qu'a l'hemisphere droit, l'impression emotive transmise par voie sous-corticaleaffecte visiblement la qualite de la reponse verbale produite par l'hemisphere gauche. De plus, les travaux de Luck et al. (1989), rapportes par Banich (1995), comme ceux de Gazzaniga, Ivry et Mangun (2001, p. 237) indiquent que ces patients peuvent effectuer une tache visuelle simple deux fois plus vite que les personnes normales lorsque les elements sont distribues de maniere equivalente entre les deux hemichamps. Les chercheurs proposent que les connexions sous-corticales semblent mediatiser, pour certaines fonctions, une certaine forme d'integration interhemispherique. Ce qui estpropose est que, sans les connexions reciproques du corps calleux, qui pennet aux regions opposees des deux hemispheres de s'auto-synchroniser, l'information provenant d'une grande variete de sites corticaux dans un hemisphere peut etre acheminee a travers une variete de sites sous-corticaux a l'autre hemisphere. (Liederman, 1995, p. 462, traduction libre) II est vrai que l'information accessible par voie sous-corticale a l'autre hemisphere se limite, en fait, a des donnees qui repondent a trois caracteristiques. Elles doivent etre: 1) des donnees categoriques (par exemple, l'objet a representer fait ou ne fait pas quelque chose, a ou n'a pas telle caracteristique) ; 2) a faible resolution (par exemple, l'objet a representer n'a pas a etre reconnu) ; et 3) non codees (par exempIe, il s'agit de la representation d'un objet et non d'une metaphore). Cette limite explique que les donnees traitees par voie sous-corticale sont essentiellement de nature affective (quelle impression l'objet produit) ou conative (la fonction, l'apparence, les caracteristiques semantiques des 42 LE CERVEAU NOMADE objets d'attention) (Zaidel, 1995, p. 495).Grâce à ces informations, la personne à cerveau divisé obtient une impression vague et diffuse de la situation, et demeure incapablede produire une représentation précise et articulée. Elle parvient cependant, en s'appuyant sur ses connaissances antérieures (mémoire autobiographique), à « deviner » plusieurs aspects de l'objet à se représenter, sans pour autant parvenir à se le représenter comme un tout. La technique par résonance magnétiquenucléaire a permis d'établir que lespatients autistes présentent fréquemment un amincissement significatif du corps calleux, et plus précisément des zones postérieures de celui-ci (Rosenzweig eï al, 1998, p. 13). Ce problème structural de communication interhémisphérique oblige une part plus ou moins importante des informations verbales à transiter par voie sous-corticale,une situation qui rend peut- être en partie compte de leur déficit langagier, tant réceptif qu'expressif. Pour illustrer cephénomène, il me vient en tête ce cas typique d'une partie des personne autistes, soit celles non verbales. Il s'agit d'un adolescent de 11 ans qui, bien que capable de traiter une quantité exceptionnelle d'informations numériques (additionner, soustraire, multiplier, diviser), n'arrive pas à combiner ne serait-ce que quelques mots pour former une phrase complète. Uampleur de ses difficultés est telle que cet adolescent évite les échanges verbaux, ce qui, à son tour, limite ses contacts sociaux. Même dans les situations où il a besoin d'aide, il ne demande rien. L'extrait d'un échange très exceptionnel parce qu'unique que cet élève (É)a lui-même eu avec son aide-enseignante (A) illustre sa difficulté à parler. É : Hier... A : Quoi, hier ? É : Josi... A : Quoi, Josi ? É :Annie... A : Quoi, Annie ? É : Tasse. A :Ah ! Hier, Josi a brisé la tasse d'Annie ! L'aide-enseignante qui me rapporte ces propos est à la fois touchée par le fait que cet élève ait osé entreprendre avec elle une telle conversation, et se dit convaincue que cet événement a dû revêtir une valeur très particulière.Àla fin de cet échange, tout heureux d'avoir été compris, cet élève sourit, chose à nouveau exceptionnelle. Ses difficultés langagières restent apparentes dans les structures de phrases à mots uniques et dans son emploi d'une seule catégorie sémantique, les substantifs, cette toute première catégorie de mots à apparaître dans lelangage pour désigner des objets d'attention en leur absence. Si son aide-enseignante avait ignoré le contexte, l'absence de tout autre terme (verbes, déterminants) ne lui aurait pas permis de reconstruire le sens. Les voies sous-corticales sont peu propices au développement langagier parce que, sans doute en grande partie, le travail effectué par ces voies demeure de nature strictement implicite comme le montrent, encore une fois, les études auprès de personnes à cerveaudivisé. Joseph (1992, p. 104-110) rapporte lecasde cette dame qui voit samaingauche la frapper systématiquement au visage lorsqu'elle dort trop longtemps ou, encore, la triste histoire de ce patient récemment divorcé qui, ayant décidé d'aller marcher, s'étonne que son corps le tire sans cesse dans une direction bien précise. Le médecin traitant constate que si ce patient poursuit le trajet proposé par son corps, il se rend directement à la nouvelle demeure de son ex-femme (Joseph, 1992, p. 103). Sacks (1985) raconte cette histoire tragicomique d'un patient qui allume son téléviseur, va s'asseoir sur son lit, se relève pour changer de canal et choisir une émission qu'il dit pourtant ne pas vouloir écouter. Ou, encore, celle de ce patient qui prend un aliment du frigo avec sa main droite, le replace dans le frigo avecsa main gauche pour en choisir un autre qu'il dit ne pas vouloir manger.Et, enfin, celle de ce patient qui voit sa jambe gauche refuser de poursuivreune marcheet faire demi-tour pour prendre le chemin de la maison. Des situations analogues sont aussi observables en laboratoire :lorsqu'on demande à une personne 42 LE CERVEAU NOMADE objet8 d'attention) (Zaidel, 1995, p. 495). Grace aces informations, la personne a cerveau divise obtient une impression vague et diffuse de la situation, et demeure incapable de produire une representation precise et articulee. Elle parvient cependant, en s'appuyant sur ses connaissances anterieures (memoire autobiographique), a « deviner »plusieurs aspects de l'objet a se representer, sans pour autant parvenir a se Ie representer comme un tout. La technique par resonance magnetique nucleaire a permis d'etablir que les patients autistes presentent frequemment un amincissement significatif du corps calleux, et plus precisement des zones posterieures de celui-ci (Rosenzweig et al., 1998, p. 13). Ce probleme structural de communication interhemispherique oblige une part plus ou moins importante des informations verbales a transiter par voie sous-corticale, une situation qui rend peutetre en partie compte de leur deficit langagier, tant receptif qu'expressif. Pour illustrer ce phenomene, il me vient en tete ce cas typique d'une partie des personne autistes, soit celles non verbales. II s'agit d'un adolescent de 11 ans qui, bien que capable de traiter une quantite exceptionnelle d'informations numeriques (additionner, soustraire, multiplier, diviser), n'arrive pas a combiner ne serait-ce que quelques mots pour former une phrase complete. L'ampleur de ses diffictiltes est telle que cet adolescent evite les echanges verbaux, ce qui, a son tour, limite ses contacts sociaux. Meme dans les situations ou il a besoin d'aide, il ne demande rien. L'extrait d'un echange tres exceptionnel parce qu'unique que cet eleve (E) a lui-meme eu avec son aide-enseignante (A) illustre sa difficulte a parler. E: Hier... A : Quoi, hier ? E: ]osi... A : Quoi, ]osi ? E: Annie... A : Quoi, Annie ? E: Tasse. A: Ah ! Hier, ]osi a brise Ia tasse d'Annie ! L'aicte-enseignante qui me rapporte ces propos est ala. fois touchee par Ie fait que cet eleve ait ose entreprendre avec elle une telle conversation, et se dit convaincue que cet evenement a du revetir une valeur tres particuliere. Ala fin de cet echange, tout heureux d'avoir ete compris, cet eleve sourit, chose a nouveau exceptionnelle. Ses difficultes langagieres restent apparentes dans les structures de phrases a mots uniques et dans son emploi d'une seule categorie semantique, les substantifs, cette toute premiere categorie de mots a apparaitre dans Ie langage pour designer des objets d'attention en leur absence. Si son aide-enseignante avait ignore Ie contexte, l'absence de tout autre terme (verbes, determinants) ne lui aurait pas permis de reconstruire Ie sens. Les voies sous-corticales sont peu propices au developpement langagier parce que, sans doute en grande partie, Ie travail effectue par ces voies demeure de nature strictement implicite comme Ie montrent, encore une fois, les etudes aupres de personnes a cenleau divise. Joseph (1992, p. 104-110) rapporte Ie cas de cette dame qui voit sa main gauche Ia frapper syste·matiquement au visage Iorsqu'elle dort trop longtemps ou, encore, la triste histoire de ce patient recemment divorce qui, ayant decide d'aller marcher, s'etonne que son corps Ie tire sans cesse dans une direction bien precise. Le medecin traitant constate que si ce patient poursuit Ie trajet propose par son corps, il se rend directement a la nouvelle demeure de son ex-femme (Joseph, 1992, p. 103). Sacks (1985) raconte cette histoire tragicomique d'un patient qui allume son televiseur, va s'asseoir sur son lit, se releve pour changer de canal et choisir une emission qu'il dit pourtant ne pas vouloir ecouter. Ou, encore, celIe de ce patient qui prend un aliment du frigo avec sa main droite, Ie replace dans Ie frigo avec sa main gauche pour en choisir un autre qu'il dit ne pas vouloir manger. Et, enfin, celIe de ce patient qui voit sa jambe gauche refuser de poursuivre une marche et faire demi-tour pour prendre Ie chemin de Ia maison. Des situations analogues sont aussi observables en laboratoire: lorsqu'on demande a une personne LA COMMUNICATION INTERHÉMISPHÉRIQUE 43 à cerveau divisé de montrer quel tissu elle a touché simultanément avec chacune de ses mains (main gauche, velours, main droite, jute), elle devient très colérique face à sa main gauche, la traite de tous les noms, va même jusqu'à la frapper et lui exprimer sa haine (Joseph, 1992, p. 105). Lorsqu'on interroge cespersonnes à cerveau divisé sur leur comportement, elles parlent souvent de leur côté gauche de manière métaphorique comme de leur petite sœur (ou petit frère) qui refuse de faire, ou encore qui fait tout le contraire de ce que la tête a décidé. Joseph (ibid., p. 106) conclut que : [...] dans un cerveau intact « normal », certaines situations se produisent fréquemment dans lesquelles un hémisphère a peu ou pas connaissancede cequi se passe dans l'autre et se comporte de manière non coopérative. Les confusions et les conflits qui font partie de la vie de tous les jours sont, en partie, déterminés par le fait que chaque moitié du cerveau est spécialisée pour recevoir et traiter différents types d'information. Certains stimuli ne peuvent être reconnus par l'un ou l'autre hémisphère, ni toute l'information, partagée. Ainsi, lorsqu'en processus d'analyse d'un même stimulus, chaque moitié du cerveau peut l'interpréter et la traiter différemment et ainsi, arriver à ses propres conclusions, lesquelles peuvent être ignorées de l'autre moitié du cerveau. Cet écart, à son tour, peut produire la formation de mémoires différentes dans chaque hémisphère[...] peut aussi engendrer desbuts distincts, voire opposés[...] (peut partager les mêmes buts mais) produire et essayer d'agir à partir de stratégies différentes. (Traductionlibre) II existe donc bien une communication souscorticale dont les limites apparaissent de manière fulgurante dès que la situation à analyser gagne en complexité. Examinons le rôle critique de la communication interhémisphérique pour une saine gestion de la complexité. LE RÔLE CRITIQUE DE LA COMMUNICATION INTERHÉMISPHÉRIQUE Le corps calleux, ce corridor de fibres neuronales qui relie les deux hémisphères, est l'une des deux structures, avec le lobe frontal, qui sont davantage développées chez l'humain que chez toute autre espèce. Le corps calleux s'est aussi, sur le plan ontogénique, développé tardivement, sespremières fibres traversant le corps calleux entre la douzième et la vingtième semaine de vie fœtale, alors que leur myélinisation reste incomplète jusqu'à la fin de la puberté (Lassonde, communication inédite, 1999). Le corps calleux est une structure importante et complexe. Il contient de deux à trois cents millions de fibres nerveuses sur une surface d'à peine quatre ou cinq centimètres carrés. Chaque fibre part d'un hémisphère et arrive dans l'autre, sans connexion synaptique. Cependant, la plupart desinformations qu'elle transfère le sont seulement après qu'un premier traitement a pris place dans l'hémisphère d'origine, soit l'hémisphère spécialisé pour ce type d'information. Dans la littérature traitant du corps calleux, la plupart des auteurs s'entendent pour suggérer que la fonction du corps calleux consiste essentiellement à transmettre à chaque hémisphère l'information complémentaire, soit celle qui doit faire l'objet d'un traitement dans une aire qui détient une spécialisation propre à ce type particulier d'information (Bradshaw, 1989, p. 118-119). Par exemple, pour permettre le décodage d'un mot nouveau, on peut penser que l'aire de Wernicke gauche s'active pendant que, grâce au transfert de cesmêmes informations, l'aire analogue droite tente de cerner l'intonation utilisée. Dans une situation où la complexité de l'information lejustifie, comme, a cerveau divise de montrer quel tissu elle a touche simultanement avec chacune de ses mains (main gauche, velours, main droite, jute), elle devient tres colerique face a sa main gauche, la traite de tous les noms, va meme jusqu'a la frapper et lui exprimer sa haine (Joseph, 1992, p. 105). Lorsqu'on interroge ces personnes a cerveau divise sur leur comportement, elles parlent souvent de leur cote gauche de maniere metaphorique comme de leur petite sreur (ou petit frere) qui refuse de faire, ou encore qui fait tout Ie contraire de ce que la tete a decide. Joseph (ibid., p. 106) conclut que: [...] dans un cerveau intact « normal », certaines situations se produisent frequemment dans lesquelles un hemisphere a peu ou pas connaissance de ce qui se passe dans l'autre et se comporte de mariiere non cooperative. Les confusions et les conflits qui font partie de la vie de tous les joms sont, en partie, determines par Ie fait que chaque moitie du cerveau est specialisee pour recevoir et traiter differents types d'information. Certains stimuli ne peuvent etre reconnus par l'un ou l'autre hemisphere, ni toute l'information, partagee. Ainsi, lorsqu'en processus d'analyse d'un meme stimulus, chaque moitie du cerveau peut l'interpreter et la traiter differemment et ainsi, arriver ases propres conclusions, lesquelles peuvent etre ignorees de l'autre moitie du cerveau. Cet ecart, ason tour, peut produire la formation de memoires differentes dans chaque hemisphere[...] peut aussi engendrer des buts distincts, voire opposes[...] (peut partager les memes buts mais) produire et essayer d'agir apartir de strategies differentes. (Traduction libre) II existe donc bien une communication souscorticale dont les limites apparaissent de maniere fulgurante des que la situation a analyser gagne LA COMMUNICATION INTERHEMISPHERIQUE 43 en complexite. Examinons Ie role critique de la communication interhemispherique pour une saine gestion de la complexite. LE ROLE CRITIQlJE DE LA COMMUNICATION INTERHEMISPHERIQlJE Le corps calleux, ce corridor de fibres neuronales qui relie les deux hemispheres, est l'une des deux structures, avec Ie lobe frontal, qui sont davantage developpees chez l'humain que chez toute autre espece. Le corps calleux s'est aussi, sur Ie plan ontogenique, developpe tardivement, ses premieres fibres traversant Ie corps calleux entre la douzieme et la vingtieme semaine de vie fretale, alors que leur myelinisation reste incomplete jusqu'a la fin de la puberte (Lassonde, communication inedite, 1999). Le corps calleux est une structure importante et complexe. II contient de deux a trois cents millions de fibres nerveuses sur une surface d'a peine quatre ou cinq centimetres carres. Chaque fibre part d'un hemisphere et arrive dans l'autre, sans connexion synaptique. Cependant, la plupart des informations qu'elle transfere Ie sont seulement apres qu'un premier traitement a pris place dans l'hemisphere d'origine, soit l'hemisphere specialise pour ce type d'information. Dans la litterature traitant du corps calleux, la plupart des auteurs s'entendent pour suggererque la fonction du corps calleux consiste essentiellement atransmettre achaque hemisphere l'information complementaire, soit celle qui doit faire l'objet d'un traitement dans une aire qui detient une specialisation propre a ce type particulier d'information (Bradshaw, 1989, p. 118-119). Par exemple, pour permettre Ie decodage d'un mot nouveau, on peut penser que l'aire de Wernicke gauche s'active pendant que, grace au transfert de ces memes informations, l'aire analogue droite tente de cerner l'intonation utilisee. Dans une situation ou la complexite de l'information Ie justifie, comme, 44 LE CERVEAU NOMADE par exemple, pour réaliser une tâche d'analyse interprétative d'un texte, plusieurs sites sont activés simultanément dans chaque hémisphère. En s'appuyant sur l'information contenue dans les deux chapitres précédents, on peut supposer que pour construire un sens à un propos entendu, l'hémisphère droit active non seulement l'aire interprétative de Wernicke (sens global et humeur du texte), mais aussi certaines aires associatives55 lui permettant de retracer les ressemblances entre ce propos et les connaissances antérieures du sujet traité. Parallèlement, l'hémisphère gauche active l'aire interprétative de Wernicke (analyse morphologique de mots nouveaux et analyse de la structure de la phrase) tout en faisant appel, lui aussi, àcertaines airesassociatives pour,entre autres, noter quelles nouvelles idées se dégagent de cetexte lorsque comparées à celles déjà emmagasinées. Au cours de l'activation simultanée des deux hémisphères, le corps calleux56 permet donc que les informations traitées dans un hémisphère, mais présentant un avantage hémisphérique controlatéral, soient acheminées vers son aire spécialisée. Bradshaw(1989,p. 75,traductionlibre) ajoute : Puisque les commissures sont intactes chez les sujets normaux, l'information est disponible dans les deux hémisphères. La supériorité fonctionnelle de chaque hémisphère pour une tâcheou uneopération donnée peut dépendre d'un ensemble de variables dont l'effet s'additionne ouinteragit pour déterminer l'asymétrie observable. Or, comme l'ont montré l'écoute dichotomique (laccino, 1993, p. 119 et p. 130) ou les scans de chaque hémisphère lorsque ces derniers doivent résoudre des tâches complexesou àétapes multiples (Banich, 1995, p. 433-38), on sait désormais que cette différence d'activité provoque une mise en ondes plus lente, de type ondes de repos ou de relaxation, de l'hémisphère moins actif. Cependant, moins actif ne signifie pas inactif puisque, dès le moment où la tâcheentre en phase comparative,elle provoque la coactivation simultanée de plusieurs aires dans les deux hémisphères. Cettecoactivation varie selon l'expérience, donc selon l'interprétation idiosyncrasique de chaque personne. En ce sens, la coactivation varie en fonction de l'expertise que chacun a d'une tâche donnée. Àtitre d'exemple, l'activité électrique ducerveau d'un expert aux échecs diffère remarquablement de celle d'un novice.Lecerveauexpert montre une activité intense dans certaines régions clairement définies, alors que le cerveau novice active une multitude d'aires, mais avecune intensité moindre. En comparant la performance entre experts et novices, Ericsson (1996) démontre que la seule variable qui différencie ces deux groupes est leur habileté à organiser l'information. Si les experts peuvent planifier plusieurs coups à l'avance, c'est qu'avec la pratique, ils en viennent à percevoir une série de pièces comme formant un ensemble unifié (hémisphère droit) et, compte tenu de cette configuration, à anticiper la probabilité des coups à venir (hémisphère gauche). Dans tous les domaines étudiés, les experts se distinguent effectivement par leur compétence à organiser l'information, une compétence qui provient d'une exposition systématique à différents contextes doublée d'une pratique guidée (Ericsson, 1996; Csikszentmihalyi, Rathunde et Whalen, 1993). Or, l'étude de leur profil d'activation électriquemontre que lesnovices activent simultanément un nombre particulièrement élevé de régions, une indication qu'ils procèdent sans plan, utilisent n'importe quelle idée et fonctionnent en mode essai et erreur. Les experts, pour leur part, n'activent que certaines régions bien ciblées de leurs deux hémisphères, de manière à optimiser leurs efforts. Sile travail complémentaire interhémisphérique est optimal, qu'arrive-t-il lorsque lesspécialisations hémisphériques produisent, chacune de leur côté, des informationscontradictoires? 44 LE CERVEAU NOMADE par exempIe, pour n~aliser une tache d'analyse interpretative d'un texte, plusieurs sites sont actives simultanement dans chaque hemisphere. En s'appuyant sur l'information contenue dans les deux chapitres precedents, on peut supposer que pour construire un sens a un propos entendu, l'hemisphere droit active non seulement l'aire interpretative de Wernicke (sens global et humeur du texte), mais aussi certaines aires associatives55 lui permettant de retracer les ressemblances entre ce propos et les connaissances anterieures du sujet traite. Parallelement, l'hemisphere gauche active l'aire interpretative de Wernicke (analyse morphologique de mots nouveaux et analyse de la structure de la phrase) tout en faisant appel, lui aussi, a certaines aires associatives pour, entre autres, noter quelles nouvelles idees se degagent de ce texte lorsque comparees a celles deja emmagasinees. Au cours de l'activation simultanee des deux hemispheres, Ie corps calleux56 permet donc que les informations traitees dans un hemisphere, mais presentant un avantage hemispherique controlateral, soient acheminees vers son aire specialisee. Bradshaw (1989, p. 75, traduction libre) ajoute: Puisque les commissures sont intactes chez les sujets normaux, l'information est disponible dans les deux hemispheres. La superiorite fonctionnelle de chaque hemisphere pour une tache ou une operation donnee peut dependre d'un ensemble de variables dont l'effet s'additionne ou interagit pour determiner l'asymetrie observable. Or, comme l'ont montre l'ecoute dichotomique (laccino, 1993, p. 119 et p. 130) ou les scans de chaque hemisphere lorsque ces derniers doivent resoudre des taches complexes ou a etapes multiples (Banich, 1995, p. 433-38), on sait desormais que cette difference d'activite provoque une mise en ondes plus lente, de type ondes de repos ou de relaxation, de l'hemisphere moins actif. Cependant, moins actif ne signifie pas inactif puisque, des Ie moment ou la tache entre en phase comparative, elle provoque la coactivation simultanee de plusieurs aires dans les deux hemispheres. Cette coactivation varie selon l'experience, donc selon l'interpretation idiosyncrasique de chaque personne. En ce sens, la coactivation varie en fonction de l'expertise que chacun a d'une tache donnee. Atitre d'exemple, l'activite electrique du cerveau d'un expert aux echecs differe remarquablement de celle d'un novice. Le cerveau expert montre une activite intense dans certaines regions c1airement definies, alors que Ie cerveau novice active une multitude d'aires, mais avec une intensite moindre. En comparant la performance entre experts et novices, Ericsson (1996) demontre que la seule variable qui differencie ces deux groupes est leur habilete a organiser l'information. Si les experts peuvent planifier plusieurs coups a l'avance, c'est qu'avec la pratique, ils en viennent a percevoir une serie de pieces comme formant un ensemble unifie (hemisphere droit) et, compte tenu de cette configuration, a anticiper la probabilite des coups avenir (hemisphere gauche). Dans tous les domaines etudies, les experts se distinguent effectivement par leur competence a organiser l'information, une competence qui provient d'une exposition systematique adifferents contextes doublee d'une pratique guidee (Ericsson, 1996; Csikszentmihalyi, Rathunde et Whalen, 1993). Or, l'etude de leur profil d'activation electrique montre que les novices activent simultanement un nombre particulierement eleve de regions, une indication qu'ils procedent sans plan, utilisent n'importe quelle idee et fonctionnent en mode essai et erreur. Les experts, pour leur part, n'activent que certaines regions bien ciblees de leurs deux hemispheres, de maniere a optimiser leurs efforts. Si Ie travail complementaire interhemispherique est optimal, qU'arrive-t-illorsque les specialisations hemispheriques produisent, chacune de leur cote, des informations contradictoires ? LA COMMUNICATIONINTERHEMISPHERIQUE 45 LA COMMUNICATION EN SURDOMINANCE ET SES DIFFICULTÉS Le fait que les deux hémisphères traitent les informations de manière différenciée peut parfois engendrer des contradictions, voire des conflits, comme dans le cas décrit par Boliek et Obrzut (1995) où des sujets normaux doivent lire des mots projetés uniquement à leur hémisphère gauche par l'intermédiaire d'un tachistoscope, alors qu'ils doivent écrire ces mêmes mots avec leur main gauche. Cesauteurs rapportent qu'en pareil cas,les sujets ne respectent plus l'orthographe usuelle des motslus.Lorsque lesdeuxhémisphères netravaillent pas de manière concertée, les particularités de chacun peuvent parfois susciter des différends qui demeurent irrésolus. De manière analogique, on peut dire que les deux hémisphères ressemblent à un couple qui, vivant ensemble depuis de nombreuses années, en vient à développer des manières de faire complémentaires. Si ces complémentarités sont souvent utiles, elles créent aussi des contradictions qui peuvent s'avérer difficiles àrésoudre. Supposons un contexte où le couple entreprend une discussion sur un sujet à la fois complexe et important pour lui. Compte tenu des enjeux de ce sujet, chaque membre mettraà profit ses talents, soit seshabiletés complémentaires. Ainsi, un membre du couple risque de travailler à distinguer précisément, il dira objectivement, les enjeux afin d'agir de manière rapide et efficace (hémisphère gauche), pendant que l'autre insistera pour dire que la situation n'est pas aussi simple qu'il y paraît et qu'il faut continuer à discuter afin de mieux la comprendre si l'on veut arriver à une solution éclairée (hémisphère droit). Chacun, désireux de prouver son point de vue, risque même de ne pas prendre vraiment en compte le point de vue de l'autre. Dans cejeu de gagnant et de perdant, le fossé de l'incommunication manque rarement de se creuser. Se peut-il que cette posture décrive la tendance non plus d'un hémisphère mais d'une personne ? Deux exemplesde pareille surdominance sur leplan hémisphérique nous viennent de la littérature.Le premier porte sur les difficultés d'apprentissage, le second, sur l'affectivité. SURDOMINANCE ET DIFFICULTÉS D'APPRENTISSAGE En cequi concerneles difficultés d'apprentissage, certains auteurs, dont Hynd, Marshall, Hall et Edmonds (1995, p. 618) ainsi que Boliek et Obrzut (1995, p. 645),constatentque les difficultés delecture et d'écriture se rencontrent plus fréquemment chez lesenfants gauchers ou ambidextres.S'appuyant sur lefait que non seulement lespersonnes ambidextres, mais aussi les gauchers montrent une force et une adresse inhabituelles dans leur main non dominante (droite), ces auteurs proposent que l'ambidextrie maintient les deux hémisphères dans un état chronique de compétition plutôt que de collaboration, compétition, ajoute Marieb (1999), qui se résout, trop souvent, par un hémisphère qui impose saversion plutôt que d'arriver àune version négociée. Cette explication renvoie à Orton qui, dès 1929, a observé que les enfants qui présentent une dominance cérébralemixte,commedémontrée par l'inconstance de leur dominance manuelle, inversent davantage les lettres et les mots que les enfants ayant une dominance manuelle clairement établie. À l'appui de cette thèse, Boliek et Obrzut (1995, p. 641-650) soulignent l'existence, chez ces enfants, d'activités électriques anormales dans les zones corticales du langage qui témoignent d'un biais trop grand en faveur d'un hémisphère. Ces deux auteurs (ibid., p. 650-651) concluent que les problèmes de lectureet d'écritureproviennent d'une tendance à gérer les objets d'attention dans un seul hémisphère suractivé, indifféremment de la nature des objets d'attention. Lorsque pareille suractivité survient, on a affaire, jepense, à une surdominance hémisphérique. LA COMMUNICATION EN SURDOMINANCE ET SES DIFFICULTES Le fait que les deux hemispheres traitent les informations de maniere differenciee peut parfois engendrer des contradictions, voire des conflits, comme dans Ie cas decrit par Boliek et Obrzut (1995) ou des sujets normaux doivent lire des mots projetes uniquement aleur hemisphere gauche par l'intermediaire d'un tachistoscope, alors qu'ils doivent ecrire ces memes mots avec leur main gauche. Ces auteurs rapportent qu'en pareil cas, les sujets ne respectent plus l'orthographe usuelle des mots Ius. Lorsque les deux hemispheres ne travaillent pas de maniere concertee, les particularites de chacun peuvent parfois susciter des differends qui demeurent irresolus. De maniere analogique, on peut dire que les deux hemispheres ressemblent aun couple qui, vivant ensemble depuis de nombreuses annees, en vient a developper des manieres de faire complementaires. Si ces complementarites sont souvent utiles, elles creent aussi des contradictions qui peuvent s'averer difficiles aresoudre. Supposons un contexte ou Ie couple entreprend une discussion sur un sujet ala fois complexe et important pour lui. Compte tenu des enjeux de ce sujet, chaque membre mettra aprofit ses talents, soit ses habilett~s complementaires. Ainsi, un membre du couple risque de travailler adistinguer precisement, il dira objectivement, les enjeux afin d'agir de maniere rapide et efficace (hemisphere gauche), pendant que l'autre insistera pour dire que la situation n'est pas aussi simple qu'il y parait et qu'il faut continuer a discuter afin de mieux la comprendre si l'on veut arriver aune solution ec1airee (hemisphere droit). Chacun, desireux de prouver son point de vue, risque meme de ne pas prendre vraiment en compte Ie point de vue de l'autre. Dans ce jeu de gagnant et de perdant, Ie fosse de l'incommunication manque rarement de se creuser. LA COMMUNICATION INTERHEMISPHERIQUE 45 Se peut-il que cette posture decrive la tendance non plus d'un hemisphere mais d'une personne? Deux exemples de pareille surdominance sur Ie plan hemispherique nous viennent de la litterature. Le premier porte sur les difficultes d'apprentissage, Ie second, sur l'affectivite. SURDOMINANCE ET DIFFICULTES D'APPRENTISSAGE En ce qui conceme les difficultes d'apprentissage, certains auteurs, dont Hynd, Marshall, Hall et Edmonds (1995, p. 618) ainsi que Boliek et Obrzut (1995, p. 645), constatent que les difficultes de lecture et d'ecriture se rencontrent plus frequemment chez les enfants gauchers ou ambidextres. S'appuyant sur Ie fait que non seulement les personnes ambidextres, mais aussi les gauchers montrent une force et une adresse inhabituelles dans leur main non dominante (droite), ces auteurs proposent que l'ambidextrie maintient les deux hemispheres dans un etat chronique de competition plutot que de collaboration, competition, ajoute Marieb (1999), qui se resout, trop souvent, par un hemisphere qui impose sa version plutot que d'arriver aune version negociee. Cette explication renvoie aOrton qui, des 1929, a observe que les enfants qui presentent une dominance cerebrale mixte, comme demontree par l'inconstance de leur dominance manuelle, inversent davantage les lettres et les mots que les enfants ayant une dominance manuelle c1airement etablie. A l'appui de cette these, Boliek et Obrzut (1995, p. 641-650) soulignent l'existence, chez ces enfants, d'activites electriques anormales dans les zones corticales du langage qui temoignent d'un biais trop grand en faveur d'un hemisphere. Ces deux auteurs (ibid., p. 650-651) conc1uent que les problemes de lecture et d'ecriture proviennent d'une tendance agerer les objets d'attention dans un seul hemisphere suractive, indifferemment de la nature des objets d'attention. Lorsque pareille suractivite survient, on a affaire, je pense, aune surdominance hemispherique. 46 LE CERVEAUNOMADE Pour comprendre ce qui est entendu par surdominance hémisphérique, l'examen des personnes souffrant de dysgraphie profonde57 est utile. Ces personnes n'éprouvent aucune difficulté particulière à écrire des mots à graphie irrégulière, lorsque ces mots sont familiers et faciles à se représenter (appréhension globale), mais elles n'arrivent pas à écrire des «non-mots » même simples, parce que ceux-ci ne permettent pas d'associations sémantiques. Par contre, ces personnes connaissent d'énormes difficultés à lire des mots familiers si ces derniers contiennent des syllabes non sémantiques, tels les suffixes, préfixes et autres formes d'inflexion. Elles peuvent par exemple lire attention mais pas inattention. Elles ont aussi tendance à ignorer les finales grammaticales comme les pluriels (Newcombe et Marshall, 1980). De plus, ces personnes commettent beaucoup d'erreurs semblables à celle commise par notre lecteur débutant qui, à cinqans, décodelemot bagage (cerveau gauche), mais dit le mot valise (cerveau droit). Ainsi, ces personnes écrivent le mot horloge pour heure ou bureau pour chaise. En somme, ces personnes lisent en surdominance hémisphérique droite, une surdominance qui, comme le souligne Temple (1993, p. 161), lit de manière conative et s'intéresse essentiellement aux associationsde sens et de ressemblance ou encore à l'aspect sonore des mots. Par contre, un deuxième groupe de personnes, atteintes de ce qu'il est convenu d'appeler la dysgraphie de surface, maîtrise essentiellement l'écriture au son et épelle en respectant rigoureusement la séquence phonologique. Cette attention pour ce type d'information fait en sorte que ces personnes n'éprouvent aucune difficulté avec les mots irréguliers et les «non-mots », mais connaissent des difficultés majeures à comprendre le sens des homophones (sceau, sot, saut). Ces personnes souffrant généralement d'un problème structural (lésion)ou fonctionnel (chimie) semblent placer leur hémisphère gaucheen surdominance, un hémisphère, on se rappellera, qui prête davantage attention à la séquence d'apparition des détails (Temple, 1993, p. 182). À cet égard, une dernière population mérite notre attention. Il s'agit des élèves dyslexiques58 . Ces élèves se divisent, à la manière des personnes dysgraphiques, en deux groupes distincts. Le premier ressemble aux personnes souffrant de dysgraphie profonde puisqu'il possède une bonne mémoire photographique, de sorte qu'il parvient à écrire des mots familiers seulement s'ils ont une graphie relativement simple, mais il ignore les règles sonores de base qui lui permettraient d'écrire des mots nouveaux (ou encore des «non-mots »). Ses erreurs d'épellation ne reproduisent pas non plus la séquence sonorisée du mot, de sorte qu'il peut avoir de la peine à se relire (aéroport devient aréropor, asphalte devient faite) (Temple, 1993, p. 166, 177et 183). Selon la thèse présentée dans cet ouvrage, ce groupe d'élèves présente, à son tour, une surdominance de l'hémisphère droit, surdominance qui lui fait ignorer l'information diachronique gauche de sorte qu'en ne portant pas attention à l'ordre des objets d'attention, il épelle en ne se fiant qu'à sa mémoire gestalt du mot écrit. Le deuxièmegroupe d'élèves s'apparente, quant à lui, aux patients atteints de dysgraphie de surface. Cegroupe montreune bonnemaîtrise phonologique des sons de sa langue. Il réussit aisément à épeler au son, mais il éprouve d'immenses difficultés à épeler des mots irréguliers (seconde ; asphyxie). Ce groupe semble utiliser l'hémisphère gauche de manière excessive pour produire avec précision la séquence phonologique (surdominance gauche), mais apparaît incapable de faire émerger de celle-ci une sémantique. Ces élèves ont donc de la peine à appréhender de manière globale les mots à graphie irrégulière et à saisir le sens des graphies variées propres aux homophones (laccino, 1993, p. 97). On pourrait résumer ces propos en rappelant, comme on l'a vu aux chapitres précédents, que l'hémisphère gauche, par son souci des détails, est 46 LE CERVEAU NOMADE Pour comprendre ce qui est entendu par surdominance hemispherique, l'examen des personnes souffrant de dysgraphie profonde57 est utile. Ces personnes n'eprouvent aucune difficulte particuliere a ecrire des mots a graphie irreguliere, lorsque ces mots sont familiers et faciles a se representer (apprehension globale), mais elles n'arrivent pas a ecrire des « non-mots» meme simples, parce que ceux-d ne permettent pas d'associations semantiques. Par contre, ces personnes connaissent d'enormes difficultes a lire des mots familiers si ces derniers contiennent des syllabes non semantiques, tels les suffixes, prefixes et autres formes d'inflexion. Elles peuvent par exemple lire attention mais pas inattention. Elles ont aussi tendance a ignorer les finales grammaticales comme les pluriels (Newcombe et Marshall, 1980). De plus, ces personnes commettent beaucoup d'erreurs semblables a celle commise par notre lecteur debutant qui, a cinq ans, decode Ie mot bagage (cerveau gauche), mais dit Ie mot valise (cerveau droit). Ainsi, ces personnes ecrivent Ie mot horloge pour heure ou bureau pour chaise. En somme, ces personnes lisent en surdominance hemispherique droite, une surdominance qui, comme Ie souligne Temple (1993, p. 161), lit de maniere conative et s'interesse essentiellement aux associations de sens et de ressemblance ou encore a l'aspect sonore des mots. Par contre, un deuxieme groupe de personnes, atteintes de ce qu'il est convenu d'appeler la dysgraphie de surface, maitrise essentiellement l'ecriture au son et epelle en respectant rigoureusement la sequence phonologique. Cette attention pour ce type d'information fait en sorte que ces personnes n'eprouvent aucune difficulte avec les mots irreguliers et les « non-mots », mais connaissent des difficultes majeures a comprendre Ie sens des homophones (sceau, sot, saut). Ces personnes souffrant generalement d'un probleme structural (lesion) ou fonctionnel (chimie) semblent placer leur hemisphere gauche en surdominance, un hemisphere, on se rappellera, qui prete davantage attention a la sequence d'apparition des details (Temple, 1993, p. 182). A cet egard, une derniere population merite notre attention. II s'agit des eleves dyslexiques58 • Ces eleves se divisent, a la maniere des personnes dysgraphiques, en deux groupes distincts. Le premier ressemble aux personnes souffrant de dysgraphie profonde puisqu'il possede une bonne memoire photographique, de sorte qu'il parvient a ecrire des mots familiers seulement s'ils ont une graphie relativement simple, mais il ignore les regles sonores de base qui lui permettraient d'ecrire des mots nouveaux (ou encore des « non-mots»). Ses erreurs d'epellation ne reproduisent pas non plus la sequence sonorisee du mot, de sorte qu'il peut avoir de la peine a se relire (aeroport devient areropor, asphalte devient falte) (Temple, 1993, p. 166; 177 et 183). Selon la these presentee dans cet ouvrage, ce groupe d'eleves presente, a son tour, une surdominance de l'hemisphere droit, surdominance qui lui fait ignorer l'information diachronique gauche de sorte qu'en ne portant pas attention a l'ordre des objets d'attention, il epelle en ne se fiant qu'a sa memoire gestalt du mot ecrit. Le deuxieme groupe d'eleves s'apparente, quant a lui, aux patients atteints de dysgraphie de surface. Ce groupe montre une bonne maitrise phonologique des sons de sa langue. II reussit aisement a epeler au son, mais il eprouve d'immenses difficultes a epeler des mots irreguliers (seconde; asphyxie). Ce groupe semble utiliser l'hemisphere gauche de maniere excessive pour produire avec precision la sequence phonologique (surdominance gauche), mais apparait incapable de faire emerger de celle-ci une semantique. Ces eleves ont donc de la peine a apprehender de maniere globale les mots a graphie irreguliere et a saisir Ie sens des graphies variees propres aux homophones (Iaccino, 1993, p. 97). On pourrait resumer ces propos en rappelant, comme on l'a vu aux chapitres precedents, que l'hemisphere gauche, par son soud des details, est LA COMMUNICATION INTERHÉMISPHERIQUE 47 l'hémisphère de l'avant-plan et le droit, par son souci de tout englober, est l'hémisphère de l'arrière-plan. On pourrait ajouter que seule leur collaboration permet d'éviter les difficultés décrites en s'assurant que leurs talents différenciés se confrontent et que de cette confrontation émerge une reconstitution efficace des informations sur lesquelles ilstravaillent. Dit autrement, l'attention au détail ne porte fruit que si elle inclut simultanément l'ensemble duquel ce détail émerge. Pour saisir, en partie du moins, la portée de ce fruit vient d'être dit, vous pouvez tenter l'expérience suivante qui présente cependant deux failles s'avèrent généralement incapables de résumer un texte, au-delà de l'énumération de quelques détails. Par ailleurs, elles disent que ce problème leur est familier et qu'elles ne s'aperçoivent du fait que le sens leur échappe seulement au moment où, en tournant la page du livre, elles s'aperçoivent qu'elles n'ont rien retenu du texte qu'elles viennent pourtant de lire. Selon moi, il faut en conclure qu'en surdominance gauche, un lecteur lit chaque syllabe, chaque mot, mais qu'il ne lit pas un texte. Dans le cas inverse, où la pupille gauche est plus contractée (surdominance droite), les lecteurs EXERCICE 6 — LECTURE ET PUPILLES Demandez à quelqu'un d'examinervos pupilles59 au moment où vous lisez un texte inconnu. Vouspouvez effectuer votre lecture de manière silencieuse ou à haute voix, selon votre préférence. Lors de cette lecture, demandez à votre observateur d'observer si vos pupilles sont ouvertes à la même dimension, ou si l'une d'entre elles semble plus petite. Une pupille plus petite est une pupille qui lit en mode surdominant. Lorsqu'une pupille lit en mode surdominant, c'est que l'hémisphère opposéentretient, à ce moment particulier, un rapport en surdominance. majeures : elle n'a pas encore obtenu d'évidence neurologique et elle fait abstraction du fait que, pour lire, plusieurs autres structures, incluant plusieurs aires sous-corticales, sont mises à contribution. Cette expérience est donc à prendre avec d'infinies précautions quant aux conclusions à tirer. Elle est néanmoins présentée en raison du très vif soutien empirique qu'elle a reçu (Bourassa,1997). T En questionnant diverses personnes qui présentaient des contractions différenciées de leurs pupilles au moment de la lecture de texte, mes travaux empiriques m'ont permis de constater qu'il existe une corrélation forte entre une pupille droite plus contractée, donc plus petite (hémisphère gauche surdominant), et un débit de lecture qui paraît fluide et un décodage de mots complexes qui se produit aisément. Cependant, ces personnes interrogés peuvent aisément dégager le sens général du texte, mais ont tendance à perdre la trame (la séquence). Ils rapportent que leur cerveau se met souvent à vagabonder vers d'autres liens qu'il dresse entre ce texte et leur propre histoire (un souvenir, une intuition, unfilm,un autre livre, etc.). Il vous est peut-être arrivé de relire un texte et de constater que le contenu relu est très différent de celui que vous aviez lu la première fois. Pour tout à la fois comprendre et demeurer dans le projet précis de véritablement saisir le détail du texte, il faut lire sans surdominance, en mettant ses deux hémisphères à contribution, bien que de manière différenciée. Or, lorsqu'on étudie l'activation hémisphérique des élèves en difficulté de lecture, les recherches, et plus spécifiquement les travaux de Molfese et l'hemisphere de l'avant-plan et Ie droit, par son souci de tout englober, est l'hemisphere de l'arriere-plan. On pourrait ajouter que seule leur collaboration permet d'eviter les difficultes decrites en s'assurant que leurs talents differencies se confrontent et que de cette confrontation emerge une reconstitution efficace des informations sur lesquelles ils travaillent. Dit autrement, l'attention au detail ne porte fruit que si elle inclut simultanement l'ensemble duquel ce detail emerge. Pour saisir, en partie du moins, la portee de ce fruit vient d'etre dit, vous pouvez tenter l'experience suivante qui presente cependant deux failles EXERCICE 6 - LECTURE ET PUPILLES LA COMMUNICATION INTERHEMISPHERIQUE 47 s'averent generalement incapables de resumer un texte, au-dela de l'enumeration de quelques details. Par ailleurs, elles disent que ce probleme leur est familier et qu'elles ne s'aper<;oivent du fait que Ie sens leur echappe seulement au moment ou, en tournant la page du livre, elles s'aper<;oivent qu'elles n'ont rien retenu du texte qu'elles viennent pourtant de lire. Selon moi, il faut en conclure qu'en surdominance gauche, un lecteur lit chaque syllabe, chaque mot, mais qu'il ne lit pas un texte. Dans Ie cas inverse, ou la pupille gauche est plus contractee (surdominance droite), les lecteurs Demandez aquelqu'un d'examiner vos pupilles59 au moment ou vous lisez un texte inconnu. Vous pouvez effectuer votre lecture de maniere silencieuse ou ahaute voix, selon votre preference. Lors de cette lecture, demandez avotre observateur d'observer si vos pupilles sont ouvertes ala meme dimension, ou si rune d'entre elles semble plus petite. Une pupilfe plus petite est une pupille qui lit en mode surdominant. Lorsqu'une pupille lit en mode surdominant, c'est que I'hemisphere oppose entretient, ace moment particulier, un rapport en surdominance. majeures : elle n'a pas encore obtenu d'evidence neurologique et elle fait abstraction du fait que, pour lire, plusieurs autres structures, incluant plusieurs aires sous-corticales, sont mises a contribution. Cette experience est donc a prendre avec d'infinies precautions quant aux conclusions a tirer. Elle est neanmoins presentee en raison du tres vif soutien empirique qu'elle a re<;u (Bourassa, 1997). "[ En questionnant diverses personnes qui presentaient des contractions differenciees de leurs pupilles au moment de la lecture de texte, mes travaux empiriques m'ont permis de constater qu'il existe une correlation forte entre une pupille droite plus contractee, donc plus petite (hemisphere gauche surdominant), et un debit de lecture qui parait fluide et un decodage de mots complexes qui se produit aisement. Cependant, ces personnes interroges peuvent aisement degager Ie sens general du texte, mais ont tendance a perdre la trame (la sequence). Ils rapportent que leur cerveau se met souvent a vagabonder vers d'autres liens qu'il dresse entre ce texte et leur propre histoire (un souvenir, une intuition, un film, un autre livre, etc.). II vous est peut-etre arrive de relire un texte et de constater que Ie contenu relu est tres different de celui que vous aviez lu la premiere fois. Pour tout a la fois comprendre et demeurer dans Ie projet precis de veritablement saisir Ie detail du texte, il faut lire sans surdominance, en mettant ses deux hemispheres a contribution, bien que de maniere differenciee. Or, lorsqu'on etudie l'activation hemispherique des eleves en difficulte de lecture, les recherches, et plus specifiquement les travaux de Molfese et 48 LE CERVEAU NOMADE Segalowitz (1997), démontrent que ces élèves ont plus de difficulté à maintenir un niveau d'activation comparable dans plusieurs foyers, de même qu'à n'activer qu'un seul site pour une tâche donnée fort simple. On peut extrapoler de ces résultats qu'un individu en difficulté d'apprentissage n'apprend pas à passer de l'activation indifférenciée du novice à celle différenciée de l'expert. A cet égard, Dennison et Hargrove (1985) constatent que la réponse musculaire de stress, normale chez les novices, perdure de manière indue chez cesélèves. Leur corps comme leur cerveau semblent attester que le passage vers un savoir modulé de manière différenciée entre les deux hémisphères se réalise difficilement. Une expérience de lecture réussie suppose donc que les deux hémisphères collaborent de manière différenciée : le gauche pour repérer avec précision, décoder les mots nouveaux, porter attention à la logique grammaticale et, enfin, saisir la composante séquentielle d'une explication ; le droit pour reconnaître des mots à première vue, faire une lecture rapide, voir les liens entre les idées et reconstruire des liens avec d'autres souvenirs gestaltistes, d'autres impressions semblables.Pareille collaboration est aussi essentielle pour générer une expérience affective intégrée. Examinons maintenant quelles retombées l'incommunication interhémisphérique entraînesurleplandel'expérience affective. SURDOMINANCE ETAFFECTIVITÉ Tel que mentionné au chapitre précédent, un cerveau en surdominance gauche conserve un affect plutôt neutre, à tendance positive, bien que cet affect puisse, à titre exceptionnel, connaîtrecertains excès, tel le fou rire. Il a été également mentionné que, pour évacuer sestensions, l'hémisphère gauche opte pour une série de gestes précis, organisés dans le temps, qu'il reproduit tel un rituel. Un cerveau en surdominance droite,pour sa part, était décrit comme alternant plutôt entre deux modes d'émotions de nature plus excessive. Un premier mode de type dépressif montre de l'inattention et une forte intolérance à toute frustration ;un second de type euphorique amène de la désinhibition socioémotive et des réactions hystériques de type confabulation et paranoïa. Le droit, pour évacuer ses tensions, préférait répéter un seul et même geste, commesebercer,jusqu'à cequ'un apaisement survienne. Le peu de propension de l'hémisphère droit à s'organiser de manière séquentielle est mis en évidence dans l'analyse des rêves. Nous savons depuis peu (Valatx, 1994,p. 71)que, durant le rêve, le corps calleuxreste silencieux, de sorte que l'imagerie onirique provient de l'un ou de l'autre hémisphère, et non d'une communication entre les deux. Lerêve instaure en quelque sorte une commissurotomie temporaire durant laquelle les deux hémisphères fonctionnent séparément. Lorsque nous rêvons, les mouvements faciaux très légers observés mettent en évidence une prédominance hémisphérique droite (ibid.). Or, dans le rêve, une des impressions dominantes est l'extrême difficulté à organiser les informations complexes en un ensemble articulé, organisé dans le temps. Il existe d'autres situations induites par le processus cyclique du corps (processus dont le détail sera présenté au chapitre 11) qui nous font opérer, par moments, avec un hémisphère en nette dominance. Un exemplefrappant est la respiration. Durant ce processus cyclique, nous respirons de manière plus marquée pour une période de temps donnée par une narine puis nous utilisons l'autre (Trocmé-Fabre, 1994, p. 112). Une recherche réalisée par Werntz, Bickford, Bloom et Shannahoff-Khalsa (1982) rapporte qu'il existe effectivement une relation controlatérale entre l'activité hémisphérique telle que mesurée par l'électroencéphalogramme (EEG) et la narine la plus active60 et que, par exemple, les valeurs EEG de l'hémisphère droit sont en corrélation positive avec une activité accrue de la narine gauche, et vice-versa. Ces auteurs constatent encore que des sujets peuvent 48 LE CERVEAU NOMADE Segalowitz (1997), demontrent que ces eleves ont plus de difficulte a maintenir un niveau d'activation comparable dans plusieurs foyers, de meme qu'a n'activer qu'un seul site pour une tache donnee fort simple. On peut extrapoler de ces resultats qu'un individu en difficulte d'apprentissage n'apprend pas a passer de l'activation indifferenciee du novice a celle differenciee de I'expert. Acet egard, Dennison et Hargrove (1985) constatent que la reponse musculaire de stress, normale chez les novices, perdure de maniere indue chez ces eleves. Leur corps comme leur cerveau semblent attester que Ie passage vers un savoir module de maniere differenciee entre les deux hemispheres se realise difficilement. Une experience de lecture reussie suppose donc que les deux hemispheres collaborent de maniere differendee : Ie gauche pour reperer avec precision, decoder les mots nouveaux, porter attention a la logique grammaticale et, enfin, saisir la composante sequentielle d'une explication; Ie droit pour reconnaitre des mots a premiere vue, faire une lecture rapide, voir les liens entre les idees et reconstruire des liens avec d'autres souvenirs gestaltistes, d'autres impressions semblables. Pareille collaboration est aussi essentielle pour generer une experience affective integree. Examinons maintenant quelles retombees l'incommunication interhemispheriqueentramesurIeplandel'experience affective. SURDOMINANCE ET AFFECTIVITE Tel que mentionne au chapitre precedent, un cerveau en surdominance gauche conserve un affect plutot neutre, a tendance positive, bien que cet affect puisse, a titre exceptionnel, connaitre certains exces, tel Ie fou rire. II a ete egalement mentionne que, pour evacuer ses tensions, 1'hemisphere gauche opte pour une serie de gestes precis, organises dans Ie temps, qu'il reproduit tel un rituel. Un cerveau en surdominance droite, pour sa part, etait decrit comme alternant plutot entre deux modes d'emotions de nature plus excessive. Un premier mode de type depressif montre de l'inattention et une forte intolerance a toute frustration; un second de type euphorique amene de la desinhibition socioemotive et des reactions hysteriques de type confabulation et paranoIa. Le droit, pour evacuer ses tensions, preferait repeter un seul et meme geste, comme se bercer, jusqu'a ce qu'un apaisement survienne. Le peu de propension de l'hemisphere droit a s'organiser de maniere sequentielle est mis en evidence dans l'analyse des reves. Nous savons depuis peu (Valatx, 1994, p. 71) que, durant Ie reve,le corps calleux reste silencieux, de sorte que 1'imagerie onirique provient de l'un ou de l'autre hemisphere, et non d'une communication entre les deux. Le reve instaure en quelque sorte une commissurotomie temporaire durant Iaquelle Ies deux hemispheres fonctionnent separement. Lorsque nous revons, les mouvements faciaux tres Iegers observes mettent en evidence une predominance hemispherique droite (ibid.). Or, dans Ie reve, une des impressions dominantes est l'extreme difficulte a organiser les informations complexes en un ensemble articule, organise dans Ie temps. II existe d'autres situations induites par Ie processus cyclique du corps (processus dont Ie detail sera presente au chapitre 11) qui nous font operer, par moments, avec un hemisphere en nette dominance. Un exemple frappant est la respiration. Durant ce processus cyclique, nous respirons de maniere plus marquee pour une periode de temps donnee par une narine puis nous utilisons l'autre (Trocme-Fabre, 1994, p. 112). Une recherche realisee par Werntz, Bickford, Bloom et Shannahoff-Khalsa (1982) rapporte qu'il existe effectivement une relation controlaterale entre l'activite hemispherique telle que mesuree par l'electroencephalogramme (EEG) et la narine la plus active60 et que, par exemple, les valeurs EEG de l'hemisphere droit sont en correlation positive avec une activite accrue de la narine gauche, et vice-versa. Ces auteurs constatent encore que des sujets peuvent LA COMMUNICATION INTERHÉMISPHÉRIQUE 49 volontairement modifier leur dominance cérébrale par une altération de leur dominance nasale. Toujours sur le plan de la respiration, une recherche doctorale plus récente réalisée par Osowiec (1992) démontre qu'il existe une corrélationpositive entre des individus présentant de faibles traits reliés à l'anxiété et au stress et un cycle nasal qui alterne de manière régulée entre les deux hémisphères (dans Rossi, 1996, p. 171-173). T Au quotidien, bien qu'à notre insu, l'alternance de notre respiration se produit à toutes les 90 minutes61 . Nous reconnaissons de manière implicite cette alternance par ses effets sur nos pensées, lorsque, au moment précis où nous allons tomber endormis, nous nous tournons sur un côté, toujours le même. Implicite, puisque nous prenons conscience de ce côté préférentiel pour nous endormir que lorsqu'il nous est impossible, pour une raison ou une autre, d'adopter cette position et que notre endormissement s'en trouve affecté. Or, cette posture affecte notre respiration puisque la narine touchant l'oreiller respire de manière plus ténue, ce qui force la narine opposée à assumer la dominance respiratoire. Cette dominance éveille l'hémisphère controlatéral et ses affects, comme le soulignent deux exemplesfournis par des étudiantes à qui j'enseigne. M :Je me sentais curieuse de la suggestion faite en classe de m'endormir sur le côté opposé de celui qui m'est familier. Je me suis donc couchée sur mon côté droit plutôt que gauche. Pendant la nuit, je me retrouvais souvent revenue sur mon côtéhabituel, mais je me suis disciplinée à changer de côté. Le lendemain, jeme suis réveilléeen me sentant extrêmement positive. Je sentais une joie de vivre exagérée. N :Depuis le décès de ma mère, je n'arrive plus à m'endormir. Je tourne et retourne dans mon lit. Auparavant, je m'endormais sur le côté droit, mais dernièrement, je m'endors soit sur mon dos, soit sur le côté gauche. C'est absolument fascinant de voir que ce n'est qu'alors que je peux arrêter de penser et m'endormir. Moi qui pensais que c'était mon imagination. J'aiété étonnée d'entendre ce que vous aviez à dire sur la respiration et l'hémisphère activé. Pour déjouer nos affects, ilsuffit parfois d'alterner d'une surdominance à l'autre... CONCLUSION : POUR UNE SAINE COMMUNICATION Onpeut changer d'affect enmodifiant sarespiration... On peut changer la nature de ses rapports au monde en réalisant une communication interhémisphérique. Nulle fonction mentale présentant une certaine complexité, qu'elle soit cognitive ou affective, ne peut se faire sans un travail de mobilisation interhémisphérique organisé de manière tantôt séquentielle (par exemple, décoder d'abord, prononcer ensuite), tantôt simultanée (par exemple, travail de négociation entre les deux hémisphères pour savoir prononcer le mot « convient »). Sergent (1995, p. 157) ajoute : C'est donc à travers la décomposition d'une fonction donnée en ses composantes opératoires, fournissant ainsi un cadre de référence spécifiant la nature, lesbuts, Tordre logique et lesrelations interactives des étapes processuellesàêtreréaliséespourune fonction donnée, qu'une meilleure particularisation de l'organisation fonctionnelle du cortex peut être réalisée. La relation entre cerveau et comportement peut être conçue comme une entreprise qui vise à cartographier un ensemble fractionné d'opérationsmentales interconnectées sous-jacentes aux fonctions cognitives et leurs structures cérébrales correspondantes. (Traduction libre) volontairement modifier leur dominance cerebrale par une alteration de leur dominance nasale. Toujours sur Ie plan de la respiration, une recherche doctorale plus recente realisee par Osowiec (1992) demontre qu'il existe une correlation positive entre des individus presentant de faibles traits relies a l'anxiete et au stress et un cycle nasal qui alterne de maniere regulee entre les deux hemispheres (dans Rossi, 1996, p. 171-173). '[ Au quotidien, bien qu'a notre insu, l'alternance de notre respiration se produit a toutes les 90 minutes61 • Nous reconnaissons de maniere implicite cette alternance par ses effets sur nos pensees, lorsque, au moment precis ou nous allons tomber endormis, nous nous tournons sur un cote, toujours Ie meme. Implicite, puisque nous prenons conscience de ce cOte preferentiel pour nous endormir que lorsqu'il nous est impossible, pour une raison ou une autre, d'adopter cette position et que notre endormissement s'en trouve affecte. Or, cette posture affecte notre respiration puisque la narine touchant l'oreiller respire de maniere plus tenue, ce qui force la narine opposee a assumer la dominance respiratoire. Cette dominance eveille l'hemisphere controlateral et ses affects, comme Ie soulignent deux exemples fournis par des etudiantes a qui j'enseigne. M : Je me sentais curieuse de la suggestion faite en classe de m'endormir sur Ie cote oppose de celui qui m'est familier. Je me suis donc couchee sur mon cOte droit plutot que gauche. Pendant la nuit, je me retrouvais souvent revenue sur mon cote habituel, mais je me suis disciplinee a changer de cote. Le lendemain, je me suis reveillee en me sentant extremement positive. Je sentais une joie de vivre exageree. N : Depuis Ie deces de rna mere, je n'arrive plus a m'endormir. Je tourne et retourne dans mon lit. Auparavant, je m'endormais sur Ie cote droit, mais dernierement, je m'endors soit sur mon dos, soit sur Ie cote gauche. LA COMMUNICATION INTERHEMISPHERIQUE 49 C'est absolument fascinant de voir que ce n'est qu'alors que je peux arreter de penser et m'endormir. Moi qui pensais que c'etait mon imagination. J'ai ete etonnee d'entendre ce que vous aviez a dire sur la respiration et l'hemisphere active. Pour dejouer nos affects, il suffit parfois d'alterner d'une surdominance a l'autre... CONCLUSION: POUR UNE SAINE COMMUNICATION Onpeutchanger d'affectenmodifiantsa respiration... On peut changer la nature de ses rapports au monde en realisant une communication interhemispherique. Nulle fonction mentale presentant une certaine complexite, qu'elle soit cognitive ou affective, ne peut se faire sans un travail de mobilisation interhemispherique organise de maniere tantot sequentielle (par exemple, decoder d'abord, prononcer ensuite), tantot simultanee (par exemple, travail de negociation entre les deux hemispheres pour savoir prononcer Ie mot « convient »). Sergent (1995, p. 157) ajoute : C'est donc a travers la decomposition d'une fonction donnee en ses composantes operatoires, fournissant ainsi un cadre de reference specifiant la nature, les buts, l'ordre logique et les relations interactives des etapes processuelles aetre realisees pour une fonction donnee, qu'une meilleure particularisation de l'organisation fonctionnelle du cortex peut etre realisee. La relation entre cerveau et comportement peut etre con<;ue comme une entreprise qui vise acartographier un ensemble fractionne d'operations mentales interconnectees sous-jacentes aux fonctions cognitives et leurs structures cerebrales correspondantes. (Traduction libre) 50 LE CERVEAU NOMADE Ce travail de coopération représente, en fait, la règle et non l'exception (Delacour, 2001; laccino, 1993, p. 127,136). À titre d'exemple, lorsque mon beau-frère revoitsonneveu après quelquessemaines, il perçoit un changement qui le fait s'exclamer :« Ah ! tu as encore grandi », tout aussitôt suivi par : « Ah non ! ce sont tes cheveux qui ont poussé. » En termes interhémisphériques, sa correction spontanée vient sans doute du fait que son cerveau gauche perçoit une différence, qu'il interprète aussitôt comme un changement de taille qu'il corrige suite à sa communication avec le droit qui perçoit ce qui reste pareil. Qu'il soit question de cognition ou d'affect, chaque hémisphère collaborelors de la réalisation de tâches complexes, se plaçant à l'avant-plan pour celles où il excelle, pendant que l'autre hémisphère n'en continue pas moins à exercer, en arrière-plan, une influence. Dans cette première partie, nous avons établi l'importance d'une coactivation différenciée entre les deux hémisphères. A maintes reprises, nous avons indiqué le rôle spécifique de certaines aires dans chaque hémisphère. Dans la deuxième partie, examinerons en détail ces aires et leurs fonctions. Nous quittons ainsi l'axe gauche-droit pour nous déplacer sur l'axe avant-arrière. NOTES 53 Voir l'annexe 1pour plus d'information. 54 Cet exemple m'a été gracieusement fourni par une étudiante inscrite à la Faculté d'éducation. 55 Ces aires sont décrites dans l'introduction de la deuxième partie de cet ouvrage. 56 Le corps calleuxne présentant aucun corps cellulaireni synapse est strictement une aire de transit d'information. On ne dispose, pour le moment, d'aucune preuve nous permettant de croire qu'il peut être responsable de quelque modification que ce soit de l'activitécérébrale incluant la distribution, l'inhibition ou l'activation de régions corticales (Marc Therrien, neurologue, communication inédite). 57 Terme servant à désigner des personnes aux prises avec des troubles graves d'écriture, lesquels sont généralement dus à des lésions cérébrales. 58 Termesignifiant que cesélèves éprouvent des difficultés analogues avec le geste de lire. 59 Sivous portez des lentilles ou des lunettes, il vous faut évidemment les garder. 60 Pour identifier quelle narine est activée davantage, placez un miroir sous votre nez et expirez. Vous constaterez que la buée ainsi formée est de dimension différente ; la plus grande, en l'absence de toute occlusion partielle de vos narines, évidemment, atteste que votre hémisphère controlatéral est, à ce moment, plus actif. Vous pouvez profiter de cette vérification pour noter quel genre d'émotion vous éprouvez. 61 Nous reprendrons plus en détail la composantecyclique au chapitre 11. 50 LE CERVEAU NOMADE Ce travail de cooperation represente, en fait, la regIe et non l'exception (Delacour, 2001; laceino, 1993, p. 127, 136). A titre d'exemple, lorsque mon beau-frere revoit son neveu apres quelques semaines, il pen;oit un changement qui Ie fait s'exclamer :« Ah ! tu as encore grandi », tout aussitot suivi par: « Ah non! ce sont tes cheveux qui ont pousse. » En termes interhemispheriques, sa correction spontanee vient sans doute du fait que son cerveau gauche per<;oit une difference, qu'il interprete aussitot comme un changement de taille qu'il corrige suite asa communication avec Ie droit qui per<;oit ce qui reste pareil. Qu'il soit question de cognition ou d'affect, chaque NOTES hemisphere collabore lors de la realisation de taches complexes, se pla<;ant al'avant-plan pour celles ou il excelle, pendant que l'autre hemisphere n'en continue pas moins aexercer, en arriere-plan, une influence. Dans cette premiere partie, nous avons etabli l'importance d'une coactivation differenciee entre les deux hemispheres. A maintes reprises, nous avons indique Ie role specifique de certaines aires dans chaque hemisphere. Dans la deuxieme partie, examinerons en detail ces aires et leurs fonctions. Nous quittons ainsi l'axe gauche-droit pour nous deplacer sur l'axe avant-arriere. 53 54 55 56 57 Voir l'annexe 1 pour plus d'information. Cet exemple m'a ete. gracieusement fourni par une etudiante inscrite ala Faculte d'education. Ces aires sont decrites dans l'introduction de la deuxieme partie de cet ouvrage. Le corps calleux ne presentant aucun corps cellulaire ni synapse est strictementune aire de transit d'information. On ne dispose, pour Ie moment, d'aucune preuve nous permettant de croire qu'il peut etre responsable de quelque modification que ce soit de l'activite cerebrale incIuant la distribution, l'inhibition ou l'activation de regions corticales (Marc Therrien, neurologue, communication inedite). Terme servant adesigner des personnes aux prises avec des troubles graves d'ecriture, lesquels sont generalement dus ades lesions cerebrales. 58 59 60 61 Terme signifiant que ces eleves eprouvent des difficultes analogues avec Ie geste de lire. Si vous portez des lentilles ou des lunettes, il vous faut evidemment les garder. Pour identifier quelle narine est activee davantage, placez un miroir sous votre nez et expirez. Vous constaterez que la buee ainsi formee est de dimension differente; la plus grande, en l'absence de toute occlusion partielle de vos narines, evidemment, atteste que votre hemisphere controlateral est, ace moment, plus actif. Vous pouvez profiter de cette verification pour noter quel genre d'emotion vous eprouvez. Nous reprendrons plus en detailla composante cyclique au chapitre 11. ...

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