Pour saluer le tiers monde
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632 Pour saluer le tiers monde à Léopold Sedar Senghor          Ah ! mon demi-sommeil d’île si trouble sur la mer ! Et voici de tous les points du péril l’histoire qui me fait le signe que j’attendais, Je vois pousser des nations. Vertes et rouges, je vous salue, bannières, gorges du vent ancien, Mali, Guinée, Ghana et je vous vois, hommes, point maladroits sous ce soleil nouveau ! Écoutez :   de mon île lointaine   de mon île veilleuse je vous dis Hoo !   Et vos voix me répondent   et ce qu’elles disent signifie :« Il y fait clair ». Et c’est vrai : même à travers orage et nuit pour nous il y fait clair. D’ici je vois Kiwu vers Tanganika descendre par l’escalier d’argent de la Ruzizi (c’est la grande fille à chaque pas baignant la nuit d’un frisson de cheveux) d’ici, je vois noués Bénoué, Logone et Tchad ; liés, Sénégal et Niger. Rugir, silence et nuit rugir, d’ici j’entends rugir le Nyaragongo. De la haine, oui, ou le ban ou la barre et l’arroi qui grunnit, mais 633 To Salute the Third World for Léopold Sedar Senghor          Ah! my island half-sleep so troubled on the sea! And behold of all the points of peril history makes the sign I was awaiting, I see nations grow. Green and red, I salute you, banners, throats of ancient wind, Mali, Guinea, Ghana and I see you, men, not at all awkward under this new sun! Listen:   from my remote island   from my watchful island I cry Hoo to you!   And your voices answer me   and what they say means: “It’s a bright day.” And that is true: even through storm and night for us it is bright. From here I see Kivu descending toward Tanganyika along Ruzizi’s silver stairway (she is the tall girl with each step bathing the night with a shiver of hair) from here, I see knotted Benue, Logone and Chad; bound, Senegal and Niger. Roaring, silence and night roaring, from here I listen to the Nyiragongo roar. Hatred, yes, either the ban or the tiller and the grumbling crew, but 634 d’un roide vent, nous contus, j’ai vu décroître la gueule négrière ! Je vois l’Afrique multiple et une verticale dans la tumultueuse péripétie avec ses bourrelets, ses nodules, un peu à part, mais à portée du siècle, comme un cœur de réserve. Et je redis : Hoo mère !      et je lève ma force     inclinant ma face.       Oh ma terre  ! que je me l’émiette doucement entre pouce et index que je m’en frotte la poitrine, le bras, le bras gauche, que je m’en caresse le bras droit. Hoo ma terre est bonne,   ta voix aussi est bonne   avec cet apaisement que donne   un lever de soleil ! Terre, forge et silo. Terre enseignant nos routes, c’est ici, qu’une vérité s’avise, taisant l’oripeau du vieil éclat cruel. Vois :   l’Afrique n’est plus   au diamant du malheur     un noir cœur qui se strie ; notre Afrique est une main hors du ceste, c’est une main droite, la paume devant et les doigts bien serrés ; c’est une main tuméfiée, une-blessée-main-ouverte, tendue,   brunes, jaunes, blanches, à toutes mains, à toutes les mains blessées du monde. 635 once bruised by a stiff wind, I saw the slave master’s mug recede! I see Africa multiple and one vertical in the tumultuous peripeteia with her folds of fat, her nodules, slightly to the side, but within reach of the century, like a heart in reserve. And I cry again: Hoo mother!      and I raise my strength     lowering my head.       Oh my earth! let me crumble it tenderly between thumb and forefinger let me rub my chest with it, my arm, my left arm, let me caress my right arm with it. Hoo my earth is good,   your voice is good too   with that soothing that comes   from a rising sun! Earth, forge and silo. Earth showing us our paths, it is here that a truth is perceived, quieting the flashing rags of the cruel old display. Look:   Africa is no longer   a black heart striated     by the diamond of misfortune; our Africa is a hand free from the cestus, it is a just hand, palm forward and...



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