Aux écluses du vide
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434 Aux écluses du vide Au premier plan et fuite longitudinale un ruisseau desséché sommeilleux rouleur de galets d’obsidiennes. Au fond une point quiète architecture de burgs démantelés de montagnes érodées sur le fantôme deviné desquels naissent serpents chariots œil de chat des constellations alarmantes. C’est un étrange gâteau de lucioles lancé contre la face grise du temps, un grand ébouli de tessons d’icones et de blasons de poux dans la barbe de Saturne. À droite très curieusement debout à la paroi squameuse de papillons crucifiés ailes ouvertes dans la gloire une gigantesque bouteille dont le goulot d’or très long boit dans les nuages une goutte de sang. Pour ma part je n’ai plus soif. Il m’est doux de penser le monde défait comme un vieux matelas à coprah comme un vieux collier vaudou comme le parfum du pécari abattu. Je n’ai plus soif. Toutes les têtes m’appartiennent. Il est doux d’être doux comme un agneau. Il est doux d’ouvrir les grandes vannes de la douceur :      par le ciel ébranlé      par les étoiles éclatées      par le silence tutélaire       de très loin d’outre moi je viens vers toi      femme surgie d’un bel aubier       et tes yeux blessures mal fermées      sur ta pudeur d’être née C’est moi qui chante d’une voix prise encore dans le balbutiement des éléments . Il est doux d’être un morceau de bois un bouchon une goutte d’eau dans les eaux torrentielles de la fin et du recommencement. Il est doux de s’assoupir au cœur brisé des choses. Je n’ai plus aucune espèce de soif. Mon épée faite d’un sourire de dents de requin devient terriblement inutile. Ma masse d’armes est très visiblement hors de saison et hors de jeu. La pluie tombe. C’est un croisement de gravats, c’est un écheveau de fer pour ciment armé, c’est un incroyable arrimage de l’invisible par des liens de toute qualité, c’est une ramure de syphilis, c’est le diagramme d’une saoulerie à l’eau-de-vie, c’est la représentation graphique d’une marée séismique, c’est un complot de cuscutes, c’est la tête du cauchemar fichée sur la pointe de lance d’une foule en délire de paix et de pain. J’avance jusqu’à la région des lacs bleus. J’avance jusqu’à la région des solfatares j’avance jusqu’à ma bouche cratériforme vers laquelle ai-je assez peiné  ? Qu’ai-je à jeter ? Tout ma foi tout. Je suis tout nu. J’ai tout jeté. Ma généalogie. 435 At the Locks of the Void In the foreground and in longitudinal flight a dried-up brook drowsy roller of obsidian pebbles. In the background a decidedly not calm architecture of torn down burgs of eroded mountains on whose glimpsed phantom serpents chariots a cat’s-eye and alarming constellations are born. It is a strange firefly cake hurled into the gray face of time, a vast scree of shards of icons and of blazons of lice in the beard of Saturn. On the right very curiously standing against the squamous wall of crucified butterfly wings open in majesty a gigantic bottle whose very long golden neck drinks a drop of blood in the clouds. As for me I am no longer thirsty. It gives me pleasure to think of the world undone like an old copra mattress like an old Vodou necklace like the perfume of a felled peccary. I am no longer thirsty. All heads belong to me. It is sweet to be gentle as a lamb. It is sweet to open the great sluice gates of gentleness:      through the staggered sky      through the exploded stars      through the tutelary silence       from very far beyond myself I come toward you       woman sprung from a beautiful laburnum       and your eyes wounds barely closed       on your modesty at being born It is I who sing with a voice still caught up in the babbling of elements. It is sweet to be a piece of wood a cork a drop of water in the torrential waters of the end and of the new beginning. It is sweet to doze off in the shattered heart of things. I no longer have any sort of thirst. My sword made...



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