La pluie
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320 La pluie Après que j’eus par le fer par le feu par la cendre visité les lieux les plus célèbres de l’histoire après que j’eus par la cendre le feu la terre et les astres courtisé de mes ongles de chien sauvage et de ventouse le champ autoritaire des protoplasmes Je me trouvai comme à l’accoutumée du temps jadis au milieu d’une usine de nœuds de vipère dans un gange de cactus dans une élaboration de pèlerinages d’épines – et comme à l’accoutumée j’étais salivé de membres et de langues nés mille ans avant la terre – et comme à l’accoutumée je fis ma prière matinale celle qui me préserve du mauvais œil et que j’adresse à la pluie sous la couleur aztèque de son nom Pluie qui si gentiment laves l’académique vagin de la terre d’une injection perverse Pluie toute puissante qui fais sauter le doigt des roches sur le billot Pluie qui gaves une armée de vers comme n’en saurait nourrir une forêt de mûriers Pluie stratège génial qui pousses sur la glace de l’air ton armée de zigzags de berges innombrables qui ne peut pas ne pas surprendre l’ennui le mieux gardé Pluie ruche de guêpes beau lait dont nous sommes les porcelets Pluie je vois tes cheveux qui sont une explosion continue d’un feu d’artifice de hura-crépitans tes cheveux de fausses nouvelles aussitôt démenties Pluie qui dans tes plus répréhensibles débordements n’as garde d’oublier que les jeunes filles du Chiriqui tirent soudain de leur corsage de nuit une lampe faite de lucioles émouvantes Pluie inflexible qui ponds des œufs dont les larves sont si fières que rien ne peut les obliger à passer à la poupe du soleil et de le saluer comme un amiral Pluie qui es l’éventail de poisson frais derrière lequel se cachent les races courtoises pour voir passer la victoire aux pieds sales Salut à toi pluie reine au fond de l’éternel déesse dont les mains sont multiples et dont le destin est unique toi sperme toi cervelle toi fluide Pluie capable de tout sauf de laver le sang qui coule sur les doigts des assassins des peuples surpris sous les hautes futaies de l’innocence 321 Rain After I had by iron by fire by ash visited the most celebrated places in history after I had by ash fire earth and stars courted with my wild dog and leech-like claws the authoritarian field of protoplasms I found myself as usual in the old days in the middle of a factory of vipers’ knots in a ganges of cacti in an elaboration of thorny pilgrimages—and as usual I was salivated by limbs and tongues born a thousand years before the earth—and as usual I made my morning prayer the one that protects me from the evil eye and that I address to the rain under the aztec color of its name Rain who so gently washes a perverse injection from the earth’s academic vagina All-powerful rain who on the chopping block makes the fingers of the rocks leap Rain who force-feeds an army of worms no mulberry forest could nourish Rain inspired strategist who pushes across the mirror of the air your zigzag army of numberless riverbanks that cannot not surprise the best-kept boredom Rain wasp nest beautiful milk whose piglets we are Rain I see your hair which is a perpetual explosion of sandbox tree fireworks your hair of misinformation promptly denied Rain who in your most reprehensible excesses takes care not to forget that Chiriqui maidens pull suddenly from their night corsage a lamp of thrilling fireflies Inflexible rain who lays eggs whose larvae are so proud that nothing can make them mount the stern of the sun and salute it like an admiral Rain who is the array of fresh fish behind which urbane races hide to watch victory with its dirty feet pass by Greetings to you queen rain in the depths of the eternal goddess whose hands are multiple and whose destiny is unique thou sperm thou brain thou fluid Rain capable of everything except washing away the blood that flows on the fingers of the murderers of entire peoples surprised beneath the soaring forests...



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