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PRÉFACE C’EST AVEC BEAUCOUP D’INTÉRÊT QUE J’AI PARCOURU cet ouvrage. D’abord, parce qu’un des auteurs a été mon complice dans le domaine des études des migrations depuis plus d’une quarantaine d’années. Ensuite, parce que les résultats confirment un vieil adage qui dit « plus ça change, plus c’est la même chose». En effet, les résultats montrent que la migration entre la Côte d’Ivoire et la Haute-Volta au cours de ces 100 ans est restée circulaire même si le nom du pays d’origine change une première fois,de Haute-Volta à Haute–Côte d’Ivoire, et une deuxième fois, de Haute-Volta à Burkina Faso, et que les volumes, les politiques migratoires, les facteurs explicatifs, les stratégies des individus, des ménages, des communautés, le genre et les durées de séjour se sont transformés tout au long de ces 100 ans. Cet ouvrage est d’intérêt aussi parce qu’il confirme, plus de 30 ans plus tard, certaines des hypothèses esquissées dans un de nos écrits de 1980 intitulé Les migrations voltaïques : importance et ambivalence de la migration voltaïque (Coulibaly, Gregory et Piché,1980a) où nous affirmions déjà très clairement que «la migration est le résultat de forces socioéconomiques qui s’imbriquent dans un système de relations économiques ENTRE LE MIL ET LE FRANC Préface V régionales, nationales et internationales» (p. 97). Un autre constat qui ressort clairement de ce livre est le fait que la motivation profonde du mouvement des Burkinabè reste la même, quels que soient les changements politiques et économiques qui existent, soit la recherche du bien-être. Victor Piché, Joel Gregory et Dennis Cordell l’avaient bien compris en esquissant ce postulat dans leur ouvrage, publié en 1996, Hoe and Wage: A Social History of a Circular Migration System in West Africa. Cette vision se retrouve dans le présent ouvrage qui révise en partie ce qui a été dit dans les années 1990. Mais le point important à noter est, et je cite: «Au-delà de la houe ne veut pas dire au-delà de la pauvreté.» Enfin, un autre constat est le rôle important de l’histoire, aussi bien nationale qu’individuelle, dans le mouvement migratoire et l’influence de ces deux éléments sur les stratégies migratoires développées aussi bien par les ménages, les communautés que les gouvernements. En effet, au-delà des théories migratoires, des différentes politiques économiques et migratoires, des tentatives d’intégration régionale et surtout des plans de développement, appropriés ou imposés, on constate que tout cela n’a pas apporté de soulagement aux maux des milliers de Voltaïques/Burkinabè qui ont sillonné, sillonnent et sillonneront encore longtemps les sentiers et routes du Burkina vers la ville ou la Côte d’Ivoire ou d’autres pays, mirages lointains qui, pour plusieurs, devraient leur permettre d’éradiquer pour de bon leur plus grand mal, la pauvreté. Les données de l’enquête de 2000 semblent au contraire montrer que cette éradication de la pauvreté au Burkina Faso n’est pas pour demain, car les politiques de développement conçues dans les bureaux climatisés de Ouagadougou ou ailleurs dans le monde pour le Burkina, par les élites urbaines de la dia­ spora, n’ont pas pour priorité le bien-être de la masse en général, mais celui d’un groupe sélect et restreint de la population dont le leitmotiv est «moi et ma famille d’abord». Certes, les miettes du développement, récoltées ici et là par quelques migrants «chanceux», donneront l’illusion que la migration est bénéfique pour le migrant, sa famille, voire la nation entière, et qu’elle permet même l’ascension sociale de certains. Pourtant, même la rentabilisation des fonds de la migration transférés au Burkina sert si peu et si mal.Le système est fait de telle sorte que cet argent gagné durement se retrouve à favoriser encore les privilégiés et non pas la frange pauvre des zones rurales ou urbaines. Comme le disait mon oncle, dans un grand éclat de rire, quand on lui a demandé en 1974 pourquoi les villageois migraient: «Faites pleuvoir la...

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Additional Information

ISBN
9782760543041
MARC Record
OCLC
933515978
Pages
406
Launched on MUSE
2016-01-01
Language
French
Open Access
No
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