restricted access Le roman anglais contemporain. Together with the unpublished original: The Contemporary Novel
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[ 83 Le roman anglais contemporain La Nouvelle Revue française, 28 (1 May 1927) [669]-75 Dans son petit livre sur Hawthorne, publié il y a bien des années, Henry James écrit ces lignes significatives :« Le charme (des œuvres les moins importantes de Hawthorne) vient de ce qu’elles nous font entrevoir un grand espace, le mystère complet et profond de l’âme et de la conscience de l’homme. Elles sont morales et leur intérêt est moral ; elles vont plus loin que les simples accidents et conventions, que les événements superficiels de la vie. Ce qui est beau chez Hawthorne c’est son goût pour la psychologie plus profonde et son effort, à sa manière, pour se familiariser avec elle. » L’intérêt de ce passage réside dans sa double application : il est vrai en ce qui concerne Hawthorne, il est vrai ou plus vrai encore en ce qui concerne James lui-même. « Elles sont morales et leur intérêt est moral », cela est vrai de la longue série de romans et de nouvelles de James, une série de romans et de nouvelles qui tomba, naturellement, exactement sur les générations les moins qualifiées pour apprécier « l’intérêt moral ». Notez l’expression de « psychologie plus profonde ». Le livre de James sur Hawthorne fut publiéen1879.«Psychologie»n’avaitpasencorelesensqu’ilaaujourd’hui, où, s’il l’avait déjà, James n’en avait pas connaissance. On ne pourrait à présent user de cette expression sans l’entourer de tout un commentaire pour l’exposer et la défendre. Mais on a l’impression qu’elle est juste, et que nos romanciers contemporains, sous l’influence de la psychologie moins profonde dont à présent nous sommes tous affligés, ont passé à côté de la psychologie plus profonde qui était l’objet de Henry James. C’est la recherche d’un principe d’unité parmi l’embarrassante diversit é des sujets et des formes du roman contemporain en Angleterre et en Amérique qui me ramène à Henry James. La conclusion n’est certes pas réjouissante, car l’unité – ou plutôt l’unanimité – je ne la trouve que dans le fait que tous ces romans sont dépourvus de ce que James me paraît si émi­ nemment posséder : « la préoccupation morale ». Et comme je crois que cette « préoccupation morale » est en train de s’implanter de plus en plus dans l’esprit de ceux qui savent penser et sentir, la conclusion quelque peu 1927 84 ] extrême s’impose à moi que le roman anglais contemporain est en retard. La production des romans en Angleterre est aujourd’hui à vrai dire consid érable ; je n’en ai lu qu’un petit nombre ; mais il me semble que les noms que je puis citer comptent parmi les plus hautement estimés. Je sais aussi que mon opinion sur Henry James me met en conflit avec une autorité aussi distinguée que M. Abel Chevalley. Si M. Chevalley était seul de son avis, je trouverais fort téméraire de le contredire. Outre que M. Chevalley est aussi bien informé que n’importe quel critique anglais, il a fait preuve à mainte reprise d’une grande connaissance de la langue et de lalittératuremodernes,etd’unjugementpénétrant;onpeutdoncs’attendre à ce que son raisonnement à partir d’un point de vue nouveau le rende redoutable . Mais il se trouve que dans le cas présent l’opinion de M. Chevalley coïncideaveccelledelaplupartdescritiquesanglaisetaméricainsdeHenry James, en sorte qu’aucune de ses objections ne me prend au dépourvu. Il appartiendrait à un esprit mieux entraîné et plus spécialisé que le mien de dégager l’influence de la psycho-analyse sur la littérature et la vie depuis environ trente ans. Cette influence est sans doute à la fois plus grande et plus éphémère que nous ne pensons. Il faudrait la distinguer de l’influence de Dostoïevsky ; ou plutôt il faudrait reconstruire hypothétiquement ce que l’influence de Dostoïevsky aurait pu être si l’un des aspects de son œuvre n’avait été extraordinairement accusé par la coïncidence de sa vogue enEuropeoccidentaleavecl’ascensiondeFreud.Toutcequejedésireaffirmer, c’est que presque tous les romans contemporains que je connais sont, soit directement inspirés par une étude de psycho-analyse, soit influencés par l’atmosphère qu’a créée la psycho...


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