Rencontre
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[ 585 Rencontre La Nouvelle Revue française, 24 (1 Apr 1925) [657]-581 C’est en 1911 que je rencontrai Jacques Rivière, pour la première fois. Son beau-frère, le regretté Alain-Fournier, m’avait conduit chez lui afin de lui demander conseil au sujet d’un travail de quelque envergure que je désirais présenter à l’Université. Étudiant, très jeune et gauche, je n’étais pas sans éprouver quelque gêne en présence du secrétaire de la Nouvelle Revue Française. De cet entretien au cours duquel j’obtins tous les renseignements et tous les conseils que je désirais, – mais dont, hélas, je n’ai jamais pu faire usage – j’ai gardé une impression fort semblable à celle que je ressentis dix ans plus tard, la seconde fois que je revis Jacques Rivière. Je me rappelle une silhouette fragile, une personnalité charmante et gracieuse, un esprit si alerte et si enthousiaste que déjà alors il semblait presque une menace pour le corps délicat qui l’abritait. « Je suis en train de préparer un grand article sur Gide », dit-il. Il s’agissait de l’essai qui fut publié plus tard dans Études. Lorsque je revis ensuite Rivière, en 1921, son esprit était resté le même, ses manières aussi ; mais le corps semblait plus fragile encore, et il l’était en effet. Il est difficile à un étranger de dire sur la personnalité et sur les œuvres de Rivière des choses qui n’aient pas été dites par des hommes plus compétents ou qui l’ont connu de plus près. Mais au moment où Rivière se mourait, je parcourais le manuscrit de cette brillante série de conférences écrites sur l’œuvre de Proust, que lui et Ramon Fernandez avaient faites en Suisse, et que nous espérions les voir faire prochainement en Angleterre. C’en est fait de cet espoir, mais me voyant ainsi forcé d’abandonner ce projet, le désir que j’avais de voir les milieux littéraires en Angleterre se familiariser avec la méthode critique employée par Rivière, n’en est que plus vif. Son essai sur l’emploi des théories de Freud en littérature, paru dans le Criterion, a frappé l’attention du public anglais. Mais je pense aux Études, et plus encore à cet article remarquable publié l’année dernière par la Nouvelle Revue Française sur la Crise du Concept de Littérature, ainsi qu’à ses conférences. Les œuvres de jeunesse de Rivière me semblent témoigner d’un enthousiasme parfois un peu trop partial, d’un trop grand besoin de théorie (mais je m’exprime ici en faisant les plus grandes réserves). Dans ses dernières œuvres, par 1925 586 ] contre,onsentunespritpluslargeetplustolérant;ellesallientàlasouplesse et à la finesse une précision sans rigidité. Pour un esprit comme le mien, trop disposé à mesurer toutes choses selon les règles d’une conception dogmatique qui tendrait de plus en plus à devenir rigide et formelle, la méthode critique employée par Rivière est une excellente discipline. Et en Angleterre où la critique littéraire tend, ou bien à s’adoucir en une aimable indulgence , ou bien à se durcir en une rigide théorie, la pénétration et la modération d’un esprit comme celui de Rivière, seraient d’un exemple des plus salutaires. Son admirable définition du rôle et de la fonction de la littérature devrait devenir pour chacun de nous un objet de méditation. T. S. Eliot Translation: Encounter It was in 1911 that I met Jacques Rivière for the first time.2 His brother-inlaw , the late Alain-Fournier, had taken me to his house in order to ask his advice on an ambitious project that I wanted to present at the University.3 Still a student, very young and awkward, I was not without some embarrassment in the presence of the subeditor of the Nouvelle Revue française. From this interview, during the course of which I obtained all the information and advice I had hoped for –but which, alas, I was never able to put to use – I kept an impression very similar to the one I felt ten years later, the second time I saw Jacques Rivière. I recall a fragile figure, a charming and gracious personality, a mind so...


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