Abstract

Résumé:

L’analyse des positions adoptées par le Congrès juif canadien sur les enjeux touchant la répression des libertés civiles et les entorses aux droits des minorités religieuses non catholiques au Québec dans la décennie suivant la Deuxième Guerre mondiale apporte un éclairage nouveau à notre compréhension de la place qu’occupent les représentants de la communauté juive dans le mouvement social des droits humains au Canada. Le CJC – principal porte-parole de cette communauté – est en effet demeuré en marge du mouvement de contestation du régime duplessiste, en refusant de condamner la loi du cadenas et en soutenant la répression des Témoins de Jéhovah et d’autres minorités religieuses considérées comme « séditieuses » ou « subversives ». Les controverses suscitées par ces positions montrent les clivages idéologiques, régionaux et de classe qui traversent la communauté juive et la « communauté des droits humains » dans l’après-guerre. Elles exposent les tensions qui existent au sein même du CJC, entre les dirigeants de l’Ontario et de l’Ouest canadien et leurs homologues du Québec, confrontés plus directement au contexte répressif de la « grande noirceur » et au schéma des relations inter-confessionnelles dans cette province majoritairement catholique. Du point de vue théorique, cette étude montre que les droits humains sont une catégorie discursive mouvante qui peut être mobilisée de manière différenciée selon les militants, en fonction de leurs idéologies, de leurs identités, de leurs intérêts et du contexte local dans lequel ils évoluent.

Abstract:

The analysis of the positions taken by Canadian Jewish Congress on the issues affecting the repression of civil liberties and the infringement of the rights of religious non-Catholic minorities in Quebec in the decade following the Second World War shed new light on our understanding of the place held by representatives of the Jewish community in the social human rights movement in Canada. The CJC – the main voice of the community – in fact remained on the fringe of the movement protesting the Duplessis regime, refusing to condemn the Padlock Act and supporting the repression of the Jehovah’s Witnesses and other religious minorities considered to be “seditious” or “subversive.” The controversies that ensued due to these positions demonstrate the ideological, regional, and class divisions the Jewish community and the “human rights community” were undergoing in the postwar period. They expose the tensions that existed within the CJC, between the leaders from Ontario and the Canadian West and their counterparts in Quebec, confronted more directly with the repressive “great darkness” and the pattern of inter-faith relations in this mainly Catholic province. On a theoretical level, this study demonstrates that human rights are a fluid discursive category that may be mobilized differently according to activists, based on their ideologies, their identities, their interests, and the local context in which they operate.

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