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  • Les aventures de Marie Anne Françoise von Hohenzollern, Comtesse d'Isembourg
  • Jolene Vos-Camy (bio)

Au XVIIe siècle le voyage faisait partie de la vie de nombreuses dames de la haute noblesse. Selon Dorothea Nolde, « disposant d'un vaste réseau de parenté, les femmes de la haute noblesse voyageaient par obligation familiale, mais elles profitaient aussi de ces réseaux pour pouvoir voyager » (62). Cependant, la plupart des études modernes sur les « récits de voyage » de femmes commencent à partir du XVIIIe siècle, et se limitent à ce que Nicolas Bourguinat appelle des « catégories usuelles (voyage de formation, d'études, de loisir) » (11). Nolde attribue ce manque d'études à plusieurs facteurs. D'abord, les voyages de femmes étaient plutôt racontés dans leurs correspondances ou encore leurs mémoires que dans des « récits de voyage ». Ensuite leurs voyages n'étaient pas toujours perçus comme des événements singuliers mais se caractérisaient souvent par des déplacements entrecoupés et répétitifs1. Et finalement, les voyages de ces femmes étaient généralement considérés comme de simples « affaires de famille ». En effet, elles voyageaient avec leur époux ou avec son accord. Dans les cas contraires ces voyages faisaient souvent scandale2.

Dans notre présent essai, nous nous pencherons sur le sort d'une autre grande dame, la princesse allemande Marie Anne Françoise von Hohenzollern. Devenue comtesse d'Isembourg en 1630 à l'âge de seize ans, elle a scandalisé son entourage quand, trois ans après son mariage, elle a quitté son mari le comte d'Isembourg avec l'aide de son page et du frère aîné de celui-ci, [End Page 61] l'écuyer Massauve, pour se réfugier en France. Arrivée d'abord à Paris, la comtesse a ensuite décidé de s'installer à Albi. Après quelques années passées dans une maison dans la campagne albigeoise, elle est enfin entrée au couvent de la Visitation. La réputation de la comtesse, et, par extension, celle de son mari le comte, sont les enjeux de cette histoire qui a fasciné la haute société au XVIIe siècle3. S'agissait-il d'une histoire galante entre la jeune comtesse et l'écuyer français, avec lequel un vieux comte allemand ne pouvait rivaliser ? Ou la comtesse a-t-elle quitté son mari de crainte qu'il ne l'empoisonne, un stratagème qu'il avait peut-être employé pour se défaire de sa première femme ? Ces questions sont au cœur des témoignages qui nous sont parvenus du XVIIe siècle, les plus connus étant les Historiettes de Tallemant de Réaux, composées entre 1657 et 1659 et publiées à titre posthume en 1834-1835, et un roman historique de l'écrivaine albigeoise, Antoinette de Salvan de Saliès, La comtesse d'Isembourg, publié en 1678. Plus récemment, Auguste Vidal a publié, en 1914, une « convention entre Massauve et Zolleren » qui date de juin 1641 et qui détaille l'accord entre la comtesse et l'écuyer en ce qui concernait la maison et la métairie qu'elle avait achetées et qu'elle lui laissait au moment de son entrée au monastère de la Visitation (Vidal, « Documents inédits » 29). Finalement, Maurice Cauchie a publié, en 1954, une lettre datant de mai 1641 où la comtesse demandait au Cardinal Richelieu de l'aider à entrer au monastère de la Visitation. La lettre est accompagnée d'une lettre de l'évêque d'Albi qui soutenait la cause de la comtesse (Cauchie 448-51).

Jusqu'à présent personne n'a signalé l'existence de deux autres témoignages du XVIIe siècle qui éclaircissent les causes de la fuite de la comtesse. Le premier est la Vie de la tres-honorée Mére Marie Anne Françoise de Hohenzollern, Professe du Monastère de la Visitation Sainte Marie d'Albi publié à Annecy en 1693 dans le recueil Les Vies de Plusieurs Superieures de l'Ordre de la Visitation Sainte Marie4. Le deuxième est...

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Additional Information

ISSN
2166-5486
Print ISSN
1077-825x
Pages
pp. 61-84
Launched on MUSE
2018-05-10
Open Access
No
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