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Vous savez, quand Trayvon Martin a été tué, j'ai dit que ça aurait pu être mon fils. J'aurais pu dire aussi que Trayvon Martin, ça aurait pu être moi il y a 35 ans. Et quand on se demande pourquoi il y a tant de souffrance, dans la communauté afro-américaine en tout cas, par rapport à ce qui s'est passé ici, je pense qu'il faut reconnaitre que la communauté afro-américaine perçoit ce problème à travers des expériences et une histoire qui ne veulent pas finir.

(Barack Obama ; trad. libre)

Le soir du 26 février 2012, à Sanford, en Floride, George Zimmerman, un surveillant de quartier bénévole, s'est retrouvé en présence de Trayvon Martin, un Afro-Américain de dix-sept ans, et lui a posé des questions au sujet de ce qui lui semblait être un « comportement suspect », selon ce qu'il a déclaré à la police. Les deux hommes se sont engagés dans une altercation qui s'est terminée par le coup de feu de Zimmerman tiré à bout portant sur Martin, qui n'était pas armé. Les policiers ont mis Zimmerman en garde à vue, l'ont interrogé pendant plusieurs heures, l'ont soigné pour blessures mineures et ont conclu qu'il n'y avait pas motif de mettre en doute ses prétentions à la légitime défense. La loi Stand your ground (« Ne recule pas ») en vigueur en Floride empêchait de l'arrêter. Dans les faits, c'est une loi qui permet aux civils de tuer plutô t que se retirer devant ce qu'ils perçoivent comme une menace. Depuis l'instauration de cette loi en Floride, en 2005, des lois semblables ont été passées dans vingt-trois autres états. Souvent assimilée à l'impératif « tire d'abord, discute ensuite », la loi Stand Your Ground complique [End Page 10] formidablement la tâche des procureurs qui veulent poursuivre pour meurtre des défendeurs plaidant la légitime défense. Katheryn Russell-Brown affirme que les lois de ce genre donnent « aux policiers le pouvoir ultime de décider si un coup de feu était justifié ou non, une décision qui relève habituellement du système judiciaire » ; il est troublant que ceci « permette aux policiers d'agir en lieu et place des juges et des jurés » (123 ; trad. libre). Dans de nombreux cas, les policiers se retrouvent eux-mêmes dans le rô le du bourreau. Elizabeth B. Megale soutient que la législature floridienne a fondamentalement redéfini les conditions d'application de la légitime défense et de la force meurtrière avec Stand Your Ground, dans la mesure où

cette loi décriminalise l'homicide et d'autres gestes violents en déclarant certains acteurs innocents et, par conséquent, non coupables de leur comportement violent. Un tireur n'a plus à justifier la plausibilité d'un geste défensif parce que les gestes violents ne sont pas des gestes coupables—la légalité de l'acte violent est protégée automatiquement par l'immunité. Le système juridique de la Floride a entièrement décriminalisé certaines catégories de violence. Les homicides et d'autres actes de violence n'ont plus à être justifiés ; dans de nombreuses circonstances, ils sont légaux.

(287 ; trad. libre)

Quand elles ont été connues, les circonstances de la mort de Martin et du relâ chement subséquent de Zimmerman dans le contexte de Stand Your Ground ont déclenché des manifestations dans plus de cent villes aux États-Unis. Les marches, les rassemblements et les pétitions à la mémoire de Trayvon Martin se sont multipliés dans tous le pays, soulevant de vigoureux débats dans les médias sur le recoupement entre profilage racial, lois sur la légitime défense et deuxième amendement. Le mouvement militant mondial Black Lives Matter, né de ces manifestations, est devenu depuis une voix dominante dans la dénonciation de...

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Additional Information

ISSN
1710-114X
Print ISSN
0007-7720
Pages
pp. 10-19
Launched on MUSE
2018-04-13
Open Access
No
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