L'insertion des immigrants et des migrants temporaires dans le marché du travail au Québec et au Canada: Nouveaux regards sur les contextes et acteurs
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L'insertion des immigrants et des migrants temporaires dans le marché du travail au Québec et au Canada:
Nouveaux regards sur les contextes et acteurs

Dans les décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale, les immigrants ont globalement réussi à s'insérer sans trop de heurts dans le marché du travail canadien. Même lorsqu'ils étaient peu instruits, ils se sont trouvé des emplois adéquats dans le secteur secondaire, en particulier dans l'industrie manufacturière. De plus, si à leur début en emploi, la rémunération qu'ils recevaient était moindre que celle reçue par les natifs, elle tendait à rattraper cette dernière au bout d'une quinzaine d'années. Mais au début des années soixante-dix, lorsque l'essor économique des années d'après-guerre fit place à une période de restructuration du système productif, il s'en suivit une forte tertiarisation, synonyme d'occasions d'emploi moins appropriées pour les immigrants. C'est pourquoi une politique de sélection de l'immigration axée sur les caractéristiques de capital humain a alors été mise en place, au Québec comme au Canada, afin d'assurer une incorporation adéquate des immigrants. Cette politique perdure jusqu'à aujourd'hui d'autant plus que le monde du travail est présentement engagé dans une nouvelle phase de transformations liée au développement de l'économie du savoir.

Grosso modo, cette politique de sélection de l'immigration a joué son rôle. Il n'empêche que les immigrants entrés au pays après son adoption ont commencé dès le début des années quatre-vingts à éprouver des difficultés d'insertion qui se sont ensuite accrues au fil des cohortes d'arrivée. En particulier, leur rémunération d'emploi après l'arrivée au pays s'est sans cesse détériorée par rapport à la rémunération des natifs au point où un rattrapage complet avec cette dernière apparaît maintenant difficile et improbable.

Les raisons sous-jacentes aux difficultés d'insertion en emploi rencontrées par [End Page 7] les immigrants, nombreuses et diverses, relèvent de plusieurs acteurs. Les immigrants détiennent un capital humain en matière d'éducation et d'expérience de travail qui n'est pas toujours reconnu à sa juste valeur. L'État, en partie afin de répondre aux exigences de la mondialisation de l'activité économique, a relâché sa politique de régulation du travail autrefois axée sur l'offre d'emplois à plein temps et à durée indéterminée. Enfin, les employeurs sont souvent réticents à embaucher des immigrants, notamment s'ils sont membres des minorités visibles.

Par ailleurs, le relâchement de l'État à l'égard de la régulation du travail a eu pour effet de segmenter le marché du travail et par suite de favoriser, en parallèle à la poursuite de l'admission d'immigrants sélectionnés, l'essor du travail migrant en régime dérogatoire. C'est ainsi que l'État a mis en place un programme visant à accueillir les travailleurs hautement qualifiés susceptibles de combler les besoins de main-d'œuvre en émergence, lequel programme, à première vue, parvient à satisfaire les travailleurs concernés. Il a également lancé d'autres programmes visant à attirer des travailleurs étrangers vers des marchés périphériques ayant quelque peine à s'accommoder des travailleurs locaux auxquels ils ont habituellement accès, comme le marché du travail agricole saisonnier ou encore celui des services d'aide familiale. Mais, de toute évidence, les travailleurs étrangers temporaires arrivés au pays dans le cadre de ces programmes font face à des difficultés qui ont pour effet de les confiner dans une situation précaire. En effet, ils n'ont guère accès aux dispositifs visant la protection des droits des travailleurs et de plus il leur est difficile d'améliorer leur sort en raison de leur éloignement vis-à-vis du cœur...


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