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  • L’école des sages-femmes : naissance d’un corps professionnel, 1786–1917 by Nathalie Sage-Pranchère
  • Olivier Faure
L’école des sages-femmes : naissance d’un corps professionnel, 1786–1917
Nathalie Sage-Pranchère
Tours: Presses Universitaires François-Rabelais, 2017, 456 p., 24 €

Pour avoir signalé, il y a dix ans, l’urgence qu’il y avait à étudier cette profession au 19e siècle, je me réjouis tout particulièrement de cette parution. Mais le livre mérite d’être lu non seulement par les [End Page 563] spécialistes de la médecine, mais aussi par les ruralistes, par ceux qui étudient l’administration, les rapports de genre, le monde des professions et plus généralement les rouages du fonctionnement social. L’auteure se concentre à juste titre sur la formation qui est le meilleur observatoire pour comprendre ce qu’était et ce que devint la profession de sage-femme. Chartiste de formation, Nathalie Sage-Pranchère nourrit pour les archives une passion dévorante. Cet immense effort documentaire, qui se traduit aussi par une bibliographie copieuse sur les sages-femmes du monde entier et un précieux index, donne à l’ouvrage une force de conviction et une finesse peu commune. Malgré l’érudition, l’ouvrage se lit très bien. La démarche choisie a aussi quelques menues limites. Devant l’abondance des références (plus de 1300), l’auteure n’a pu citer précisément les documents utilisés. Si le rôle des personnalités est en permanence signalée, l’auteure n’a pu dresser des portraits en pied de ces préfets, présidents de conseils généraux et surtout professeurs des écoles qui jouèrent un rôle majeur, ni présenter à part des expériences originales comme celle de l’Ain.

De manière très logique, l’ouvrage décrit d’abord très en détail la constitution d’un réseau très dense et très varié de cours et d’écoles d’accouchements départementaux. Avec la même logique convaincante, l’auteure dresse ensuite une sociologie très fine des élèves. L’ouvrage nous fait ensuite entrer avec elles dans les écoles où l’on s’assoit à leurs côtés pour suivre leurs leçons et les accompagner jusqu’à leur diplôme et même après, puisqu’une partie de ces écoles offraient une sorte de formation continue à leurs anciennes élèves.

C’est dire qu’à toutes les étapes, les révélations qui bousculent les idées reçues de manière tout à fait salubre ne manquent pas. Malgré le pouvoir napoléonien qui voulait centraliser la formation à Paris, les préfets et les conseils généraux se battirent pied à pied pour créer, défendre, consolider et améliorer leurs écoles qui faisaient leur fierté. Loin d’être de pauvres filles héritières de leurs matrones de mères, les candidates venaient de nombreux horizons. Si les dynasties et les vocations familiales (sœurs, nièces) n’étaient pas rares, la politique des bourses transforma la vocation en profession. Les professeurs pourtant tous docteurs, acceptèrent de se faire aider par des maîtresses et sous-maîtresses et il y eut même deux femmes professeures. Loin de mépriser leurs modestes élèves, ils luttèrent pour améliorer leur niveau d’instruction générale et n’hésitèrent pas à les initier au maniement du forceps, ni ne négligèrent l’enseignement de l’art des saignées, de la vaccination et de l’herboristerie, ce qui risquait de les amener à faire concurrence aux autres professions établies. Si, [End Page 564] à partir du milieu du siècle, émergea la volonté de privilégier l’instruction générale au détriment de l’expérience pratique, l’image d’un corps médical uniformément dédaigneux de tout ce qui n’était pas lui sort singulièrement amoindrie de la lecture.

Il resterait à savoir combien de sages-femmes réussissaient l’examen (sans doute la quasi-totalité), où elles s’installaient, si elles d...

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Additional Information

ISSN
2371-0179
Print ISSN
0823-2105
Pages
pp. 563-565
Launched on MUSE
2017-10-04
Open Access
No
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