Tante Blanche. Biographie de Marguerite Blanche Thibodeau 1738–1810 by Serge Patrice Thibodeau (review)
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Serge Patrice Thibodeau, Tante Blanche. Biographie de Marguerite Blanche Thibodeau 1738–1810, Moncton, Perce-Neige, 2014, 63 p.

Cette plaquette vient combler une lacune importante en historiographie acadienne par le récit de vie d'une pionnière de l'Acadie qui a non seulement survécu à la Déportation, mais qui est devenue un personnage légendaire dans la région du Madawaska. En effet, « Tante Blanche » a [End Page 427] acquis un statut de personnage quasi mythique dans cette région, voire dans toute l'Acadie, pour les secours qu'elle apportait aux pauvres et aux malades qui avaient tout perdu lors de nombreux déplacements forcés. Un petit musée lui a même été érigé dans le Madawaska américain ; ce dernier contient principalement des artefacts de son époque. Et malgré une présence dans certains écrits historiques dont, notamment, ceux de Thomas Albert, c'est la première fois qu'un livre entier lui est consacré.

Le récit s'organise autour des lieux principaux où s'est déroulée la vie de la « Tante du Madawaska » en commençant par Grand-Pré, son lieu de naissance. Ainsi, les lecteurs et lectrices peuvent suivre les rescapés du Grand Dérangement qui, pour certains, s'est terminé en remontant le fleuve Saint-Jean jusqu'à ce qu'on ne leur dispute plus ces territoires trop éloignés des grands centres occupés par les Loyalistes. Rares sont les récits qui suivent le trajet des victimes de 1755 jusqu'à leur aboutissement, ce qui, en soit, fascinera les lecteurs et lectrices.

De plus, l'auteur remet les pendules à l'heure en ce qui concerne les récits précédents au sujet de Tante Blanche qui auraient largement embelli certains détails sur sa vie et sa provenance (par exemple, on a souvent dit que Blanche était la petite fille de René LeBlanc, notaire immortalisé par Longfellow, mais l'auteur montre qu'il s'agirait d'un anachronisme). Surtout, Serge Patrice Thibodeau s'inspire des récits de voyageurs et d'historiens afin d'offrir un portrait anthropologique de la société acadienne du Madawaska à la fin du XVIIIe siècle, ce qui permet de mieux situer son lectorat contemporain à l'aide d'une documentation solide. Ainsi, plusieurs seront étonnés d'apprendre que les conditions de vie post-Déportation dans la région rivalisaient avec la misère vécue pendant la Déportation.

Croyant avoir finalement trouvé un havre de paix où on ne les dérangerait plus, les Acadiens et Acadiennes du Madawaska sont loin d'être au bout de leurs épreuves et affrontent encore des années difficiles. Le décès du père de Blanche, le patriarche de tous les Thibodeau du Madawaska, secoue la famille en 1795, et l'année suivante, soit à l'automne 1796, un hiver précoce conduit à la perte de la récolte et à ce qu'on a appelé « la misère noire » que fut l'hiver 1797. C'est surtout au cours de cet hiver de famine, alors que les hommes ont dû partir en forêt dans l'espoir d'abattre quelque gibier pour nourrir les bouches affamées, que la Tante du Madawaska construit sa réputation. Se déplaçant en raquettes, elle cognait aux portes des plus riches pour demander la charité pour les plus mal nantis, se privait de nourriture et relevait le moral au besoin. Elle se fit rapidement connaître, au point où les moins vertueux la craignaient et les plus superstitieux lui demandaient son aide afin de retrouver des objets perdus. En réalité, Blanche n'était sans doute qu'une femme parmi plusieurs pionnières façonnées par cette rude et éprouvante époque. Les hommes devaient parfois s'absenter pendant de longues périodes, laissant les femmes à la ferme pour s'occuper des nombreux enfants, des animaux [End Page 428] s'ils en avaient, et de toutes les corvées quotidiennes allant de la préparation des repas au transport du bois de chauffage. Ces héroïnes ont rarement été reconnues par les historiens, c'est...