Les mythes littéraires. Épopées homériques by Georges Desmeules, Gilles Pellerin (review)
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Georges Desmeules et Gilles Pellerin, Les mythes littéraires. Épopées homériques, Québec, L'instant même, coll. Connaître, 2013, 185 p.

Est-il sujet plus intéressant que la mythologie? Le fait de mentionner les noms de Thésée, de Gilgamesh ou de Thor entraîne inévitablement des scintillements dans les yeux de tout auditeur, ce qu'ont compris Georges Desmeules et Gilles Pellerin, qui se sont donné pour mandat de remettre au goût du jour d'anciens récits grecs. Enseignants de littérature au collège François-Xavier-Garneau de Québec, Desmeules et Pellerin ont accompli une tâche minutieuse, consultant les travaux de nombreux spécialistes de mythocritique pour élaborer une grille de lecture susceptible de rendre compte de nuances insoupçonnées des textes étudiés. S'inscrivant dans une perspective évolutionniste, les auteurs entendent se servir des ressorts de la raison pour démystifier la matière mythique et lui faire rendre quelque soupçon de vérité. Leur devise est simple : « Le mythe révèle sa richesse symbolique en opposant la lettre à l'esprit, la banalité du récit au sens qui filtre "à travers" les événement ». L'entreprise n'en demeure pas moins de taille, car les textes abordés sont déjà passés sous la loupe de nombreux commentateurs.

Qu'en est-il, justement, desdits textes? Desmeules et Pellerin ont choisi de s'attaquer à l'œuvre colossale d'Homère, rien de moins, tout en ne s'interdisant pas de puiser à d'autres sources quand le propos l'exigeait. Ainsi l'Iliade et l'Odyssée sont-elles à l'honneur, mais le récit consacré aux frasques d'Œdipe n'est pas en reste, un chapitre lui étant consacré. L'ouvrage est segmenté en six chapitres, dont le premier sert à exposer la grille de lecture. Fortement inspirés par les travaux de chercheurs dans le domaine de la mythocritique, les auteurs ont choisi d'articuler leur démonstration dans le sens de la structure victimaire, ce à quoi leur sert une exploration des travaux de René Girard et de sa théorie de la rivalité mimétique et du bouc émissaire. La pensée de Girard n'ayant [End Page 388] rien de nouveau pour tout adepte de mythocritique, Desmeules et Pellerin affichent des intentions qui peuvent sembler au premier abord un tantinet simplistes (mettre au jour les enjeux secrets de la violence, qui sous-tendent les œuvres au programme), mais ils ont évité l'écueil d'une application mécanique, mythème par mythème, du modèle choisi, en mettant plutôt l'accent, au fil de la démonstration, sur divers points saillants dans chacun des récits étudiés, de manière à faire ressortir les grands axes des mythes. Il s'agit donc pour eux de démonter l'édifice homérique afin d'en examiner les fondations et d'en évaluer la consistance. En outre, jauger les mythes et leurs composantes entraîne les auteurs à examiner les prolongements littéraires de ceux-ci, si bien que la toile qui se tisse déborde le matériau premier pour prendre l'allure d'une mosaïque complexe.

Le premier chapitre analytique est consacré à l'Iliade, et l'analyse des personnages intéresse ici les auteurs. Achille occupe évidemment l'avantposte de cet examen et l'application de la grille de lecture girardienne à l'épopée permet de relever certains aspects cachés, notamment le fait que le grand héros de la gesta troyenne affiche les traits de sélection victimaire—il est en quelque sorte coupable d'être différent, ce qui fait de lui le bouc émissaire idéal. L'ambivalence ne caractérise-t-elle pas Achille, dont les traits et christiques et monstrueux en font « à la fois [le] nouveau prophète d'une religion sanglante, et [la] divinité déchue d'un culte inopérant »? Desmeules et Pellerin interrogent le texte et ils en viennent à mettre en question la valeur héroïque du personnage, après avoir procédé à un relevé exhaustif de ses attributs évidents et cach...


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