La langue de communication et l'autoestimation de la compétence dans le Nord-Est de l'Ontario
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La langue de communication et l'autoestimation de la compétence dans le Nord-Est de l'Ontario
Résumé

En se penchant sur les jeunes du Nord-Est de l'Ontario selon qu'ils appartiennent à la minorité ou à la majorité linguistique, cet article s'interroge sur trois thématiques interreliées : celle de la perception de la compétence linguistique, celle de l'usage de la langue en fonction des interlocuteurs et celle des représentations culturelles. Après avoir décrit une série d'analyses quantitatives, il conclut : 1) que francophones et anglophones tendent à porter un jugement favorable sur leur aptitude à parler leur propre langue, mais que les francophones se font un peu plus critiques que les anglophones ; 2) que le jeune francophone, en s'éloignant de la sphère familiale, réduit son recours à sa langue maternelle ; 3) que les francophones s'avèrent plus pessimistes à l'égard de la culture française que ne le sont même les anglophones.

Abstract

By examining young students from Northeastern Ontario, depending on whether they belong to the linguistic minority or majority, the article covers three interrelated themes: perception of linguistic competency, usage of a language depending on the speaker, and cultural representations. After having described a series of quantitative analyses, the article concludes that: 1) francophones and anglophones tend to favourably assess their aptitude to speak their own language, but that francophones criticize themselves slightly more than anglophones; 2) young francophones, when moving away from the family circle, use their mother tongue less; 3) francophones are more pessimistic than anglophones when it comes to French culture.

Mots clés :

minorité linguistique, usage de la langue, bilinguisme, autoévaluation de la compétence, représentations culturelles

Keywords

linguistic minority, language usage, bilingualism, competency, self-evaluation, cultural representations

Transmettre le français

Dans une recherche dont les résultats ont été publiés en 2003, les auteurs ont comparé des groupes linguistiques. L'un des objets de cette comparaison était la compétence à l'écrit. La recherche avait alors [End Page 259] pour but de découvrir si le statut de la langue dans une société donnée avait quelque incidence sur les erreurs que font des étudiants de première année universitaire quand ils rédigent un texte. Les analyses ont porté sur cinq ensembles. Trois d'entre eux provenaient de sociétés postindustrielles : des francophones et des anglophones de l'Ontario, de même que des Français. Deux autres avaient pour origine un pays en voie de développement : des Tunisiens arabisants et francisants. Le français, en France, représente une langue quasiment exclusive. En Ontario, l'anglais est clairement dominant et le français est nettement minoritaire. En Tunisie, l'arabe (tunisien) est parlé par la majorité de la population quoique le français jouisse d'un statut élevé ; pour la plupart des Tunisiens, le français représente, en réalité, une troisième langue, après le tunisien et l'arabe classique. Les résultats de cette analyse sont manifestes : bien que la faute linguistique soit fréquente pour tout le monde, les Français de l'Hexagone, les Canadiens anglais et les Tunisiens arabisants commettent nettement moins d'erreurs que les Franco-Ontariens et moins encore que les Tunisiens francisants (Laflamme et Reguigui, 2003). Ainsi, nous pouvons conclure que plus une population est exposée à une langue, mieux elle tend à se l'approprier, conclusion, au demeurant, à laquelle parviennent de nombreux travaux (Boudreau, Cabirol, Trudeau, Poulin-Dubois et Sutton, 2007 ; Dollaghan, 1987 ; Dollaghan et Horner, 2011 ; Gray, 2003 ; Kohnert, 2009 ; Rice, Buhr et Nehmeth, 1990 ; Thordardottir, 2005).

Des études sur la francophonie hors Québec font depuis longtemps état d'une détérioration de la culture minoritaire en mettant en lumière l'incidence de la démographie et de son corollaire, les mariages bilinguistigues : moins une communauté est nombreuse par rapport à une autre, plus elle est menacée et cette vulnérabilité se traduit, entre autres, par l'augmentation, pour le minoritaire, de la probabilité d'une union conjugale avec une personne qui appartient à la majorité ; et les enfants...


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