Religion and Trade: Cross-Cultural Exchanges in World History, 1000–1900 par Francesca Trivellato, Leor Halevi, Cátia Antunes (review)
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Reviewed by
Trivellato, Francesca, Leor Halevi, et Cátia Antunes (dir.) – Religion and Trade: Cross-Cultural Exchanges in World History, 1000–1900. Oxford, Oxford University Press, 2014, 288p.

Que les religions furent un élément constitutif des identités prémodernes et qu’elles contribuèrent à façonner les comportements économiques et les réseaux de solidarité est indéniable. En revanche, il est peu probable qu’elles aient été jusqu’à l’avènement du capitalisme moderne un obstacle au développement du commerce de longue distance et aux échanges économiques interculturels. Convaincus de l’importance de tels échanges durant le dernier millénaire malgré la force des sentiments religieux, les directeurs de la publication de Religion and Trade: Cross-Cultural Exchanges in World History, 1000–1900 ont ainsi cherché à rendre compte de l’influence des discours théologiques sur les pratiques marchandes et les capacités de coopération d’acteurs qui, en plus de différer par leurs croyances religieuses, évoluaient souvent dans des systèmes politiques et juridiques distincts.

Pour être plus précis, comme l’explique Francesca Trivellato en introduction, les collaborateurs de cette publication sont interpellés par cinq questions d’orientation. Premièrement, sans tenir pour acquis que les affinités religieuses sont invariablement des facteurs déterminants dans la délimitation des groupes et des activités, ils se sont appliqués à démontrer dans quelle mesure les religions influencent les échanges interculturels. Deuxièmement, tandis que maints historiens supposent qu’un lien de confiance fort entre parents et coreligionnaires compense la faiblesse des institutions et désavantage les marchands étrangers, les auteurs ont cherché à réévaluer l’existence des relations de confiance qui transcendent les divisions religieuses. Troisièmement, à défaut de rapports fondés sur la confiance mutuelle, ils ont été amenés à clarifier le rôle des lois et autres structures régissant les échanges interculturels. Quatrièmement, alors que des antagonismes persistent souvent en dépit de contacts soutenus, les auteurs se sont intéressés aux circonstances dans lesquelles violence et échanges interculturels [End Page 230] peuvent survenir simultanément. Enfin, ils se sont aussi penchés sur le changement du sens des marchandises qui passaient d’un univers à un autre.

Après une synthèse historiographique de Leor Halevi qui donne une idée générale de l’état des connaissances, le lecteur trouvera des études de cas qui offrent un regard croisé sur les échanges interculturels. David Harris Sacks étudie une rencontre survenue en 1612 à Terre-Neuve entre les Béothuks et les agents de la Newfoundland Company, qui font alors connaissance. À cette occasion, la religion n’aurait pas influencé outre mesure les comportements et, en dépit de différences culturelles profondes, les deux parties auraient rapidement adopté une attitude altruiste et procédé à un échange de dons sur la base d’une compréhension tacite du désir mutuel de commercer. Giuseppe Marcocci démontre pour sa part qu’entre 1480 et 1570, la Couronne portugaise se souciait beaucoup du commerce avec les marchands musulmans et qu’elle défiait fréquemment les prescriptions de l’Église afin d’assurer ses intérêts, et ce, malgré une vigoureuse politique d’évangélisation des nouveaux territoires. Dans la même veine, Silvia Marzagalli souligne à la fois l’importance des échanges interconfessionnels en France d’Ancien Régime et l’attitude ambiguë de la monarchie face à cette réalité au lendemain de la révocation de l’Édit de Nantes. Si la plupart des entreprises étaient monoconfessionnelles, leur succès semble cependant avoir été tributaire de la capacité à échanger avec des groupes de confessions différentes. Dans son analyse des contrats issus des Archives municipales d’Amsterdam touchant aux ententes juridiques et commerciales entre partenaires chrétiens et juifs conclues entre 1580 et 1776, Cátia Antunes parvient à des conclusions similaires. Wolfgang Kaiser et Guillaume Calafat démontrent que les échanges et rachats de captifs entre chrétiens et musulmans en Méditerranée à l’époque moderne étaient effectués par des intermédiaires spécialisés, notamment des marchands juifs, qui en profitaient pour conclure d’autres...