Transnational Radicals: Italian Anarchists in Canada and the U.S., 1915–1940 by Travis Tomchuk (review)
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Reviewed by
Tomchuk, Travis – Transnational Radicals: Italian Anarchists in Canada and the U.S., 1915–1940. Winnipeg, University of Manitoba Press, 2015, 260p.

Le livre de Travis Tomchuk sur l’immigration italienne et l’anarchisme au Canada et aux États-Unis s’inscrit dans une histoire en construction : celle de l’apport des populations migrantes à l’anarchisme en Amérique, voire celle d’un anarchisme qui est principalement le fait de populations migrantes. Pour l’Amérique du Nord, rappelons la parution de Beer and Revolution: The German Anarchist Movement in New York City, 1880–1914, de Tom Goyens (University of Illinois Press, 2007), qui proposait une analyse des pratiques culturelles des anarchistes d’ascendance [End Page 227] allemande, par exemple les cercles de lecture, les chorales et les troupes de théâtre, les clubs de tir et les pique-niques (des milliers d’anarchistes à Central Park, regroupés par organisations). Plus récemment, Kenyon Zimmer a proposé une étude d’une richesse exceptionnelle, Immigrants against the State: Yiddish and Italian Anarchism in America (University of Illinois Press, 2015), dont le sujet recoupe en partie celui de Tomchuk, mais qui s’intéresse surtout aux anarchistes italiens installés sur la côte ouest, en Californie. Zimmer y compare leurs pratiques et leurs axes de mobilisation avec ceux des anarchistes yiddish de New York. Les anarchistes italiens qu’il présente sont en réseau avec des militantes et militants du Mexique, mais aussi de l’Asie, qui échouent sur la côte ouest des États-Unis pour toujours ou pour certaine période de temps, au gré des luttes de décolonisation, de la répression et des exils. (Il est alors possible d’établir des liens avec le livre de Maia Ramnath, Decolonizing Anarchism: An Antiauthoritarian History of India’s Liberation Struggle [AK Press, 2011].)

Pour sa part, Travis Tomchuk a choisi de s’intéresser à six villes dans deux pays – Sault Ste. Marie, Toronto et Windsor pour le Canada; Detroit, Newark et New York pour les États-Unis. Celles-ci ont été retenues en raison des journaux influents qui y étaient publiés ou des liens organiques et militants entre elles. (Notons que Tomchuk porte une attention plus soutenue à ce qui se passait aux États-Unis qu’à ce qui se passait au Canada.) L’historien a aussi retrouvé les dossiers d’environ 70 anarchistes dans les archives de la police à Rome, ce qui lui offre un matériau unique pour présenter des portraits individuels et discuter des trajectoires de migrants et de militants. L’auteur peut ainsi affirmer qu’environ 30 % des 70 cas étudiés ne deviennent anarchistes qu’après leur arrivée en Amérique du Nord. L’adhésion à l’anarchisme est le résultat de la déception face à des conditions de vie très dures, à l’exploitation (capitaliste) et à la discrimination (racisme – l’auteur rappelle que les Italiens n’étaient pas toujours considérés comme « Blancs », et que certains ont même été lynchés). Elle résulte aussi de rencontres – parfois fortuites – avec d’autres anarchistes. Des études historiques sur l’anarchisme en Amérique latine à la même époque arrivent à des conclusions similaires quant à l’influence des conditions de vie en Argentine ou au Brésil, entre autres, pour expliquer l’adhésion à l’anarchisme (voir Mémoire et oubli : Anarchisme et syndicalisme révolutionnaire au Brésil, mythe et histoire, de Jacy Alves de Seixas [Maison des sciences de l’homme, 1992]).

Le premier chapitre est le moins intéressant, car il propose une synthèse un peu superficielle des divers courants de l’anarchisme et un survol rapide – et mal arrimé avec la suite – de l’anarchisme en Italie. (Cette faiblesse s’explique peutêtre parce que le livre a d’abord été une thèse en histoire à Queen’s University, sous la direction de Ian McKay; on y sent l’exigence scolaire de situer le sujet dans son contexte général.) Or, la très grande pertinence historique de cet ouvrage reste indéniable, malgré quelques erreurs (signalées dans d’autres recensions du livre) quant à l’orthographe...