De la représentation à la manifestation. Groupes de pression et enjeux politiques au Québec, XIXe et XXe siècles par Stéphane Savard, Jérôme Boivin (review)
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Savard, Stéphane, et Jérôme Boivin (dir.) – De la représentation à la manifestation. Groupes de pression et enjeux politiques au Québec, XIXe et XXe siècles. Québec, Septentrion, 2014, 448p.

Au moment d’écrire ces lignes, les juristes de l’État québécois poursuivent leur mouvement de grève lancé le 24 octobre 2016. Alors que leur convention collective est échue depuis le 31 mars 2015, ces juristes ont mis en œuvre un certain nombre d’activités afin de mettre davantage de pression sur le gouvernement de Philippe Couillard et de s’assurer l’appui de l’opinion publique. À ces fins, ils ont diffusé des communiqués de presse auprès des médias d’information et organisé un certain nombre de manifestations, autant de stratégies typiques des groupes de pression, au Québec et ailleurs.

Pour qui s’intéresse un tant soit peu à l’actualité politique québécoise, l’activité des groupes de pression ne saurait passer inaperçue, eux qui se comptent par milliers selon André Bernard (p. 11). Pourtant, à ce jour, les historiens québécois se sont somme toute assez peu intéressés aux groupes de pression, laissant aux politologues le champ libre sur ce terrain. Aussi est-ce afin de combler cette lacune que Stéphane Savard, professeur au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal, et Jérôme Boivin, candidat au doctorat en histoire à l’Université Laval, ont réuni une quinzaine d’auteurs – issus pour la plupart d’universités québécoises, mais également ontariennes – et leur ont demandé de se pencher sur ce phénomène, en fonction de leurs intérêts de recherche respectifs. Formés tous deux auprès de Martin Pâquet, professeur au Département des sciences historiques de l’Université Laval, qui signe d’ailleurs l’épilogue de cet ouvrage, Savard et Boivin voient dans l’étude des groupes de pression une manière d’accéder à la culture politique aux XIXe et XXe siècles, et de mieux la comprendre, au Québec et même au-delà.

Après avoir brossé un tour d’horizon des études sur les groupes d’intérêt et les groupes de pression aux États-Unis et en France en particulier, Boivin et Savard portent leur attention sur le Québec dans un chapitre introductif fort éclairant. D’entrée de jeu, les auteurs distinguent les groupes d’intérêt et les groupes de pression, lesquels, tout complémentaires qu’ils soient, n’en sont pas moins [End Page 219] bien distincts. S’appuyant sur les travaux d’André-J. Bélanger et de Vincent Lemieux, Boivin et Savard considèrent que les groupes d’intérêt « “se réfère[nt] plus globalement à un ordre de préférence ou d’objectifs poursuivis par une organisation” […] tandis que [les groupes de pression] “insiste[nt], pour [leur] part, sur le moyen employé dans la poursuite de cet intérêt”. Autrement dit, “tout groupe de pression est un groupe d’intérêt, mais non l’inverse” » (p. 21–22).

Cette distinction faite, les auteurs s’arrêtent, comme l’annonce le sous-titre de ce collectif, à l’activité des groupes de pression. Pour ce faire, Boivin et Savard distinguent trois types de stratégies employées par les groupes de pression : les pressions externes indirectes, les pressions externes directes et la participation institutionnelle aux processus décisionnels. Dans le premier cas, les groupes cherchent à mobiliser l’opinion publique en leur faveur, notamment par l’usage de pétitions ; dans le second, à perturber les activités de la société ou de l’État par l’action d’une grève, par exemple, ou encore à agir directement auprès de l’État par le biais du lobbying ; dans le troisième, à participer à divers mécanismes prévus à cet effet, tels que les commissions d’enquête ou les commissions parlementaires. Avec ces clés de lecture en main, il est dès lors possible pour le lecteur d’appr...


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