Histoire de la santé, XVIIIe–XXe siècles : Nouvelles recherches francophones par Alexandre Klein, Séverine Parayre (review)
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Klein, Alexandre, et Séverine Parayre (dir.) – Histoire de la santé, XVIIIe–XXe siècles: Nouvelles recherches francophones. Québec, Presses de l’Université Laval, 2015, xiv, 230 p.

S’inscrivant dans l’effort soutenu du réseau Historiens de la santé pour promouvoir le développement d’une histoire de la santé en français depuis 2012, ce collectif dirigé par Alexandre Klein et Séverine Parayre est de ce seul fait bienvenu. Il est vrai que la production dans le domaine reste étonnamment mince, desservie par une absence persistante d’institutionnalisation du champ, ce que rappelle l’introduction avec une belle citation du pionnier que fut Jacques Léonard : « Peut-être parce qu’elle touche à l’essentiel la santé n’occupe pas dans les livres d’histoire la place qu’elle tient dans les préoccupations des gens » (Archives du corps. La santé au XIXe siècle, Rennes, Ouest-France/Université, 1986, p. 7). L’ouvrage veut défricher un territoire étendu et, en premier lieu, poser des jalons pour une histoire « globale et inclusive ». Objet du quotidien multiforme, la santé devrait permettre une « mutualisation des approches » et une « complémentarité des regards » (p. 3), miser à la fois sur la souplesse disciplinaire, une curiosité pour des objets a priori périphériques et l’exploration de matériaux inusités.

Un chapitre d’ouverture, signé François Guérard, fait le point sur les tendances de l’historiographie québécoise dans les quinze dernières années à partir de 147 textes : moins de dix publications par an, c’est manifestement peu. Le livre se décline ensuite en quatre parties thématiques, de deux à trois chapitres [End Page 210] chacune : institutions, soins et préventions ; la parole des malades ; le point de vue des médecins ; médias et médiations – on notera que l’étude des malades précède celle des médecins. Ce qu’il faut apprécier plus largement, c’est la valeur inédite de certaines sources (échanges épistolaires, enquêtes publiques, outils publicitaires) et leur mobilisation convaincue. Exploitées avec dextérité, celles-ci dévoilent des acteurs de la santé oubliés, du malade au commerçant en passant par l’instituteur ; elles autorisent à l’occasion la réinterprétation de figures médicales bien connues, tel le fameux médecin suisse Auguste Tissot, auteur de l’Avis au peuple sur sa santé (1761), dont Klein met à l’honneur la vision, moderne, du « genre de vie que l’on mène » en tant que socle de l’ordre sociosanitaire et de la solidarité comme outil de santé publique.

Plusieurs textes traitent d’une recherche « en train de se faire ». C’est le cas de celui de Didier Nourrisson, qui évoque dix mille films d’enseignement commandités par des entreprises privées commercialisant des produits de santé au fil du XXe siècle, et surtout du chapitre de Parayre, qui explore la grande enquêteconcours auprès des instituteurs effectuée par le ministère de l’Instruction publique de la France en 1850 pour évaluer les besoins de l’instruction primaire. Il s’agit là d’une impressionnante somme de témoignages (4 733 mémoires conservés aux Archives nationales) qui révèle un pan négligé d’une époque charnière de la médicalisation des classes populaires. L’analyse, quantitative et qualitative, fait émerger « la notion “de prendre soin des autres” pour mieux vivre ensemble ainsi qu’une sensibilité de la profession enseignante […] à l’égard du corps de l’enfant et de son développement » (p. 58), préoccupation qui varie néanmoins dans l’espace national en fonction de réalités socio-économiques et culturelles locales.

La très vaste question de l’éducation à la (bonne) santé est également au cœur du chapitre de Xavier Riondet, qui met de l’avant une figure versatile « d’institutrice, artiste et guérisseuse ». Elise Freinet, jusqu’ici restée dans l’ombre de son mari, le pédagogue Célestin Freinet, fut aussi porteuse de la tuberculose et défendit précocement l’idée...