Le Parrainage en Europe et en Amérique. Pratiques de longue durée (XVIe–XXIe siècle) par Guido Alfani, Vincent Gourdon, Isabelle Robin (review)
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Alfani, Guido, Vincent Gourdon et Isabelle Robin (dir.). – Le Parrainage en Europe et en Amérique. Pratiques de longue durée (XVIe–XXIe siècle). Peter Lang S.A., Bruxelles, 2015, 487p.

Cet imposant ouvrage est le troisième d’une série conçue par Guido Alfani et Vincent Gourdon (entre autres) qui, dans l’ensemble, offre un panorama très large des théories, méthodes, approches et conclusions à retenir pour entreprendre de nouvelles études sur les pratiques sacramentelles et sociales du baptême (2009), de la parenté spirituelle (2012) et du parrainage (2015). Cet ouvrage collectif, qui a rassemblé 22 auteurs dans l’élaboration de 18 chapitres, est innovant et original dans le sens qu’il enrichit notre connaissance sur les pratiques de parrainage au sein des Églises catholiques, protestantes et orthodoxes en Europe et dans les Amériques depuis le XVIe siècle. Pour formuler leurs conclusions, les auteurs ont chacun fait usage de différentes méthodes (macro et micro, voire les deux), perspectives (empruntées des historiens, des anthropologues, des sociologues) et approches (genrées notamment). Ils ont certes testé les théories de leurs aînés, mais ils ont aussi apporté leur pierre à l’édifice en proposant de nouvelles théories et conclusions ainsi qu’un élargissement du champ d’études. L’ouvrage révèle ainsi combien les pratiques étaient différenciées, malléables et évolutives selon les territoires et les religions. Au départ, il s’agissait de savoir vers quoi tendait le choix des parrains et marraines dans la durée : le couple issu de la parenté, le renforcement des relations horizontales (la parenté et les amis) plutôt que verticales (le clientélisme), ou un réseau relationnel mettant en valeur les liens familiaux autour des parents et des enfants baptisés de préférence aux apports matériels (économiques, sociaux et politiques).

L’ouvrage se divise en cinq parties. La première, composée de trois chapitres, aborde l’étude des pratiques du parrainage dans la longue durée dans l’Europe catholique depuis le XVIe siècle jusqu’au XIXe siècle. Concernant l’Italie, Alessio Basilico utilise le cas de Teramo à l’époque moderne pour démontrer que les parrains uniques étaient choisis pour renforcer des relations verticales (clientélistes) avec les membres de la haute société au XVIIe siècle. Ensuite le choix s’est porté sur les marraines, qui jouissaient d’un nouveau statut et d’un [End Page 180] meilleur prestige, tout particulièrement les sages-femmes qui mettaient au monde les enfants. Pour la France, Camille Berteau, Vincent Gourdon et Isabelle Robin utilisent le cas d’Aubervilliers à l’époque de la Réforme catholique pour démontrer que les parrains et marraines étaient des couples de l’entourage familial proche, mais qu’avec le temps, le réseau familial s’est élargi, les membres résidant de plus en plus loin les uns des autres, d’où l’allongement du délai de baptême. Enfin, concernant l’Espagne, Ofelia Rey-Castelao démontre que les parents dans le diocèse de Saint-Jacques-de-Compostelle entre les XVIIe et XIXe siècles choisissaient un parrain unique jusqu’au XVIIIe siècle, puis des marraines uniques au début du XIXe siècle, et enfin, des couples à partir de 1850. La démonstration des auteurs ci-dessus est convaincante, mais le tableau reste incomplet, d’où la nécessité d’étendre l’analyse, comme le fait l’ouvrage, à d’autres territoires en Europe et en Amérique et d’exposer plus finement la diversité des comportements, les raisons qui les expliquent et les effets sur la famille et les individus.

La seconde partie de l’ouvrage traite des usages économiques et politiques du parrainage, par l’analyse des relations sociales, horizontales ou verticales, diversifiées au sein des communautés catholiques, luthériennes ou orthodoxes européennes depuis le XVIIe siècle. À partir de l’étude de deux villes prussiennes luthériennes de Westphalie depuis la fin du XVIII...