Revisiter l’Holocauste au XXIe siècle
In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Revisiter l’Holocauste au XXIe siècle
Goda, Norman J. W. (dir.) – Jewish Histories of the Holocaust: New Transnational Approaches. New York et Oxford, Berghahn Books, 2014, 314p.
Goldberg, Amos, et Haim Hazan (dir.) – Marking Evil: Holocaust Memory in the Global Age. New York et Oxford, Berghahn Books, 2015, 367p.
Goldberg, Adara – Holocaust Survivors in Canada: Exclusion, Inclusion, Transformation, 1947–1955. Winnipeg, University of Manitoba Press, 2015, 312p.

Les œuvres historiques sur la Shoah écrites dans la seconde moitié du XXe siècle présentent des perceptions des événements et des analyses souvent divergentes et témoignent d’une historiographie en rapide évolution. D’abord, les historiens ne s’entendaient pas tous sur la nature des politiques nazies ni sur leurs conséquences. Certains considéraient la destruction des Juifs d’Europe comme le fruit d’un antisémitisme « éliminationniste » datant du XIXe siècle ; d’autres, au contraire, croyaient que les dirigeants nazis avaient plutôt été forcés à mettre en œuvre l’extermination totale des Juifs par une suite d’événements exceptionnels. Ces positions divergentes ont entraîné, à la fin des années 1980, une dispute entre spécialistes appelée Historikerstreit ou « querelle des historiens ». Les débats ont longtemps tourné autour des relations entre les bourreaux allemands et les victimes juives ; toutefois, les historiens du début du XXIe siècle s’intéressent maintenant à de nouvelles questions.

Si la responsabilité du génocide incombe toujours à l’Allemagne nazie, la figure du témoin – celui qui assiste aux massacres et y participe parfois – fait désormais partie intégrante de l’historiographie de l’Holocauste. Depuis le début des années 2000, de nombreuses publications se concentrent sur les relations entre les victimes juives et leurs voisins non juifs. Dès lors, l’Holocauste ne se décline plus comme une tragédie dessinée entre le bien et le mal, mais plutôt comme un ensemble plus vaste où les protagonistes sont plus nombreux et d’horizons différents. Les nouvelles recherches portant sur le génocide analysent désormais les relations entre les Juifs et ces nouveaux protagonistes, en replaçant l’Holocauste dans un environnement dont les frontières sont repoussées de plus en plus loin. L’historiographie de l’Holocauste s’inscrit donc dorénavant dans un horizon thématique et méthodologique beaucoup plus vaste que celui de l’histoire la Seconde Guerre mondiale ou de l’Occupation nazie en Europe.

Partant de ces nouvelles approches, de nombreux chercheurs provenant de diverses disciplines – histoire, science politique, littérature, anthropologie, sociologie, etc. – tentent de comprendre la réalité du génocide juif en s’éloignant [End Page 163] toujours un peu plus du noyau prédéfini par la dualité victimes-bourreaux. Ces nouvelles recherches mettent en scène différents acteurs de la tragédie qui frappa l’Europe de plein fouet. Parmi les livres parus récemment sur le sujet, trois feront l’objet de la présente étude critique. Deux sont des ouvrages collectifs : le premier, dirigé par Norman G. W. Goda, traite des tendances historiographiques et épistémologiques sur l’Holocauste ; le second, sous la direction d’Amos Goldberg et Haim Hazan, se concentre plutôt sur des théories comparatives. Le troisième livre recensé, une monographie d’Adara Goldberg, porte quant à lui sur l’histoire des survivants de l’Holocauste ayant immigré au Canada après la guerre. Bien que ces trois parutions proposent des approches différentes, elles ont en commun le désir de faire avancer les réflexions sur l’Holocauste. Il ne s’agit plus de voir le génocide juif à travers le prisme historique de la Seconde Guerre mondiale en Europe, mais à partir de différentes approches disciplinaires.

Des trois ouvrages, Jewish Histories of the Holocaust est sans aucun doute celui qui adopte la démarche la plus conventionnellement historique. Cet ouvrage collectif dirigé par Norman Goda soulève des questions tout aussi différentes que nécessaires sur l’écriture de l’Holocauste au XXIe siècle. Regroupant 15 articles et divisé en cinq...