Anne Hébert : Le torrent ou les remous de la forme narrative
Abstract

résumé:

C’est sur la poésie que semble reposer la fondation de l’imaginaire d’Anne Hébert, mais Le torrent — dont les textes ont été rédigés entre 1938 et 1962, est aussi à l’origine de ses nombreux romans — novateur formellement, secrètement inscrit dans la psyché québécoise ou canadienne-française, tout en étant dans la continuité de la grande tradition narrative universelle. Dans cet article, je cherche à montrer un aspect peu connu de l’œuvre d’Anne Hébert, soit son fonctionnement séquentiel et syntagmatique ou, si l’on veut, sa poétique narrative formelle qui, souvent, se rapproche du genre poétique lui-même. J’étudie le recueil dans l’ordre de son écriture dans le temps, tous les textes étant datés précisément par Anne Hébert elle-même à la fin de chaque nouvelle. Cela permet de déceler une évolution sur une période de près d’un quart de siècle, entre le creux de la Grande Noirceur (1936–1959) et le début de la Révolution tranquille (1960–1968). On verra au bout du compte qu’Anne Hébert a opté pour une forme narrative généralement perturbée qui épouse les remous existentiels et intérieurs de personnages tragiques, plongés dans la vie comme dans un maelström qui les écrase. En ce sens, Le torrent représente un recueil exemplaire de la difficulté d’être, et sans doute d’être québécois en ces années difficiles.