Beyond Brutal Passions: Prostitution in Early Nineteeth-Century Montreal by Mary Anne Poutanen (review)
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Reviewed by
Poutanen, Mary Anne – Beyond Brutal Passions: Prostitution in Early Nineteeth-Century Montreal. Montréal & Kingston, McGill-Queen’s University Press, 409 p.

En janvier 1838, Eleonore Galarneau et trois autres de ses camarades sont relâchées par la Cour après leur comparution pour prostitution. Non satisfaites de leur sort, elles menacent de briser les fenêtres du palais de justice si on n’accepte pas de [End Page 711] les admettre à la prison commune. Comme d’autres prostituées qui arpentent les rues de Montréal pendant la saison froide, elles sont prêtes à bien des ruses pour trouver asile derrière les barreaux afin d’y profiter d’un peu de nourriture, de chaleur et peut-être aussi de soins médicaux.

Ces femmes aux parcours de misère sont quelques-unes des nombreuses figures que présente Mary Anne Poutanen dans son histoire de la prostitution à Montréal au début du XIXe siècle. Cette étude substantielle de quelque 400 pages s’appuie sur des recherches entreprises dans le cadre d’une thèse de doctorat soutenue en 1996 et poursuivies lors d’un postdoctorat consacré à la petite criminalité. Si la vie des prostituées de rue et des tenanciers et tenancières de bordel au coeur de l’ouvrage évoque la grande pauvreté urbaine de l’époque étudiée, l’auteure insiste pourtant, tout au long de son analyse, pour reconnaître à ces infortunés une agentivité. Elle fait systématiquement valoir leur part d’autonomie dans le dessin de leur trajectoire.

L’ouvrage repose sur un impressionnant corpus de sources dont les dossiers judiciaires constituent la part centrale. Ceux-ci permettent de documenter la réalité de plus de 2000 femmes qui, entre 1810 et 1842, cumulent environ 4500 charges reliées à la prostitution (vagabondage, débauche, désoeuvrement et dérèglement). Des registres de police et de prison, des registres paroissiaux, des recensements ainsi que des documents notariaux complètent la documentation et permettent de contextualiser les différents cas étudiés, en éclairant les réseaux familiaux et communautaires. Sont aussi mobilisés dans l’analyse des sources militaires, des dossiers gouvernementaux, des annuaires de la ville de même que des documents provenant d’hôpitaux et d’institutions charitables. Le travail colossal qu’a dû représenter le traitement d’une telle masse documentaire force l’admiration.

L’ouvrage se divise en deux grandes parties. La première, qui rassemble les trois premiers chapitres, met l’accent sur la vie des prostituées et des maquerelles dans leurs lieux de travail et au sein de leur communauté. La seconde, composée des chapitres 4 à 7, s’intéresse à la régulation de la prostitution proprement dite et tente de bien distinguer ce qui relève de la loi de ce qui relève des usages coutumiers.

Au premier chapitre, l’historienne s’attarde à ce qu’elle appelle la géographie sociale de la prostitution montréalaise. Loin d’être limité au centre-ville, le commerce du sexe s’étend à la plupart des faubourgs. Intégrées à la vie communautaire, les prostituées sont visibles dans les rues et autres espaces publics : tavernes, port, marchés et casernes. L’auteure évoque avec talent la vie de ces femmes qui jalonnent des rues bruyantes, non pavées, souvent boueuses. Des cartes permettent de localiser avec précision le déplacement des activités selon les décennies. Mêlées à a vie urbaine, les prostituées de rue bénéficient d’une certaine tolérance pendant une grande partie de la période étudiée. La surveillance des voisins leur assure une protection, alors qu’elles sont sujettes à bien des formes de violence. Cette tolérance s’amenuise dans les années 1830, avec la montée d’une morale plus rigide.

La tenue de maisons de débauche et la façon dont ce commerce s’intègre à l’économie des ménages sont les thèmes abordés au chapitre 2. Pour certaines [End Page 712] Montréalaises, la prostitution est une stratégie pour subvenir aux besoins familiaux. Des conjoints...