The Modern Girl : Feminine modernities, the Body and Commodities in the 1920s by Jane Nicholas (review)
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Reviewed by
Nicholas, Jane – The Modern Girl: Feminine modernities, the Body and Commodities in the 1920s. Toronto, University of Toronto Press, 2015, 299 p.

Dans cet ouvrage aux multiples facettes, Jane Nicholas s’intéresse à la figure iconique de la « fille moderne » (The Modern Girl) dans le Canada anglais des années 1920. La proposition centrale de ce livre est que « the Modern Girl […] was the embodiment of feminine modernities in [English] Canada, which were themselves defined by popular culture and consumerism. » (p. 4). Tout comme l’équipe de chercheuses qui s’est penchée sur le phénomène de la « fille moderne » à travers le monde (Alys Eve Weinbaum et al., The Modern Girl around the World. Consumption, Modernity, and Globalization. Durham, Duke University Press, 2008), Nicholas soutient que le modèle féminin de la « fille moderne » constitue une catégorie d’analyse incontournable pour comprendre tant les processus de mondialisation – son incarnation se retrouvant, avec des spécificités selon les endroits, un peu partout sur la planète –, que la construction genrée de la modernité et de la nation. L’auteure entend donc montrer que la « fille moderne » a joué un rôle majeur dans la définition de la « canadianité » et de la modernité canadienne, toutes deux conçues comme racialement blanche. Contrairement aux interprétations voulant que la montée de la société de consommation ait complètement aliéné les masses, Nicholas estime également que la « fille moderne », incarnation par excellence du consumérisme, est une actrice historique de plein droit. Tout en étant imbriquée dans des rapports de pouvoir patriarcaux, [End Page 709] cette jeune travailleuse, car il est ici essentiellement question de jeunes filles en emploi, aurait en effet cherché à tirer parti de ce que la modernité technologique et culturelle lui proposait pour façonner son corps et son identité et, du même souffle, remodeler celle de la société canadienne à un moment charnière de son histoire.

L’ouvrage s’organise autour de six chapitres qui abordent des aspects différents, mais interreliés, de la figure de la « fille moderne ». Dans un premier temps, l’auteure examine comment les représentations de la beauté féminine, notamment dans la publicité, ont construit une féminité moderne. La parcellarisation du corps féminin et la transformation de chacune de ses parties en marchandise, de même que l’autodiscipline nécessaire pour atteindre l’idéal corporel proposé se trouvent au coeur de ce premier chapitre qui s’attarde à l’allure générale de la « Fille moderne » telle qu’elle apparaît dans les médias (silhouette jeune et svelte ; robes découvrant les jambes, les épaules et même le dos ; cheveux courts, etc.). Poursuivant sur cette lancée, le chapitre deux s’intéresse pour sa part aux conseils de beauté livrés par des « expertes » dans deux magazines canadiens (Chatelaine et Saturday Night). Tout en montrant comment elles encouragent la production de corps féminins modernes, ce qui n’exclut pas toute contestation de ce modèle par les chroniqueuses, l’analyse soutient que les femmes trouvaient du plaisir dans la consommation de produits de beauté ou l’application de techniques de soin censées leur conférer une apparence à la fois ravissante et moderne, une idée renvoyant à l’agentivité des actrices qui constitue l’une des trames de fond de l’ouvrage.

Le chapitre trois s’appuie sur les deux précédents pour montrer comment les représentations du corps féminin moderne ont été imbriquées dans les discours, souvent alarmistes, sur la ville et la nation. Caractérisée notamment par sa grande visibilité – une visibilité exacerbée par la mise en valeur constante de son corps et le raffinement de son attitude et de son apparence grâce à des produits de consommation –, la « fille moderne » en vient en effet à incarner le paysage urbain, qui s’en trouve féminisé, de même qu’elle contribue à la construction d’une nation et d’une modernité exclusivement blanche, tout comme elle.

Le chapitre suivant se penche sur les concours de beauté considérés comme...