A Place in the Sun: Haiti, Haitians, and the Remaking of Quebec by Sean Mills (review)
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Reviewed by
Mills, Sean – A Place in the Sun: Haiti, Haitians, and the Remaking of Quebec. Montréal & Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2016, 330 p.

Considéré historiquement comme produit plutôt que producteur d’empire, le Québec est demeuré perméable au « grand retour du refoulé colonial » qui a marqué les sociétés occidentales au XXe siècle. La persistance des préjugés raciaux et des discriminations systémiques invite pourtant à réfléchir à la place du Québec dans l’histoire du passé colonial occidental. Ce devoir de mémoire est au coeur du dernier livre de Sean Mills, A Place in the Sun: Haiti, Haitians, and the Remaking of Quebec. Consacré à l’histoire de la communauté haïtienne [End Page 704] montréalaise, celui-ci explore la nature du lien établi entre Québec et Haïti depuis les années 1930 et le rôle des immigrants haïtiens dans l’évolution de la société québécoise au cours des décennies 1950 à 1980.

L’analyse que propose Mills des rapports bilatéraux entre Québec et Haïti apporte un éclairage nouveau au courant émergeant de l’histoire transnationale des Amériques et aux réflexions entamées par des historiens comme Maurice Demers, Catherine Foisy et Catherine Legrand sur la place du Québec dans les relations Nord-Sud. Poursuivant l’approche critique élaborée par David Austin dans son étude de la communauté caribéenne anglophone de Montréal, Mills participe à l’enrichissement de l’histoire de l’immigration et des communautés ethnoculturelles, encore largement sous-développée au Québec. Son étude approfondit notre compréhension de l’histoire des Noirs à Montréal, en explorant la complexité d’une communauté multilingue confrontée à une société où la « race » a été construite historiquement en termes linguistiques.

L’ouvrage de Mills est divisé en sept chapitres regroupés en deux parties. La première s’intéresse à la création des premiers réseaux intellectuels et diplomatiques entre le Québec et Haïti et aux discours véhiculés sur les Haïtiens entre les années 1930 et 1960. L’auteur montre que cette période est marquée par d’importants rapprochements entre les élites de ces deux pays partageant une identité latine et francophone héritée de la colonisation française. Pensé en terme familial, ce « lien spécial » Québec-Haïti est toutefois fondé sur un « double discours » à l’égard du peuple haïtien, dont la langue créole et la pratique courante du vaudou et de la polygamie sont considérées comme des marques de dégénérescence culturelle. L’auteur utilise avec justesse la « métaphore de la famille » pour démontrer que cette idée d’un lien de familiarité avec les Haïtiens sert avant tout à légitimer l’existence d’une hiérarchie et l’exercice d’un pouvoir paternaliste présentés comme naturels. Cette « hiérarchie dans l’unité » trouve son incarnation dans les discours des missionnaires canadiens-français déployés massivement dans l’île à compter des années 1940, qui conçoivent leur mission comme l’expression d’une solidarité organique et d’un devoir d’assistance à l’égard d’un membre inférieur et dépendant de la famille latine d’Amérique.

La seconde partie de l’ouvrage documente l’histoire des milliers d’immigrants haïtiens qui ont fui la dictature des Duvalier (1957-1986) pour s’installer à Montréal. Le chapitre 3 s’intéresse à la première vague d’exilés du tournant des années 1960. Issus en majorité de l’élite artistique et intellectuelle francophone, ces migrants s’intègrent rapidement aux réseaux de l’avant-garde montréalaise et créeront les principales institutions de ce qui deviendra l’une des plus importantes communautés de la diaspora haïtienne mondiale.

Largement inspirés des théories socialistes, tiers-mondistes et du mouvement de décolonisation, ces exilés ont majoritairement appuyé le mouvement souverainiste québécois, comme le d...


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