Le poids de la mémoire dans la francophonie canadienne : d’hier à aujourd’hui
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Le poids de la mémoire dans la francophonie canadienne :
d’hier à aujourd’hui
Bock, Michel et François Charbonneau (dir.) – Le siècle du Règlement 17. Sudbury, Prise de parole, 2015, 460 p.
Bouffard, Sophie et Peter Dorrington (dir.) – Le statut du français dans l’Ouest canadien: la cause Caron. Montréal, Éditions Yvon Blais, 2014, 268 p.
Landry, Michelle, Martin Pâquet et Anne Gilbert (dir.) – Mémoires et mobilisations. Québec, Presses de l’Université Laval, 2015, 307 p.

Comme l’ont déjà noté plusieurs spécialistes de la question, la mémoire constitue un des principaux marqueurs identitaires pour les francophonies minoritaires canadiennes1. Il se trouve donc que pas moins de trois ouvrages collectifs parus en 2014-2015 traitent de différentes facettes de cette problématique.

Des trois, Mémoires et mobilisations est probablement l’ouvrage le plus ambitieux. Landry, Pâquet et Gilbert se sont donné comme objectif d’étudier trois dimensions de la mémoire : sa médiation (la manière dont elle est transmise par divers moyens de communication allant de la littérature aux médias, en passant par les ouvrages savants), son rapport à de nouveaux projets de société (souvent de nature utopique), et son incarnation dans les lieux (comme les archives ou les musées). En ce qui a trait à l’espace géographique étudié, le livre ratisse très large avec des chapitres portant sur l’Acadie, l’Ontario français et la francophonie de l’Ouest. De plus, l’ouvrage dépasse les Franco-Canadiens et intègre des chapitres qui évoquent l’Amérique du Sud (le Brésil) et la communauté innue.

Les deux autres ouvrages adoptent une approche plus ciblée, chacun traitant d’un enjeu précis. Il s’agit dans un cas du Règlement 17 qui, en 1912, a sévèrement restreint l’enseignement en français en Ontario et dans l’autre de la cause Caron, qui, en s’appuyant sur la Proclamation royale de 1869, visait à rendre l’Alberta et la Saskatchewan juridiquement bilingues, avant d’être finalement rejetée par la Cour suprême du Canada en 2015.

Le volume de Bock et Charbonneau nous offre une très bonne analyse des différentes dimensions de l’affaire du Règlement 17. L’ouvrage accorde beaucoup de place à l’opinion anglophone face à son adoption, avec une attention particulière portée à la rupture entre catholiques anglophones et francophones. [End Page 685] En effet, l’ultime chapitre du volume analyse l’impact de cette rupture sur le développement ultérieur du nationalisme canadien-français, qui commence, lentement mais sûrement, à s’orienter vers la création d’un État national centré sur le territoire québécois. Par ailleurs, l’ouvrage s’attarde sur les stratégies de résistance des francophones, sur le débat politique et constitutionnel entourant l’adoption du Règlement 17, et sur les représentations de cette directive dans les sphères littéraires et artistiques.

Le collectif dirigé par Bouffard et Dorrington, quant à lui, présente diverses études de la Proclamation royale de 1869, qui marque le transfert de la Terre de Rupert au Canada, explorant son statut constitutionnel, son traitement des droits linguistiques, et sa présence au sein de divers discours publics du XIXe et du début du XXe siècle. Deux autres chapitres analysent, de façon plus générale, la place du français dans les Prairies canadiennes à cette époque. Enfin, deux chapitres évaluent la signification de la cause Caron en ce qui a trait au rapport entre l’État canadien contemporain et la minorité francophone de l’Alberta et de la Saskatchewan.

Malgré leurs différentes approches, ces trois ouvrages se rejoignent sur plusieurs points. Trois thèmes clés ressortent pour nous. D’abord, il s’agit de la construction de la mémoire. Pour édifier une mémoire collective, de quoi décidet-on de se souvenir et que choisit-on d’oublier? Les ouvrages montrent que ces oublis peuvent être le résultat de la mythification de certains...


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