In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Reviewed by:
  • Le Roman de ‘Jaufré’ et les ‘Narty Kaddžytæ’: modalités du merveilleux et structures indo-européennes par Laurent Alibert
  • François Suard
Le Roman de ‘Jaufré’ et les ‘Narty Kaddžytæ’: modalités du merveilleux et structures indo-européennes. Par Laurent Alibert. (Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge, 116.) Paris: Honoré Champion, 2015. 450 pp., ill.

Dans le prolongement des travaux de Georges Dumézil et de Joël Grisward, Laurent Alibert se propose de faciliter l’interprétation du merveilleux dans le roman occitan de Jaufré grâce à une comparaison avec les légendes nartes des Ossètes. Une première partie évoque les traces laissées dans Jaufré par certains mythes indo-européens présents dans ces légendes; la deuxième met en rapport plusieurs personnages du roman avec des figures mythiques; et la troisième confronte, dans la même perspective comparative rattachée au merveilleux, un ensemble d’éléments (concepts, figures de style, thématiques). Une série de dix Annexes complète l’ouvrage; on y trouve notamment la traduction de plusieurs légendes nartes. On louera la compétence de l’auteur, familier à la fois des traditions ossètes, de la méthode d’investigation dumézilienne et de la langue occitane, ainsi que sa probité: il ne cherche pas à faire entrer de force tous les passages merveilleux du roman occitan dans le moule nartien; ainsi le motif de la terra gastada (la terre gaste), commun au Conte du Graal et à Jaufré, est bien noté comme très divergent du comparant; la thématique amoureuse du roman s’écarte elle aussi du fonds archaïque. Alibert est d’autant plus fondé à montrer comment certains passages ou personnages énigmatiques de Jaufré s’expliquent mieux si on voit en eux des traces de motifs indo-européens présents dans les légendes nartes. Ainsi, dans la première partie, les métamorphoses de l’encantador (l’enchanteur), qui se joue à deux reprises du roi Arthur, peuvent-elles être mises en rapport avec le jeu du décapité, thème de l’appropriation de la force d’un ennemi, qui figure dans la branche iii de la Continuation-Gauvain, dans le roman de Sir Gawain and the Green Knight ainsi que dans un conte lié au cycle de Soslan. De même, dans la deuxième partie, le personnage de Keu, dans son ambiguïté, est à mettre en relation avec le personnage de Syrdon, qui explique lui-même en partie les actions de l’encantador; la disparition provisoire de Jaufré dans le lac, domaine de la fée de Gibel, est proche de la catabase vécue par Soslan. Quant à la troisième partie, bien que plus disparate et moins soumise à une perspective d’assimilation que les deux précédentes, elle permet de mettre en regard plusieurs aspects importants du roman occitan avec les traditions nartes. Sans entraîner toujours la conviction—la différence entre l’héritage de traits mythiques et la rhétorique médiévale néo-latine n’est pas toujours aisée à opérer, ainsi pour les traits solaires prêtés à Brunissent—, l’ouvrage se recommande par l’importance et la diversité de l’information qu’il propose; celle-ci permet de ne pas limiter les aspects les plus intéressants de Jaufré à l’héritage de Chrétien de Troyes et aux résurgences celtes, mais de puiser à un domaine plus vaste et plus archaïque, qui permet aussi de supposer l’existence d’une rédaction plus ancienne du roman que celle qui nous est parvenue. [End Page 581]

François Suard
Université Paris Ouest-Nanterre
...

pdf

Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
p. 581
Launched on MUSE
2016-10-21
Open Access
No
Back To Top

This website uses cookies to ensure you get the best experience on our website. Without cookies your experience may not be seamless.