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  • La Vie culturelle dans la France occupée (1914–1918)par Gavin Bowd
  • Emmanuelle Loubat
La Vie culturelle dans la France occupée (1914–1918). Par G avinB owd. ( Chemins de la mémoire – xx esiècle.) Paris: Harmattan, 2014. 304 pp.

La production historiographique récente a insisté sur la détresse des populations françaises occupées pendant la Première Guerre mondiale, coupées de leur patrie et exploitées par l’ennemi. Gavin Bowd nuance cette interprétation de deux façons. D’une part, il montre que les populations occupées ont maintenu une activité culturelle malgré [End Page 272]leur dénuement. D’autre part, il avance que si la violence a pu creuser un fossé entre civils français et militaires allemands, la culture (qui, dans sa definition, englobe litterature, theâtre, cinéma, musique, sport, enseignement et religion) les a rapprochés. Bowd ne nie pas que les autorités allemandes aient fait œuvre de propagande, mais il l’assimile à une entreprise de justification, comparable à celle menée par les autres gouvernements belligérants. Il rejette ainsi l’idée, défendue par Philippe Nivet, d’une ‘germanisation culturelle’ ( La France occupée 1914 –1918(Paris: Armand Colin, 2011), p. 55). Les Allemands se seraient contentés d’empêcher toute manifestation d’hostilité, en particulier à l’école. Ils n’auraient pas non plus clamé leur supériorité raciale ce qui, pour Bowd, suffit à invalider la thèse d’Annette Becker selon laquelle la première occupation aurait été le laboratoire des violences perpétrées contre les civils durant la Seconde Guerre mondiale ( Les Cicatrices rouges, 14–18: France et Belgique occupées(Paris: Fayard, 2010)). On peut regretter que l’auteur s’efface derrière les témoignages des contemporains et les travaux d’historiens. Son analyse gagnerait à croiser les sources et évaluer les arguments en présence au lieu de simplement les citer. Ainsi, le cinéma Messter de Charleville est évoqué à deux reprises: la première fois parce qu’il fait l’objet d’un article dans la Gazette des Ardennes(p. 56); la deuxième fois parce qu’il figure dans les mémoires d’Ernest Singevin (p. 121). Alors que l’article de presse souligne que les séances attirent aussi bien les civils que les militaires, les mémoires du collégien notent que les civils sont admis au cinéma mais ne s’y rendent pas. Entre les deux, l’auteur ne tranche pas, faute d’une enquête qu’il aurait menée pour son compte, si bien qu’il doit finalement s’en remettre aux conclusions de Nicolas Charles sur le sujet: les civils français auraient en effet fréquenté les cinémas administrés par les militaires allemands (p. 146). En louant leur modération et leur réservant une place de choix en fin de section ou de chapitre, Bowd donne implicitement raison aux témoins qui ne diabolisent pas les Allemands (c’est ainsi qu’il caractérise Pierre Baucher; p. 260) et aux historiens qui observent le rapprochement des populations (Richard Cobb au premier chef; pp. 144–45). Même si l’auteur reconnaît que la liberte des populations occupées était limitée (dans la zone des étapes, les réunions et publications étaient soumises à autorisation, tandis que l’importation d’imprimés étrangers était interdite), il insiste sur le fait que les Allemands invitèrent les Français a divers spectacles et mirent des journaux à leur disposition. À ses yeux, cette politique révélait davantage un geste d’ouverture qu’une tentative d’endoctrinement. Bowd suggère ainsi une nouvelle piste de réflexion concernant le phénomène d’accommodation: celui-ci ne devrait pas être envisagé dans la seule perspective d’une adaptation aux exigences de l’occupant, mais également dans celle d’une adaptation aux dispositions de l’occupé.

Emmanuelle Loubat
Cardiff University

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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 272-273
Launched on MUSE
2015-05-11
Open Access
No
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