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Reviewed by:
  • Fascisme français? La controverse éd. par Serge Berstein et Michel Winock
  • Edward Ousselin
Fascisme français? La controverse. Sous la direction de Serge Berstein et Michel Winock, Introduction de Jean-Noël Jeanneney. Paris: CNRS, 2014. 254 pp.

Cet ouvrage collectif est d’abord une réponse, en grande partie polémique, au livre d’entretiens (avec le journaliste Nicolas Weill), Histoire et Lumières: changer le monde par la raison (Paris: Albin Michel, 2014), publié par l’historien israélien Zeev Sternhell. Fascisme français? s’inscrit cependant dans un plus large contexte, celui d’une controverse qui dure depuis la publication en 1983 du troisième livre de Sternhell, Ni droite ni gauche: l’idéologie fasciste en France (dont la quatrième edition augmentée a été publié par Gallimard en 2012). Dans ce livre, Sternhell prolonge et amplifie les thèses qu’il avait développées dans Maurice Barrès et le nationalisme français (Paris: Colin, 1972) et La Droite révolutionnaire, 1885–1914: les originesfrançaises du fascisme (Paris: Seuil, 1978). En particulier, Sternhell situe l’émergence de l’idéologie fasciste non pas en Italie, après la Premiere Guerre mondiale, mais dans la France de la Belle Époque. D’autre part, durant les années 1930, cette idéologie aurait imprégné des organisations politiques françaises, pour aboutir au Régime de Vichy, présenté comme le plus ‘pur’ exemple d’un régime fasciste. Les recherches de Sternhell l’ont également amené à remettre en question le concept des ‘trois droites’ françaises (monarchiste, bonapartiste, libérale) qui avait été élaboré par René Rémond. Comme l’indiquent de façon détaillée les historiens qui ont contribué à Fascisme français?, les principales thèses de Sternhell sont encore loin d’être acceptées, surtout parmi les universitaires français. Des désaccords fondamentaux persistent, en particulier sur l’importance qu’accorde Sternhell à ‘l’idéal-type’ (ou la forme la plus caractéristique de l’idéologie fasciste), ainsi que sur la relativement faible importance qu’il accorde à la Premiàre Guerre mondiale en ce qui concerne la montée des mouvements fascistes à travers l’Europe. Il s’agit donc — ou plutôt, il devrait ne s’agir que — d’un débat sur le fond, c’est-à-dire sur les origines et le développement d’une nouvelle et funeste idéologie politique durant une période historique cruciale. Car à ce débat légitime s’ajoutent les polémiques personnelles qui opposent Sternhell à des collègues avec lesquels il avait pourtant précédemment collabore dans certains cas (Winock avait édité Ni droite ni gauche en tant que directeur de collection chez Seuil). Dans Histoire et Lumières, Sternhell les attaque nommément: ‘les élèves, les disciples de René Rémond, Pierre Milza, Michel Winock et Serge Bernstein, a mon sens le plus faible des trois, ont eux aussi fait “bloc” contre Ni droite ni gauche’ (p. 273). Dans un des articles de Fascisme français?, Winock répond sur le même ton: ‘Allégations hautement fantaisistes’ (p. 231); ‘pure diffamation’ (p. 233). On ne peut qu’acquiescer lorsqu’il affirme que ‘la dispute universitaire est outrageusement dépassée’ (p. 233). En effet, il est navrant de voir de grands historiens, tous auteurs d’ouvrages historiques marquants, se livrer sur la place publique à de pareilles polémiques personnelles. Ceci dit, Fascisme français? contient plusieurs articles qui traitent intelligemment des questions d’interprétation des faits historiques et qui placent le débat au niveau des idées. Quant à Histoire et Lumières, de nombreux lecteurs apprécieront ce livre qui inclut les souvenirs d’enfance de Sternhell dans la Pologne occupée et la France d’après-guerre.

Edward Ousselin
Western Washington University
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
p. 272
Launched on MUSE
2015-05-11
Open Access
No
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