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  • L’Idéologie politique de Marguerite Yourcenar d’après son œvre romanesque par Mireille Blanchet-Douspis
  • Mireille Brémond
L’Idéologie politique de Marguerite Yourcenar d’après son œvre romanesque. Par Mireille Blanchet-Douspis. Préface de Rémy Poignault. (Faux titre, 392.) Amsterdam: Rodopi, 2014. 234 pp.

Mireille Blanchet-Douspis s’est penchée dans cet ouvrage sur une question délicate et a mené l’enquête avec sérieux, en s’appuyant sur une documentation conséquente sur les différents sujets abordés (travail, féminisme, décadence, New Age). Elle explore d’abord les classes sociales, le féminisme et la place de la mort: les classes populaires n’apparaissent vraiment que dans les dernières œuvres, et la vision de Yourcenar est teintée de paternalisme; de même, dans la façon dont est abordée la condition féminine et le travail des femmes, ‘on reconnaît sans peine une aristocrate traitant d’un sujet qui lui est parfaitement étranger’ (p. 68). Le chapitre sur l’omniprésence de la mort, au contenu un peu disparate, est plus gênant: faut-il vraiment relier ce thème à ce qui est pour l’aristocratie la fin d’un monde? Dans la deuxième partie de l’ouvrage, Blanchet-Douspis étudie de façon convaincante les idées très réactionnaires développées dans Diagnostic de l’Europe en 1929 (décadence, supériorité de l’homme blanc, rejet du progrès); et l’étude du fascisme dans Denier du rêve et Le Coup de grâce, très pertinente, démontre que Yourcenar en a une ‘compréhension superficielle’ (p. 106), et qu’‘aucun des caractères fondamentaux sur lesquels s’édifie le fascisme n’est représenté’ (p. 105). L’étude sur le despote éclairé, tel que Yourcenar le présente dans Mémoires d’Hadrien est également intéressante: ce mythe du grand homme ‘capable de résoudre les difficultés et de rétablir la prospérité’ (p. 128) relève d’un imaginaire de droite. La dernière partie est plus composite: l’autoritarisme yourcenarien est bien vu et Blanchet-Douspis s’attache à montrer que sa ‘conception mystique d’une unité dans la vie et dans l’univers entier’ (p. 147) est une idée de droite, et que son combat écologiste n’est pas progressiste. Cependant, la démonstration [End Page 259] de l’écologie comme mouvement de droite est discutable, et les ‘points de convergence’ (pp. 158—62) qu’elle trouve avec les théories du New Age, sans toutefois affirmer cette influence, mériteraient d’être plus solidement étayés. Enfin, le mysticisme de Yourcenar, influencé par l’Orient, son intérêt pour l’ésotérisme, peuvent la mettre du côté de doctrines qui présentent des risques de totalitarisme, et par l’influence importante que Yourcenar reconnaît à Julius Evola sur elle, ‘une nouvelle fois, on se rend compte que sa sensibilité entre aisément en sympathie avec celle d’un fasciste’ (p. 196). Au terme de cette étude, originale par l’angle adopté, Blanchet-Douspis conclut que Yourcenar est ‘une femme de droite, élitiste et peu encline à juger favorablement la démocratie’ (p. 199). Son sens du sacré et de la transcendance, son combat pour l’écologie, son goû pour les valeurs rurales, son manque d’intérêt pour le statut social de l’ensemble des femmes, tout ceci plaide en faveur d’une idéologic politique nettement conservatrice, même si elle n’a jamais été fasciste et a évolué sur certains sujets après guerre. Malgré quelques faiblesses cet ouvrage, extrêmement stimulant, a le mérite de replacer les idées de Yourcenar dans leur contexte social et historique.

Mireille Brémond
Aix-Marseille Université
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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 259-260
Launched on MUSE
2015-05-11
Open Access
No
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