La Famille noire, suivie de trois nouvelles blanches et noires (review)
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Nineteenth Century French Studies 32.3 & 4 (2004) 365-367



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Doin, Sophie. La Famille noire, suivie de trois nouvelles blanches et noires. Edited and Presented by Doris Y. Kadish. Paris: L'Harmattan, 2002. Pp. xxxv + 110. ISBN 274-752-5694

L'ouvrage de Sophie Doin, LaFamille noire, suivie de trois nouvelles blanches et noires, est le sixième à paraître dans la collection Autrement Mêmes aux éditions L'Harmattan. Dans une notice insérée à la première page de ce livre, Roger Little, le directeur de cette collection, en définit ainsi l'objet: rééditer des textes introuvables en tous genres qui ont en commun de traiter des Noirs, "ou plus généralement de l'Autre," et d'avoir été écrits par des Blancs. Il en précise également le but: "mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme: celui qui recouvre la période depuis l'installation des étalissements d'outre-mer)." Si les dix-neuviémistes ne peuvent que se féliciter de se voir, grâce à cette démarche historique, officiellement conviés à participer à l'élaboration du discours critique post-colonial, c'est la réédition des textes eux-mêmes qui leur procure le plus sûr moyen de contribuer à ce projet. L'obstacle à surmonter n'est en effet pas tant l'absence de textes-ils sont là, ils existent, on les trouve facilement dans les archives et les bibliothèques-que la difficulté à traiter, et à parler de textes que si peu de chercheurs connaissent, que pratiquement personne n'a lus.

A cette première difficulté s'ajoute aussi la force du préjugé négatif à l'égard de la littérature dite "mineure." Axé sur la logique fautive que tout ouvrage non-réédité aurait été jugé indigne de cet honneur, ce préjugé oblige tout critique qui se hasarde dans l'entreprise de sauvetage des textes oubliés à pratiquer l'apologie. Doris Kadish, dans son introduction à La famille noire n'échappe pas à la règle: Sophie Doin, déclare-t-elle dès l'abord, mériterait sans doute de rester dans l'oubli si elle n'avait écrit sur l'esclavage. Or, avant de considérer son introduction et les textes de Doin dans cette optique, il convient au contraire de noter que l'essai de Kadish dément cette [End Page 365] vision réductrice vu non seulement l'abondance des thèmes qui y sont abordés, mais aussi et surtout, l'excellente réflexion qu'il contient sur la question même de "la littérature féminine dite mineure du dix-neuvième siècle" (xxiii). C'est à dire que les textes de Sophie Doin réunis dans ce livre ont autant d'intérêt pour les chercheurs qui se préoccupent du statut de la femme-auteur sous la Restauration; des stratégies d'auteur face à la censure; des conceptions françaises du féminisme de l'époque, etc.... que pour celles et ceux qui s'intéressent aux relations raciales au dix-neuvième siècle, au récit colonial, et à l'histoire de l'esclavage. Le nom de Sophie Doin n'est d'ailleurs pas tout à fait inconnu puisqu'elle fut parmi celles qui collaborèrent au Journal des Femmes, périodique féministe du début des années trente dont on ne devrait pas sous-estimer l'importance.

Ceci dit, l'interêt premier de La Famille noire et des nouvelles blanches et noires est de documenter l'existence d'un mouvement anti-esclavagiste français, fortement minoritaire sous la Restauration, et le militantisme de Sophie Doin dans ses efforts pour rallier à la cause abolitionniste une opinion publique française ignorante ou indifférente. Soulignant bien le côté engagé de ces quatre nouvelles publiées en 1825 et 1826 - "Pour franchir le mur d'indifférence qui se dresse devant le public français Sophie Doin a recours à la littérature...


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