Balzac, ou les hieroglyphes de l'imaginaire (review)
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Nineteenth Century French Studies 32.3 & 4 (2004) 392-394



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Baron, Anne-Marie. Balzac, ou les hiéroglyphes de l'imaginaire. Paris: Champion, 2002. Pp. 213. ISBN 2-7453-0569-7

Après Le Fils prodige, l'inconscient de La Comédie humaine (Nathan, 1993) et Balzac ou l'auguste mensonge (Nathan, 1998), Balzac ou les hiéroglyphes de l'imaginaire pousse l'exploration du corpus balzacien dans ses retranchements les plus enfouis et les plus ésotériques, au fil d'une lecture psychanalytique qui prend en compte les influences, chères au romantisme, de la kabbale, de l'alchimie et de l'illuminisme.

Anne-Marie Baron replace la notion de hiéroglyphe dans l'égyptomanie de l'époque. Représentation de mot et représentation de chose, l'hiéroglyphe est connecté au mystère de l'écriture, et au mystère des origines. S'il fascine Balzac, c'est d'abord que le romancier s'est voulu "le Champollion de la société de son temps," le déchiffreur des structures et des fonctionnements de la France contemporaine; c'est aussi qu'il élabore lui-même des rébus romanesques et des "mythes modernes" qu'il propose à notre perspicacité; c'est enfin qu'il n'a jamais perdu le contact avec le stade symbolique et intuitif de l'enfance, et avec les énigmes de l'inconscient.

C'est dans cette dernière perspective qu'Anne-Marie Baron parle des "hiéroglyphes qui composent l'univers imaginaire de Balzac. Images premières, plus ou moins fantasmatiques, interposées entre le réel et lui, véritables idéogrammes de la pensée, associés généralement à certaines lettres clés et souvent revêtus d'une valeur sacrée." "Des images s'imposent à Balzac avec une régularité frappante, des personnages le hantent, incarnations d'un moi idéal ou masochiste, totems personnels ou maternels, protagonistes des mythes qu'il crée à son usage et qui structurent son univers. Ces images primitives (...) sont grosses de virtualités narratives" (13).

Anne-Marie Baron déchiffre l'écriture fantasmatique de Balzac à l'instar d'un rêve ou d'un récit mythique, avec pour pierre de Rosette un solide arsenal théorique, joint à une impeccable connaissance de l'œuvre balzacienne, jusque dans ses articles et ses ébauches les plus confidentiels. Elle "traite la création de Balzac comme un tout [End Page 392] organique, un système mythique dans lequel les différents signes sont à mettre en rapport les uns avec les autres, car ils entrent dans une combinatoire qui a un sens" (15).

Le livre, qui s'ouvre sur l'accession de l'enfant romanesque, infans, à la parole, et se ferme sur la conquête balzacienne de l'écriture, se divise en trois grandes sections. La première (chapitres I-IV), centrée sur ces doubles balzaciens juvéniles que sont Victor Morillon, Louis Lambert, Raphaël de Valentin et Félix de Vendenesse, scrute l'image de l'enfance martyre; image qui retravaille les biographèmes bien connus du mal aimé, de "l'enfance orpheline, mais prise en charge par les dieux" - comme le sera l'artiste, maudit et élu. Autour de l'enfant muet, quasi autiste, se pressent les figures du mendiant, du paria, du sauvage, du prisonnier, de l'ermite au désert, marginaux sublimes, silencieux et extatiques. L'écrivain, et le critique à sa suite, interroge le lien entre monstruosité, animalité, folie d'une part, et sainteté, angélisme (persécuté), génie (méconnu) de l'autre. On aboutit ainsi au personnage d'Endymion, du tableau de Girodet, qui inspira à Balzac plus d'une intrigue; cet idéogramme composite évoque à la fois la scène primitive et le corps idéal androgyne, le manque, et la satisfaction fulgurante des pulsions.

Une deuxième partie (chapitres V-VII) s'attache à la figure de la mère, tentatrice œdipienne, dupliquée dans les sœurs, les maîtresses, et les créatures romanesques. Mère adultère, qu'on "file" interminablement dans des labyrinthes équivoques...


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