The Poetics of Ethnography in Martinican Narratives: Exploring the Self and the Environment by Christina Kullberg (review)
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The Poetics of Ethnography in Martinican Narratives: Exploring the Self and the Environment. By Christina Kullberg. (New World Studies.) Charlottesville: University of Virginia Press, 2013. xii + 218 pp.

L’objectif est dès le début paradoxal, puisque l’ethnographie est historiquement associée à l’entreprise colonisatrice, puis assimilatrice, qui fait justement l’objet des critiques de plusieurs textes examinés dans ce livre. Christina Kullberg analyse le recours intrinsèquement conflictuel à l’ethnographie dans les œuvres de certains écrivains martiniquais, en [End Page 434] particulier Aimé Césaire,Édouard Glissant, Ina Césaire et Patrick Chamoiseau. Comme l’indique cette liste sommaire, Kullberg n’a pas cherchéà examiner l’ensemble de la production littéraire martiniquaise. L’œuvre pourtant abondante de Raphaël Confiant, par exemple, n’est pas prise en compte. Par ailleurs, il n’y a presque aucune mention de la Guadeloupe, en dépit du fait que cette île présente de nombreuses similitudes culturelles et institutionnelles avec la Martinique. Dans l’ensemble, c’est la relation ambiguë mais inévi-table avec la France métropolitaine qui est privilégiée, en tant qu’agent de modernisation de la société et, partant, de transformation d’une identité martiniquaise qui reste en voie de définition: ‘it seems impossible for authors to simply ignore colonial discourses such as ethnography, particularly in the Caribbean. [...] Simply by writing literature, these authors are intertwined with European traditions and institutions, whether they like it or not’ (p. 5). Le premier chapitre de ce livre inclut donc des considérations sur les écrits de Claude Lévi-Strauss et de Michel Leiris, ainsi que sur l’influence du surréalisme. Dans ce contexte incontournable, l’apport contrôléou réorienté de l’ethnographie dans le cadre de la création littéraire servirait en fait à faciliter l’accèsà l’hybridité culturelle qui caractérise la société martiniquaise. Plutôt que d’accepter passivement le regard ethnographique venant de l’extérieur (et donc nécessairement entachédenéocolonialisme), certains écrivains martiniquais ont choisi de s’approprier le discours ou l’approche ethnographique en tant qu’outil esthétique, afin d’établir de nouvelles façons de concevoir les questions identitaires. La problématique de l’identité, des rapports entre le moi et les autres, s’apparente ainsi à une forme d’auto-ethnographie ou d’ethnographie de soi: ‘In many of the texts analyzed in this book, the ethnographic poetics operates as a mediator: it helps find this eclipsed perspective of the self that constantly questions its relationship to the world’(p. 181). L’usage esthétique ou ‘poétique’ de l’ethnographie semble être commun à plusieurs périodes ou mouvements littéraires, de la négritude à la créolité en passant par l’antillanité. C’est toutefois ce dernier concept, forgé par Édouard Glissant (lui-même ancien étudiant en ethnographie au Musée de l’Homme), qui semble le plus congruentàla poétique ethnographique que discerne Kullberg: ‘Glissant uses his ethnographic poetics with its emphasis on contacts and relations to conceptualize the links between opposite categories’ (pp. 76–77). La reformulation d’une approche ethnographique dans le champ littéraire martiniquais a l’avantage de ne pas aboutir à une revendication identitaire statique: ‘Glissant suggests the decentering of the self should take priority over identification and representation’ (p. 77). Au niveau de l’environnement, le décentrement conceptuel qu’apporte l’emploi d’une méthodologie ethnographique permet d’éviter le piège romantique de la mythification du lieu d’origine: ‘while creating a Martinican landscape, Glissant avoids projecting it as a primal space and succumbing to regionalism’ (p. 150).

Edward Ousselin
Western Washington University
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