Mémoires occupées: fictions françaises et Seconde Guerre mondiale ed. by Marc Dambre (review)
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Mémoires occupées: fictions françaises et Seconde Guerre mondiale. Sous la direction de Marc Dambre. Avec le concours de Christopher D. Lloyd et Richard J. Golsan. Paris: Presses Sorbonne Nouvelle, 2013. 256pp.

Résultant d’un colloque qui s’est tenu à l’Université de la Sorbonne Nouvelle en 2012, ce recueil de vingt-trois articles inclut également quatre entretiens (avec Pascal Bruckner, Laurent Binet, Henry Rousso et Yannick Haenel), une sélection d’ouvrages critiques cités et un index des noms de personnes. Les sujets traités, ainsi que les auteurs, sont fort variés, puisque sont abordés des textes écrits durant et depuis la Seconde Guerre mondiale. Certains sont récents: l’entretien avec Haenel qui clôt le livre, par exemple, revient sur sa polémique avec Claude Lanzmann à propos de son roman Jan Karski. D’autres articles sont consacrés à des sujets ou des auteurs moins récents: Irène Némirovsky, qui fut déportée à Auschwitz, mais aussi le critique littéraire et pamphlétiste négationniste Maurice Bardèche, qui s’en tira assez bien durant l’Épuration. Comme l’indiquent les éditeurs, cet ouvrage a surtout pour but d’examiner des oeuvres de fiction: ‘[L]a perspective d’étude n’est pas historienne: relevant de l’approche esthétique et de l’histoire littéraire et culturelle, elle tient compte des faits mais privilégie le fantasmatique et le fictionnel’ (p. 10). Comme c’est le plus souvent le cas face à un tel recueil, chaque lecteur fera son choix parmi la diversité des articles proposés. Les suivants sont particuliè rement dignes d’intérêt: ‘Les Orphelins de la Shoah et l’identité juive dans la France de l’après-guerre’ de Susan Rubin Suleiman, qui situe les témoignages publiés plus [End Page 429] tardivement par certains orphelins en tant que ‘miroir grossissant des dilemmes qu’ont affrontés les Juifs en France depuis plus d’un demi-siècle’ (p. 38); ‘Le Cauchemar de Solal’ d’Alain Schaffner, où est examiné un court passage du grand roman d’Albert Cohen, qui ‘offre une clé d’entrée intéressante pour comprendre le rapport à l’Histoire dans Belle du Seigneur’ (p. 45); ‘Patrick Modiano: l’Occupation en abyme de la fiction’ de Bruno Blanckeman, qui insiste sur l’importance dans l’oeuvre du romancier de Villa triste (1975), ce livre constituant une étape ou transition vers ‘un mode de traitement impressionniste, plus diffus’ de la référence historique (p. 57); ‘Suite française: un roman historique du xxi e siècle’ d’Angela Kershaw, pour qui le roman inachevé de Némirovsky, au lieu d’être ‘une simple curiosité historique, [. . .] contribue au débat actuel sur les stratégies narratives ou fictionnelles qui rendent possible (ou non) une représentation du passé historique traumatique’ (p. 85); ‘De Tiffauges à Aue’ de Luc Rasson, qui compare Le Roi des aulnes de Michel Tournier et Les Bienveillantes de Jonathan Littell, en particulier en ce qui concerne les conséquences du ‘choix structurel fondateur qui consiste à confier l’énonciation [. . .] à la figure du bourreau’ (p. 120); ‘La Rhétorique d’HHhH: entrer dans le virage avec Binet, Heydrich, Gabčík et Kubiš’ de Van Kelly, où est abordée la question du niveau d’exactitude approprié au récit fictionnel d’une des ‘plus grandes actions de la Résistance européenne’ (p. 137); et ‘Romans inachevés de l’Histoire et de la mémoire: les FTP-MOI et l’Affiche rouge’ de Margaret Atack, qui examine plusieurs oeuvres inspirées par le groupe Manouchian, ‘un foyer important de mémoires et de controverses’ (p. 175).

Edward Ousselin
Western Washington University
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